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Décidément, l’Eiger reste un haut-lieu de l’alpinisme. En 2019, il s’agit d’escalade rocheuse engagée, dans la face nord mais sur ses piliers secondaires d’une hauteur remarquable. Fin juillet Roger Schaeli et Sean Villanueva O’Driscoll ont gravi en libre à la journée la redoutable «La Vida es Silbar» (7c+, 900m), suivis quelques jours plus tard par la cordée Nina Caprez – Aymeric Clouet. Bonus en vidéo !

Le 23 juillet a été une belle et grande journée pour Roger Schäli et Sean Villanueva O’Driscoll. Ils ont réussi en un seul jour la redoutable La Vida es Silbar en face nord de l’Eiger en Suisse. C’est une des voies mythiques d’une face qui en compte beaucoup. La Vida es silbar a été ouverte en 1999 par les Suisses Daniel Anker et Stephan Siegrist. En 2003, Stephan Siegrist et Ueli Steck ont ​​été les premiers à libérer la voie de 27 longueurs, estimant le crux à 7c. En 2016, Roger Schaeli a réussi à enchaîner la voie à nouveau en libre avec la néo-zélandaise Mayan Smith-Gobat en trois jours. Roger Schaeli rêvait depuis longtemps d’enchaîner cette voie mythique à la journée. Mais il fallait trouver les conditions, et le bon compagnon. La voie débute près du Stollenjoch et remonte le pilier imposant de 900 mètres de haut de la Rote Fluh. De multiples passages sont très exposés, la chute pouvant être très dangereuse, l’équipement en place assez minimaliste.

Une journée de rêve à l’ombre de l’Eiger

Roger Schaeli et Sean Villanueva O’Driscoll ont commencé leur quête de l’ascension de La Vida es Silbar dans l’obscurité. Les deux grimpeurs et alpinistes professionnels souhaitaient gravir l’itinéraire ensemble pour faire un essai en vue d’une expédition prévue dans les montagnes de l’Himalaya à l’automne. Il s’est avéré que la cordée a très bien fonctionné. Roger et Sean ont atteint le sommet du pilier tchèque de la Rote Fluh à la nuit. Ils ont bivouaqué au sommet de la voie car Sean Villanueva O’Driscoll n’était jamais monté au sommet. Après un bivouac froid sur la face sud de l’Eiger et une petite mélodie jouée le matin sur la légendaire flûte de Sean, ils ont atteint le sommet et regagné la vallée. Pour Roger Schaëli « c’était de loin mon jour d’escalade libre préféré sur l’Eiger ! Un de mes rêves est devenu réalité. Je n’aurais pas pu rêver d’un meilleur partenaire d’escalade que Sean. » Schaëli est l’un des meilleurs spécialistes de l’Eiger puisqu’il a gravi en libre la fameuse Odyssée, encore plus longue, encore plus difficile (8a+, 1400m) avec Robert Jasper et Simon Gietl en 2015. Un Roger Schäli très en forme puisque début juillet il enchaînait une voie extrême à la paroi de la Rottbratt sur la Jungfrau avec Stephan Siegrist.

Roger Schaeli dans la Vida es Siblar © Nicolas Hojac

Sean Villanueva dans L8, 7b+/7c. © Nicolas Hojac

Les étés caniculaires sont en tous cas propices pour grimper à l’ombre de l’Eiger, et quand les conditions sont bonnes l’info fait le tour des réseaux. Une semaine plus tard, c’est la cordée Nina Caprez et Aymeric Clouet qui s’offrait une répétition en libre de la Vida es Silbar : une très belle performance pour les grimpeurs à vue, en 20 heures mais sans les deux dernières longueurs (6b et 6a) et avec les traces de magnésie de leurs prédécesseurs. N’empêche, superbe croix, et pour Nina Caprez un superbe été puisqu’elle a réussi en juillet une répétition en libre et rapide de la voie Petit (8b, 400m) au Grand Capucin. Toujours à l’Eiger, le GMHM signait une répétition de Magic Mushroom (7c+), tandis que le suisse Cédric Lachat tentait, en vain pour l’instant, de répéter Odyssée. L’Eiger reste un passage obligé pour grimpeurs-alpinistes de haut niveau, qui aujourd’hui, répètent en un temps rapide des voies toutefois ouvertes il y a plus de quinze ans voire vingt (en ce qui concerne La Vida es Silbar).

À croire que l’Eiger n’a plus de rocher assez lisse – ou que les grimpeurs n’ont pas assez de temps pour s’investir – précisément comme Roger Schäli dans un chantier comme Odyssée. À moins que la fréquentation en hausse des voies dures sur les piliers de l’Eiger – en doudoune light et chaussons – ne soient l’une des conséquences du réchauffement climatique.

Roger Schäli démarre la longueur crux en 7c+ © Nicolas Hojac