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Treks en Himalaya

Cet Automne, le Groupe militaire de haute montagne (GMHM) a choisi le Yosemite comme destination grimpe. La question du « Pourquoi le Yosemite ? » leur a souvent été posée. Reste-t-il de belles lignes à ouvrir là-bas ? Est-il possible de se frotter aux meilleurs grimpeurs des lieux ? Ni l’un ni l’autre mon colonel. Épisode 2.

6/ Mont Watkins, voie South Face (18 longueurs, 5.9 C2+) par CNE Didier Jourdain

Un coude de la vallée du Yosemite, une barrière naturelle de parois à son extrémité et après seulement deux heures de marches sur une vague sente nous avons déjà l’impression d’être au plus profond du monde sauvage ! « Into the Wild » en exagérant carrément. Pour être plus réaliste nous avons quitté l’affluence de la vallée pour la face sud cachée justement du mont Watkins.
Dans notre dos la belle et sombre présence du Half Dôme nous envoute. En 1964 la face sud du Watkins fut l’une des dernières grandes parois du Yosemite à être gravi. Il aura fallu 11 jours à Yvon Chouinard, Chuck Pratt et Warren Harding pour en venir à bout. C’est une longue dalle concave qui mène le regard sur la raideur surplombante et impressionnante du sommet. En gros 610m pour 18 longueurs, nous retrouvons ces « cheminements yosemitiques » historiques qui cherchent à faire un maximum de pendules ! Ou c’est peut-être pour suivre la ligne de faiblesse !
Après un jeté, aussi opportuniste que chanceux, de dégaine dans un spit pour sortir de la dalle de départ qui évite des pendules, nous remontons le grand dièdre au centre de la face. Puis astucieusement, la voie traverse à gauche aux dessus des dalles pour éviter les surplombs sommitaux en rejoignant une incroyable fissure qui raye heureusement sur deux longueurs les dalles verticales. Incroyable « Splitter » pour employer les bons termes, mais qui nous demandera comme toujours de ne pas nous fier aux cotations pour les grimpeurs de réglettes que nous sommes !
Pour résumer une belle face sauvage, pour une belle journée d’escalade avec deux longueurs « cerise sur le gâteau » et le Half Dôme qui s’embrase aux rayons du soleil couchant pour encore mieux apprécier la longue descente qui nous ramène dans la cohue.

 

El Cap, Half Dome et maintenant Mont Watkins : Léo Billon et Benjamin Védrines grimpent pendant ces trois semaines la Triple Crown. ©GMHM

Une ambiance très montagne dans la face sud du mont Watkins. ©GMHM

Jeu d’échelles dans la face sud du mont Watkins. ©GMHM

7/ Fifi Buttress, voie The final Frontier (9 longueurs, 5.13b) par ADC Arnaud Bayol

The final Frontier est une magnifique voie de la vallée du Yosemite. Orienté Nord dans le secteur Yosemite fall, elle offre 10 longueurs qui parcourent le devers jaune de Fifi Buttress. Avant d’être intégralement réalisée en libre en avril 2013 par Nick Berry, cette voie était une ligne d’artif’ ouverte en 1999 et cotée V 5.7 A3. Quelques spits ont dû être rajoutés pour qu’elle soit faisable en libre, particulièrement L6 un mur à réglettes en 5.13- (7c+ ?) Hormis cette longueur tout doit être protégé sur coinceurs. Max me motive pour aller voir. Le début déroule plutôt bien jusqu’à 5.11d. Escalade verticale, rocher adhérent au grain fin différent du granit environnent. Avec L5 les grosses difficultés arrivent. Une fine fissure à bout de doigt au fond d’un dièdre ouvert. Le léger dévers rend ce 5.12 (7c) difficile. Je me bats au maximum mais m’effondre au niveau du seul spit de la longueur. Max enchaine en second. À son tour de prendre la tête pour les 5 longueurs suivantes : 5.13-, 5.13b,5.12-, 5.11+, 5.9 run out. Après avoir trouvé les méthodes du mur à réglettes il enchainera en tête. J’enchaîne cette longueur à mon tour en second… Il essaye à vue le 5.13b mais le crux lui résiste. Puis il enchainera les trois3 longueurs finales à vue. L’avant dernière longueur est incroyable, un rocher marron avec un grain et des formes rappelant le grès. Nous descendons en rappel dans la voie juste avant la nuit. Cette ligne sur Fifi buttress a été mon coup de cœur de ce voyage au Yosemite. Superbe itinéraire, beaux mouvements, variété des prises, un must californien.
Jusqu’au boutiste, Max y retournera quelques jours plus tard avec Léo. Cette fois il enchainera toutes les longueurs et Léo, attentif aux méthodes, les flashera toutes.

Le CCH Max Bonniot se bat pour l’enchaînement de toutes les longueurs de The final Frontier. ©GMHM

un must californien

L’ADC Arnaud Bayol confirme bien les 4 étoiles de la voie The Final Frontier sur Fifi Buttress. ©GMHM

Un rocher de qualité, une belle ambiance aérienne, des longueurs classes et difficiles : tout le charme de The Final frontier. ©GMHM

8/ Washington Column, voie Astroman (12 longueurs, 5.11c) par ADJ Alban Alozy

Astroman est l’une des ascensions légendaires de la vallée du Yosemite, et l’une des plus célèbres au monde. Elle est située sur la face Est de Washington Column, juste en face du Half Dome. Un rapide coup d’œil sur les noms des ouvreurs (Warren Harding et Chuck Pratt en 1959) suffit à inspirer un profond respect pour cette ascension. Son « enduro corner » mais surtout son célèbre passage, le « harding slot », ont éprouvé nombre de grimpeurs.
Ce dernier, présente des caractéristiques tout-à-fait singulières. Il s’agit d’une cheminée, que l’on remonte en rampant et en se coinçant à l’intérieur. La difficulté réside dans les 40 derniers centimètres. A ce moment, il ne faut pas avoir de casque, ne pas avoir de matériel au baudrier (ou très peu) et surtout ne pas avoir une trop grosse cage thoracique sous peine de rester coincé… Claustrophobes s’abstenir !

La longueur « enduro corner » d’Astroman porte bien son nom. Raideur, continuité et avant bras en béton ! ©GMHM

Dans la longueur qui a fait la réputation d’Astroman. On distingue facilement au-dessus du grimpeur la terrible cheminée « Harding Slot ». ©GMHM

L’ADJ Alban Alozy en a terminé avec la « Harding slot ». C’est au tour du CBA Pierre Sancier de se frotter au mythe ! ©GMHM

9/ The Rostrum, voie The North Face (8 longueurs, 5.11c) par ADJ Cyril Duchene.

Ouverte par Warren Harding et Glen Denny en 1962 et réalisé en libre par Ron Kauk et John Yablonski en 1977. Rostrum fait partie des voie mythiques et incontournable du Yosemite. Cette voie, raide sur toute sa hauteur, offre quelques sections tordues mais surtout des systèmes de fissures parfaites pour les mains ou les doigts. Mention spéciale pour ces fissures plus larges que la main et plus petites qu’une cheminée qu’on appelle « offwidth ». Une longueur en particulier nous a donné du fil à retordre en nous obligeant à coincer des parties de nos corps que nous avons peu l’habitude d’utiliser en escalade classique : Hanches, genoux, fesses… Une progression physique et laborieuse qui n’enlève rien à la beauté et l’ambiance de la voie. Cette journée magnifique dans cette voie 4 étoiles était notre prise de contact avec le rocher et la grimpe du Yosemite. Elle restera un super souvenir.

 

La longueur clef de Rostrum est cette belle fissure à doigts. L’escalade y est plus conventionnelle que les cheminées et offwidth pour nous, grimpeurs européens. ©GMHM

Le CNE Didier Jourdain prend l’air dans la superbe voie The Rostrum. ©GMHM

L’ADJ Cyril Duchêne dans l’avant dernière longueur de Rostrum. La verticalité est bien présente. ©GMHM

10/ Tuolomne meadows, Drug Dome, voie Oz (4 longueurs, 5.10d) par ADJ Sébastien Moatti

Alors que nous commencions à nous habituer à la clémence du climat Californien l’idée nous pris de prendre un peu d’altitude et pas mal de degrés en moins à Tuolomme meadows, le secteur en amont de la vallée du Yosemite. Ce fut sans conteste la journée la plus froide du séjour mais l’ambiance, les paysages et le rocher valaient largement un petit onglet et quelques dizaines de miles de route tortueuse. Une dizaine de dômes plus ou moins raides émergent de la forêt, le granit est conforme à ce qu’on trouve dans le bas de la vallée, à savoir pur et esthétique, de jolis lacs de montagne et la neige en toile de fond, sans oublier le half dome dont l’hémisphère a juste changé de sens (nous sommes de l’autre côté). La température a dissuadé la foule des grimpeurs et nous avons le choix parmi la dizaine de voies cinq étoiles. Celle que nous choisissons s’appelle « Oz » et son orientation à l’ombre nous permet d’aller au bout de notre démarche de fraîcheur. A la mi-journée nous sommes au sommet et apprécions enfin quelques rayons de soleil. Un peu de marche nous permet de rejoindre un autre dôme et une voie plus facile mais toujours aussi belle, alternance de dièdres et d’envolée de knobs en knobs. Nous sommes au sommet alors que le soleil disparait sous un horizon orange, la vue est incroyable et comme rien ne presse pour rentrer nous la savourons largement tous les 4.

 

Ambiance fraiche et loin des foules dans Oz sur le Drug Dome.©GMHM

Le panorama dans Tuolomne meadows n’est pas moins beau que dans la voisine vallée du Yosemite. ©GMHM

L’ADJ Sébastien Moatti dans la dernière longueur de la très belle voie Oz. ©GMHM