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Le Mont Analogue – 9

Chapitre cinquième. (inachevé, ndlr)

La nuit se tassait encore autour de nous, au bas des sapins dont les cimes traçaient leur haute écriture sur le ciel déjà de perle; puis, bas entre les troncs, des rougeurs s’allumèrent, et plusieurs d’entre nous virent s’ouvrir au ciel le bleu lavé des yeux de leurs grand- mères. Peu à peu, la gamme des verts sortait du noir, et parfois un hêtre rafraîchissait de son parfum l’odeur de la résine, et rehaussait celle des champignons. Avec des voix de cré- celle, ou de source, ou d’argent, ou de flûte, les oiseaux échangeaient leurs menus propos du matin. Nous allions en silence. La caravane était longue, avec nos dix ânes, les trois hommes qui les menaient, et nos quinze porteurs. Chacun de nous portait sa part de vivres pour la journée et ses affaires personnelles. Quelques-uns en avaient, de ces affaires personnelles, assez lourdes à porter dans leurs cœurs aussi et dans leurs têtes. Nous avions vite retrouvé le pas montagnard et l’attitude harassée qu’il convient de prendre dès les premiers pas si l’on veut aller longtemps sans fatigue.Tout en marchant, je repassais dans ma mémoire les événements qui m’avaient conduit là – depuis mon article de la Revue des Fossiles et ma première rencontre avec Sogol. Les ânes étaient heureusement dressés à ne pas marcher trop vite; ils me rappelaient ceux de Bigorre, et je prenais des forces à regarder couler le jeu souple de leurs muscles que ne rompait jamais une contraction

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