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Y’aurait-il un vent de simplicité soufflant sur le film d’aventure et de découverte ? Le cinéma des voyageurs, explorateurs et autres vadrouilleurs de tout poil serait-il lui aussi gagné par le minimalisme, voire la décroissance ?
Bigre, les gros mots sont lâchés. S’il est vrai que personne n’est encore parvenu à résoudre la contradiction des voyages gourmands en énergie (à part quelques uns partant de chez eux à pied ou à vélo) ou celle des réalisations techniquement exigeantes (en matériel, en temps, en disponibilité) à l’heure où il est conseillé de profiter de chaque instant de son périple, sans polluer le cours des choses, dans l’objectif d’un film à produire, force est de constater que l’économie de moyens a la cote.
Le jury du 23efestival international du film d’aventure et découverte de Val d’Isère ne s’y est pas trompé. Pour le grand prix, j’ai nommé Ours, simplement sauvage, de Vincent Munier et Laurent Joffrion. Pour le prix de la plus belle technique : Derniers jours à Shibati, d’Hendrick Dusollier. Pour le prix du meilleur espoir, c’est Estrellas del Semaforo, par Margot Cami, qui remporte la mise. Quant au prix Ushuaïa TV, qui n’est pas une chaine du genre à rechignier devant le beau et le grandiose, c’est le sobre Népal, par-delà les nuages, d’Éric Valli qui l’emporte. De la faune de la chaine cantabrique à la ville chinoise en évolution, en passant par la question sociale des artistes de rue en Amérique du sud ou la reconstruction d’un pays himalayen, il faut bien avouer que ce n’est pas le sensationnel qui domine. Et c’est tant mieux. Le point commun de ces films très différents ? Une é-co-no-mie de moyens. Non pas de moyens financiers mais bien de moyens techniques et de réalisation. Ici, pas de porn-drone ou de couleurs saturées (on dira un jour instagramées), pas d’effets spéciaux et de slow-motion à outrance à vous donner envie d’accélérer. Mais de sacrées histoires, filmées au plus près, avec une économie de commentaires qui en disent long, avec des plans en nombre restreint qui dévoilent bien des facettes, avec surtout des fils conducteurs en béton, des personnages forts et une narration propre et sans bavures.

Le point commun de ces films très différents ?
Une é-co-no-mie de moyens.

Alors me direz-vous, la faute (ou grâce) à un jury intello, ou trop tourné vers la réalisation au détriment de la sensation ? On aurait pu y croire. Sauf que le Grand prix du public, vous savez ce prix destiné à offrir un autre regard sur les films, populaire au sens noble du terme, a été attribué à Les voies de la liberté, de Mélusine Mallender, qui a parcouru les routes du monde à moto pour découvrir le sens du mot liberté auprès des femmes qu’elle a rencontrées. Alors quid des films de glisse, de ski, de snow, de popow ?! D’autant que cette année, l’habitué des prix qu’est Zabardast jouait en terrain conquis, avec son acteur principal, Léo Taillefer, l’enfant du pays ! Il faut croire que les temps changent, et vite. Que l’éclate ne suffit plus, même si ces films ne sont évidemment pas dénués de sens (ne me faites pas dire…). Cette fameuse quête de sens, pour la protection de la faune (Ours..), de la culture urbaine (Shibati), artistique (Estrellas…) ou villageoise (Népal..) ne serait plus une vue de l’esprit tourmenté de quelques-uns. Mais bien une fin en soi pour une majorité, y compris dans le monde du film d’aventure, surtout en montagne.

Les minimalistes actuels (reprenant l’expression de l’architecte allemand du Bauhaus –  années 30 ! – Ludwig Mies van der Rohe) parlent de less is more.
D’ailleurs, quand on creuse un peu les objectifs de l’esthétique minimaliste, on trouve une grande place accordée à l’intégrité. Tiens tiens…
Disons pour conclure de notre côté, a minima, que pour une fois qui peut le moins peut le plus. Beaucoup plus.