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K2 blockbuster

K2 aura été numéro un au box-office. Peu d’ascensions, ou de tentatives d’ascension, auront captivé autant le public, et en particulier le grand public, ces dernières années. Depuis plus d’un mois maintenant, le monde découvre un coin perdu du Pakistan et l’un sommet des plus hauts du monde, même pas le premier, juste le second ! Erreur de casting ? Pas sûr. Le K2 a toujours exercé un pouvoir d’attraction particulier sur les alpinistes. La « montagne tueuse » comme on l’appelle avec emphase, reste surtout le dernier bastion de plus de 8000m invaincu en hiver. Cette année, c’est l’apothéose au Karakoram. Après un sauvetage au Nanga Parbat, toujours médiatisé pour les mêmes raisons (de « l’alpe homicide » aux « montagnes tueuses » il n’y a qu’un pas tentant et vendeur), on passe sans transition au K2. On y suit deux héros, Adam Bielecki et Denis Urubko, sauveteurs d’Elisabeth Revol, aussi pugnaces dans leur sauvetage que décidés à ne rien lâcher dans leur tentative hivernale au K2. Un drop en hélico plus tard, les voilà de retour à la tâche. Puis tout s’enchaine à nouveau : progression rapide, tentative solitaire d’Urubko, désobéissance au chef incontesté Wielicki, conditions météo à nouveau dantesques, et probable retour bredouille, malgré tout. Le feuilleton, en temps réel sur les réseaux sociaux, est captivant.
Faire peur est dépassé. Emouvoir est mou du genou. Et vendre la nature ou la liberté est quelque peu galvaudé.

Mais alors que nous raconte cette super-production polonaise ? Elle nous montre une fois encore que dans toute histoire qui marche, il y a un décor loin du carton-pâte, des héros en chair et en os avec des choses à faire mais aussi des choses à dire, de l’action, du sang, des larmes, un happy-ending et une persévérance romanesque qui donne envie de se battre aux côtés des héros. Vous savez, comme lorsque que vous mettiez des coups de poings dans le fauteuil quand Rocky perd un combat, mais s’en releve toujours. Go Rocky, go ! Vas-y Adam ! Allez Denis ! Działaj ! Działaj ! (polonais 3e langue…) Alpinistes, journalistes, vidéastes ou photographes, passons notre temps à nous demander comment intéresser les gens à l’alpinisme et à la montagne en général. Faire peur est dépassé. Emouvoir est mou du genou. Et vendre la nature ou la liberté est quelque peu galvaudé. Non, pour parler d’alpinisme et captiver le public, il faut tous ces ingrédients à la fois, mais surtout une vraie histoire ! Le cinéaste Henri-George Clouzot disait que « pour faire un bon film, il faut trois ingrédients : d’abord une bonne histoire, deuxièmement une bonne histoire et troisièmement une bonne histoire ». Aujourd’hui, même les plus beaux plans en drone du monde ne sauvent pas un récit indigent… L’épilogue du K2 en polonais VOSTFR devrait s’écrire dans les jours qui viennent, voire quelques minutes après la publication de cet édito. Mais il y a fort à parier que le feuilleton ne prendra pas fin cette saison. C’est d’ailleurs tout le sel de ces aventures titanesques. Et si les polonais ne remontent pas en selle (c’est que ça coûte une expédition nationale), sûr que Netflix sera dans les rangs pour produire la prochaine saison. Quand le K2 contre-attaque…