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On l’a retrouvé au petit déj’. Alors Vivian Bruchez nous a offert le thé et le café chez lui, dans son chalet de Vallorcine. Alors que la neige tombe fort dehors, nous avons pris tout notre temps avec celui qui a popularisé le ski de pente raide ces dix dernières années. Pour commencer, nous avons évoqué sa vie de skieur et sa vision des choses dans cette première partie de notre interview. A suivre, la seconde où nous parlerons matériel et astuces de pro. Interview fleuve, acte 1, c’est parti.

Pente raide ou ski extrême ?

Pente raide. Sans hésiter. Ski extrême j’aime pas. L’extrême ça me fait peur. Je suis plutôt ski de montagne… Je pense que dans “ski extrême” tu as une notion de performance et d’inclinaison de pente et une notion de recherche de plus.. Moi je ne suis pas dans une recherche de plus, mais plutôt dans une recherche d’esthétique.   

Vivian Bruchez, interviewé chez lui, à Vallorcine. ©Jocelyn Chavy

je ne suis pas dans une recherche de plus,
mais plutôt dans une recherche d’esthétique.   

Mathéo Jacquemoud ou Kilian Jornet ?

Les deux ! Je les adore ! Ce sont des sources d’inspiration incroyables ! J’ai une grande chance d’avoir pu les côtoyer de très près. Et avant d’être de grands champions ce sont de très bons gars. Je fais quasiment la même chose avec l’un ou avec l’autre, mais ça reste deux personnages différents. C’est deux grands amoureux de la nature avant d’être de très grands athlètes avec des capacités physiques extraordinaires et qui s’entretiennent, et c’est ça que je trouve extrêmement inspirant.

Le haut niveau ça ne vient pas de nulle part, et eux en sont la preuve, parce que tous les jours ils y sont. Moi j’essaye de faire pareil, mais tous les jours sur les skis. Le principal avantage quand je skie avec eux, c’est qu’ils portent le matos à la montée (rires).

Les Aiguilles Rouges c’est le terrain de formation,
le massif du Mont-Blanc, le terrain d’expression

Mont-Blanc ou Aiguilles Rouges ?

Mont-Blanc ! Parce que c’est la belle dame du massif et les neiges éternelles. Les Aiguilles Rouges c’est le terrain de formation, le massif du Mont-Blanc, le terrain d’expression.

Chamonix ou Vallorcine ?

Je dirais Vallée de Chamonix, parce que je ne veux pas oublier Argentière !

Nant Blanc ou Täschhorn ?

La descente du Täschhorn c’est une descente majeure parce que ça part d’un sommet iconique des Alpes qui est haut, à 4400m. La ligne parcours une face qui a été très peu explorée, même en alpinisme. Donc on s’est sentis un peu comme des pionniers. Tu n’as pas du tout de montée mécanique pour accéder au pied de la montagne et on a fait un bivouac. 
Donc t’es dans une démarche où tu découvres beaucoup.
Après techniquement, elle est beaucoup moins technique que le Nant Blanc, et moins exposée, mais l’ampleur, la hauteur de la face, font que c’est une grande descente majeure de ces dernières années.

La descente du Täschhorn (4491m), par Paul Bonhomme et Vivian Bruchez, le 28 mai 2021. ©Coll. P.Bonhomme

il y a un élément qui m’effraie en montagne
c’est la neige

Devant Paul Bonhomme ou derrière Paul Bonhomme ?

Plutôt derrière, sur ses projets derrière, vraiment ! Par respect et puis parce qu’il n’y a aucune concurrence entre nous. Je suis toujours très heureux de participer à ses projets. C’est d’ailleurs ce que j’aime avec Paul. Donc quand t’as un leader, moi je suis derrière pour accompagner le projet, je ne suis pas là pour montrer où je veux passer. 

Printemps ou hiver ?

Plutôt printemps. En fait il y a un élément qui m’effraie en montagne c’est la neige. Et la neige en plein hiver, c’est un élément qui est dangereux. Tu as beau être tous les jours sur les skis, tous les jours en train de toucher, ressentir la neige, une neige froide, c’est une neige qui bouge. Une neige de printemps, c’est une neige de névé. Tu dois être meilleur techniquement mais tu t’exposes moins à une avalanche.  

©Jocelyn Chavy

l’hiver je le garde pour moi

Guide en été ou guide en hiver ?

Plutôt guide l’été ! J’adore parcourir les arêtes des Alpes, alors que l’hiver je le garde pour moi !

Argent ou plaisir ?

Les deux ! Ça me fait penser à mon père qui me disait « Toi t’es que dans le plaisir, c’est que du fun pour toi ». Mais en attendant il savait très bien que moi à travers le fun j’avais envie de générer un métier et je pense que c’est ça le plus beau, quand tu arrives à lier ta passion avec le fait de gagner ta vie. Et y’a pas de honte à gagner de l’argent en se faisant plaisir.  

Chanceux ou méticuleux ?

Méticuleux. Alors évidemment, chanceux d’être né où je suis né, chanceux d’être entouré par qui je suis entouré, mais méticuleux sur un peu tout le reste : le matériel, la prépa, la nutrition aussi, ça arrive ! (rires)

Méticuleux Vivian ? ©Ulysse Lefebvre

Je porte la combinaison de ski alpinisme
sous les baggy de freerider !

Bureau ou montagne ?

Alors mon coeur te dirait je suis montagne, 100% montagne. Mais la réalité des choses c’est qu’aujourd’hui je suis obligé d’être 50/50. C’est à dire que je dois mettre autant de temps à la maison sur évidemment de la prépa et de la communication, que sur ce que je fais en montagne. J’aimerais bien revenir à du 75% montagne, 25% bureau.

Dans ce travail de bureau, il y a l’échange avec les marques qui est très très important. Pour Plum en l’occurrence, c’est intéressant de faire le parallèle avec ce que eux ils ont comme obligations ou comme contraintes dans leurs marchés. La conception-bureau Plum par exemple, c’est de l’échange, avant tout de l’échange.

Plum j’ai souvent tendance à dire que c’est ma marque de cœur. Tu descends en bas à Thyez, c’est toute une équipe, une famille presque. Donc du coup c’est vrai que je pense que c’est une fierté de skier français.

Collant ou pipette ?

Je suis collant-pipette moi, franchement de folie ! Je porte la combinaison de ski alpinisme sous les baggy de freerider ! Véridique j’ai la combi ! Mes inspirations sont larges, elles peuvent partir d’un Kilian Jornet justement à un Jérémie Heitz… et là tu balayes tout l’univers du ski, et moi je suis un peu un hybride de tout ça ! Donc skieur alpiniste dans le fond, freerider dans le cœur.  

©Jocelyn Chavy

ce que je veux c’est du contact

Virage sauté ou conversion ?

Ni l’un, ni l’autre. Pas de virage sauté, pas de conversion. Dans mon virage, que je fais actuellement, je dirais que ce qui est le plus important pour moi c’est le touché de neige, donc c’est l’allègement, c’est donc pas du virage sauté. Quand tu sautes, tu as un atterrissage. Moi ce que je veux c’est du contact, donc en fait c’est plutôt un allègement des talons, la spatule qui touche la neige, et derrière c’est un dérapé/glissé, donc contact ski/neige.

Pan incliné, ou pente inclinée ?

Plutôt pan incliné. Pourquoi ? Parce qu’en fait le pan incliné te permet de faire plus de pentes inclinées et surtout depuis que j’ai développé mon mini module pente raide, j’ai vraiment senti que ma technique a pris un essor assez incroyable. 

En fait, le ski de pente raide et l’entraînement en ski de pente raide, c’est réussir à faire des virages là où ça serait impossible de les faire, on va dire dans l’entraînement, pas dans ce que tu vas faire en montagne. Quand t’es en montagne et que c’est exposé si le virage est dangereux, à ce moment là faut pas le faire. Mais par contre dans l’entraînement, t’es dans ton garage, tu peux faire des trucs incroyables. Et faire des choses difficiles à la maison permet d’être vraiment meilleur en montagne par la suite  

Plan A ou plan B ?

Plan A. Le plan B me fait peur. Faut faire un plan B vraiment très tranquille pour rentrer à la maison. Statistiquement tu as beaucoup de cartons qui arrivent dans les plans B donc je me méfie !  

Plan C ça existe, mais c’est pas des plans, c’est des options. Quand je commence à trop souvent changer de plan ou d’option, je me méfie.

Tu as différents modes de réflexion, entre je suis dans mon mode normal, mon mode alerté, mode hasardeux. Le mode hasardeux celui là il est pas bon.Le mode hasardeux, tu es dans une forme d’échappatoire, c’est ton plan C, c’est sauve qui peut.

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