Les meilleures excuses à l’usage des grimpeurs de mauvaise foi

Si tu ne peux pas chanter ta réussite, analyse ton échec. Tel pourrait être le mantra de ceux que la montagne a repoussés. Ne faut-il pas tirer les enseignements de nos revers ? Reculer pour mieux sauter ? Se fortifier de ce qui ne nous a pas tué ? Trébucher mais se relever ?

Peut-être bien que oui. Mais vous ne m’enlèverez pas de la tête que de retour sans cime, souvent le grimpeur s’escrime : il lui faut trouver des raisons. Pointer les responsabilités. Prouver l’inéluctabilité par A + B. Et peut-être un peu se défausser ?

Le Grand Capucin émerge de la brume. ©Ulysse Lefebvre

Décrypter, les cadors ne s’en privent pas. L’éloge de l’échec est même plutôt tendance ces derniers temps. Le renoncement, la clairvoyance, la sagesse : les alpinistes professionnels se racontent magnanimes. Pour eux, même le demi-tour est une avancée.

Alors pourquoi pas moi, modeste grimpeur qui, récemment, a plutôt eu l’impression de reculer ? De retour d’un but au Grand Capucin, la question me taraude : que peut retirer l’amateur que je suis d’un saut de puce au pied d’un géant, que garder de 150 m d’escalade sur les 400 m de l’immense monolithe de granite ? Oserais-même en parler ?

Pour eux, même le demi-tour est une avancée

Dans la catégorie «  boite à excuses » nous sommes nombreux à exceller. Grimpeur amateur certes, mais ceinture noire de l’alibi, s’il vous plait. Je me permets ici d’en rappeler quelques-unes, essentielles à toute grimpeuse ou tout grimpeur de mauvaise foi qui se respecte.

Excuse n°1 : la météo

Le best-seller. Il s’agit avant toute autre chose d’accuser la météo. Cette grande traîtresse, jamais fiable, plus ou moins infidèle selon que vous êtes Météo Blue ou Météo Ciel. Les derniers inconditionnels de Météo France restant probablement les plus cocus. Du Karakoram au massif du Mont-Blanc, point de salut dans la prévision.

Et quand bien même cette dernière s’avérait juste, et propice à la réussite, il reste toujours évident que vous êtes justement situé dans une poche de mauvais temps, un micro – voire nano – climat local qui contrecarre vos plans. C’est assez incroyable mais oui, le monde doit savoir que vous n’êtes qu’un homme face aux éléments (ou une femme ok).

Excuse 2 : les conditions

On est dans un registre très similaire à celui de la météo, mais le caractère ultra localisé de la donnée permet de tout justifier, même à un interlocuteur pourtant connaisseur du coin ou présent dans le secteur au même moment.

Exemple : « C’est vrai qu’il faisait beau mais la neige qui fondait sur la face rendait les fissures en 5+ hyper glissantes. Ça valait au moins 7b ». Prenez soin de laisser s’envoler la cotation pour rendre la difficulté encore plus impressionnante. Autre exemple : « T’imagines pas l’accès avec toute cette neige : dangereux en grosses chaussures, inconfortable en chaussons. ». La description d’une impasse, dilemme que vous avez dû bravement dénouer témoigne toujours d’une force d’âme évidente. La vôtre.

une force d’âme évidente : 
La vôtre 

Inconvénient de la cordée réversible : chacun devient le coupable idéal. ©UL

Excuse 3 : les autres

C’est pas moi, c’est les autres. La plus utilisée, la plus main-stream des dérobades, le produit générique de l’excuse. La pas-chère-mais-qui-peut-rapporter-gros. Tout allait bien jusqu’à ce qu’il ne vienne contrecarrer vos plans, cet autre. Et il ne faut pas chercher bien loin, le compagnon de cordée fait toujours l’affaire. Niveau technique limité, mal des rimaye, coup de froid, vitesse insuffisante dans des passages où vous fendez la bise… qu’on se le dise : le compagnon de cordée est le coupable idéal.

Au pire, histoire de le préserver un tant soit peu, indiquez « en mode récup avec Nico » sur Strava pour indiquer subtilement que vous étiez en sous-régime, tandis que Nico tentait, en vain, de recouvrer ses moyens. Vous accompagnez les plus faibles, vous êtes quelqu’un de bien. 

le compagnon de cordée
est le coupable idéal

Excuse 4 : le paradoxe de votre forme olympique

Ne tombez pas dans la fausse modestie. Non pas vous quand même. Allez, ne rougissez pas.  C’est vrai que vous n’étiez pas hyper entrainé, à cause du boulot (mots compte triple), mais vous aviez pourtant enchainé avec brio l’implacable 6c+ rouge, sur l’enrouleur de droite, à Climb Up la semaine dernière. Ce n’est pas rien.

C’est vrai aussi que vous n’avez pas passé beaucoup de temps en haute montagne ces derniers temps, à cause des enfants évidemment (jackpot). Un manque d’acclimatation pourrait expliquer votre manque de célérité, c’est vrai, vous êtes capable d’admettre cette petite faiblesse… Mais rappelez aux ignorants qui émettent cette audacieuse hypothèse que vous êtes doté d’une physiologie que beaucoup envient. Dame Nature vous a gâté et vous avez « un fond » ultra solide. En témoignent tous ces « segments » dont vous êtes le king. Et sans forcer s’il vous plait. Non vraiment, vous avez beau chercher, jamais vous n’avez flanché. 

Ne tombez pas dans la fausse modestie
Non pas vous quand même

Après avoir rappelé que votre modestie n’a d’égale que votre excellence, il est bon de laisser planer un court silence introspectif afin de glisser doucement vers de reposants lieux communs : la montagne est toujours plus forte, au moins on ne s’est pas fait mal, on a renoncé à temps… Et puis que c’est beau là-haut. C’est assez vrai, mais c’est surtout hyper pratique. Et ça permet de passer à autre chose sans forcer. Même si, faut-il le rappeler, vous en avez largement les capacités.

 

PS : En cas de but en montagne, il est donc possible aussi d’en faire un édito, ce qui permet d’extérioriser. L’air de rien. Ou presque.

PS 2 : À l’instar de l’échelle des cotations en escalade, l’échelle des excuses est ouverte. Citons parmi d’autres classiques à ne pas oublier : le topo mal fait, les Espagnols trop bruyants, les Allemands trop silencieux, le saucisson daubé, la Pompot’ éventrée, les crampons mal affutés, les ongles pas coupés, le rocher trop froid, le rocher trop chaud, la neige trop molle… N’hésitez pas à nous envoyer vos propres excuses. Nous publierons les meilleures de manière totalement anonyme.