Belle expédition en Inde pour l’Équipe Nationale d’Alpinisme Féminine

Au cœur de l’Uttarakhand (Himalaya indien), les aspirantes-guides Sophie Jacob, Isis Millerioux et Mathilde Badoual, membres de l’Équipe Nationale d’Alpinisme Féminine (ENAF FFME), ont embarqué pour leur ultime expédition formatrice en octobre 2025. L’objectif ? S’aventurer dans une vallée peu explorée et tenter l’ouverture d’une voie sur un sommet encore vierge. En composant avec un terrain incertain et des conditions climatiques complexes, elles ont aussi bien profité du granite qu’accepté le renoncement. Elles nous racontent.

En octobre 2025, nous mettons le cap sur l’Himalaya indien, dans la région de l’Uttarakhand. Cette expédition marque la fin de notre cycle de formation au sein de l’Équipe Nationale d’Alpinisme Féminine (ENAF). Notre objectif ? ouvrir une voie en haute altitude, dans une zone reculée et peu explorée. Le sommet choisi ? le Brahmasar, un sommet discret, repéré pour la première fois en 2002 par une expédition anglaise, qui se niche entre les glaciers de Satling et de Dudhganga, au sud du célèbre Thalay Sagar (6904 m). 

Depuis, seules deux équipes (une allemande en 2013 et une américaine en 2014) ont foulé la région avant qu’elle ne replonge dans le silence. Le Brahmasar, du nom de Brahma, le dieu à trois têtes, compte trois sommets dont un seul reste vierge : le Brahmasar I. Son arête nord, raide et régulière, attire aussitôt notre attention. Et la vallée de Satling, littéralement « la vallée des sept pics » (saat signifiant sept en hindi), s’annonce comme un terrain d’aventure à la mesure de nos envies.

Son arête nord, raide et régulière,
attire aussitôt notre attention

©ENAF

L’équipe est constituée de trois stagiaires – toutes aspirantes-guides à l’ENSA – Sophie Jacob, Isis Millerioux et Mathilde Badoual, encadrées par Lise Billon et Maud Vanpoulle. L’expédition débute dans le petit village de montagne de Gangi, après deux jours de route depuis Delhi. Accompagnées de quatorze porteurs népalais, nous remontons la vallée de Bilanghna en deux jours de marche à travers une jungle dense, peuplée d’oiseaux et de singes.

L’installation du camp de base s’avère complexe : il faut négocier avec les porteurs pour le placer au-delà de la rivière principale. Et comme si la logistique ne suffisait pas, la mousson, pourtant censée être terminée, joue les prolongations. La neige recouvre rapidement la vallée d’une épaisse couche blanche – un signe peu encourageant pour la suite en altitude.

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Après le camp de base, direction le camp de base avancé ! L’idée est d’avoir des tentes, de la nourriture et du matériel à demeure au pied des faces que nous voulons grimper, et ainsi être prêtes à toutes éventualités. L’installation du camp de base avancé se fait en même temps que notre processus d’acclimatation, c’est donc une montée chargée et lente pour éviter le mal aigu des montagnes (MAM).

Mais la neige rend cette étape difficile et plus longue que prévu. Nous arrivons au camp de base avancé situé sur le glacier de Salting à 5000m en 4 jours laborieux à tracer dans la neige fraîche. 

4 jours laborieux à tracer dans la neige fraîche 
jusqu’au camp de base avancé

Dès nos premiers pas sur le glacier, nous prenons conscience des effets de presque 12 ans de changement climatique depuis la dernière expédition. Le glacier est en recul et les sommets présentent des marques d’éboulements. Nous observons également que les faces nord manquent de glace, couvertes de neige instable, tandis que les faces sud dévoilent un magnifique granite.

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Malgré tout, après quelques jours d’acclimatation, Sophie, Isis, Lise et Maud lancent une tentative d’ascension sur l’arête nord du Brahmasar I, prévue en quatre jours. Mais la montagne ne se laisse pas apprivoiser : le rocher est compact, la neige inconsistante et les conditions trop précaires pour envisager une progression sûre.

Au terme d’une longue journée, l’équipe fait demi-tour. La déception est brève ! Ce demi-tour nous permet de se retrouver à cinq et d’aller explorer le superbe granite des faces sud.

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Ensemble, nous recentrons nos forces sur un objectif en rocher: une arête ouest de 300 m sur un sommet de granite culminant à 5300m juste au-dessus du camp avancé : la pointe Walkers. La ligne, soutenue (6a max) et très esthétique, est gravie à la journée, avec une descente de nuit. Nous la baptisons « Bhālō and the Biscuit », clin d’œil à un ours (bhālō en hindi) rôdant autour du camp de base, et à la marque de biscuits Walkers, sponsor de l’expédition anglaise qui avait donné son nom au sommet.

Le lendemain, nous répétons une deuxième voie sur l’arête est du même sommet, cette fois en terrain mixte, avant de redescendre rapidement dans la vallée pour éviter les précipitations qui viennent refermer ce long créneau météo.

Nous en ressortons riches
d’une expérience
dans l’univers exigeant
de l’alpinisme en haute altitude

Au-delà des sommets gravis, cette expédition restera une belle réussite collective. Car en Himalaya, l’équation déjà complexe de notre 3×3 — conditions du terrain, météo, facteur humain — se multiplie à l’infini : altitude, distance, logistique, matériel, incertitude… Nous en ressortons soudées, inspirées, et riches d’une expérience dans l’univers exigeant de l’alpinisme en haute altitude. 

Un grand merci à la FFME et à nos coachs, Lise et Maud pour leur encadrement, leurs sages conseils et leur soutien. Nous remercions aussi Grit&Rock, Soroptimisme, le Topo et la Belfius Banque pour leur aide.