Serait-ce un lonesome cowboy perdu dans son scotch derrière le bar d’un saloon chamoniard ? À moins que ce ne soit plutôt un accro à l’adrénaline en plein bad trip ? Option sportif de haut niveau en pleine descente ? Du mont Blanc forcément. Pour quelques secondes de plus. De trop. Ou serait-ce plutôt le regard implacable du coureur des cimes, et plus récemment d’arêtes, au Cervin, à l’Eiger et aux Grandes Jorasses ?
Benjamin Védrines au bar du Plan B, lors du Chamonix Film Festival 2025. ©Ulysse Lefebvre
Coup de blues ? Coup de boule ? Coup du sort ? Inutile de chercher, tout est chiqué, mis en scène. Bon acteur Benjamin ? Une seconde avant, une seconde après, il est tout sourire. Il parle du mont Blanc, où il reviendra, encore plus vite évidemment, après que Boffelli lui a repris son record d’ascension. Il évoque aussi sa prochaine expédition au Jannu avec Nicolas Jean, pour terminer l’ascension avortée en octobre dernier. Et d’ici là ? Rien de spécial. Il nous fait croire qu’il prend des vacances cet été. Son activité intense en montagne relayée sur les réseaux sociaux témoigne de l’hyperactivité du bonhomme. La preuve la semaine dernière avec sa trilogie expresse des grandes arêtes des Alpes.
comment photographier
ce personnage archi-médiatisé ?
Et justement. Alors qu’on discute en attendant la prochaine projection du dernier Chamonix Film Festival, j’écoute d’une oreille ce que me raconte Benjamin, tout en me demandant comment photographier ce personnage archi-médiatisé ? Ses yeux bleu-acier-beau-gosse sont vus et revus à travers ses publications quotidiennes, ses stories, posts et autres reels partagés et commentés. Mais derrière le rideau social ? Au-delà des exploits presque attendus ?
Car Védrines est toujours, au choix, souriant ou dans l’effort. Sans aucune place pour le doute. Dans l’imagerie qu’il diffuse en tous cas. Sa posture est limpide. Pleine de maîtrise.
une autre facette
Loin de l’idylle des réseaux sociaux
J’en discute aussi avec Hugo Clouzeau, réalisateur et monteur de grand talent (Les jours sauvages, Nuptse, Apurimac, Metrophobia, Julia…), l’un des plus doué pour écrire les histoires des alpinistes, trouver la narration adéquate, au-delà de l’empilage de beaux plans. Hugo travaille justement sur un film ambitieux dont le personnage principal est… Benjamin Védrines. Et lui aussi aimerait creuser derrière le vernis du héros. Il a son idée pour ça. Hugo a toujours plein de bonnes idées.
En ce qui me concerne je n’ai pas plusieurs mois pour trouver l’angle de ma photo. Benjamin a bientôt fini son 12e petit four et il ne va pas tarder à prendre la tangente. Alors comme souvent, on fait avec les moyens du bord. Un bar, une bouteille, un air blasé. Un peu caricatural mais efficace. Enfin j’espère.
Le placer dans un décor inattendu, avec un regard et une attitude inhabituelle, me semble renverser un peu la tendance. Loin de l’idylle des réseaux sociaux. Et même si le spectateur n’est pas dupe et comprendra la mise en scène l’instant d’après, peut-être percevra t-il une autre facette du super-héros des montagnes. Il faut parfois saupoudrer d’un peu de fiction pour révéler la réalité. Benjamin finalement trop humain ?


