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L’arête de l’éternité Bibliothèque Alpine

Deux écossais qui carburaient au LSD dans leur jeunesse, fort lointaine puisqu’ils approchent la soixantaine. En 2012 ils visent l’arête de l’éternité, la Mazenod, au Nanga Parbat. Peut-être la plus longue de l’Himalaya, une chimère qui conduit au faîte du fameux 8000, sis d’autres tragédies. Une première sur le fil, et une histoire de survie hallucinée écrite par Sandy Allan.

Sandy Allan n’est pas n’importe qui. Quand il débarque au Pakistan en 2012 pour tenter l’une des plus formidables arêtes de l’Himalaya, l’une des plus longues et délicates, à savoir la Mazenod au Nanga Parbat, il a derrière lui un curriculum vitae long comme le bras. Mais Sandy Allan a aussi quelques doutes. Il a atteint le sommet ouest du Lhotse et la tour de Mustagh, et a bossé comme guide au Cho Oyu ou à l’Everest. Problème, il a 57 ans. Un âge où Bonatti avait rangé ses piolets depuis …22 ans.

Sandy Allan se pointe au pied de l’arête la plus longue du Nanga Parbat à 57 ans. Un âge où Bonatti avait rangé ses piolets depuis 22 ans.

Qui dit mieux ? Son compère écossais, Rick Allen. Il a 59 ans. D’accord, c’est plus jeune que l’octogénaire Carlos Soria, mais là, il ne s’agit pas de faire une voie normale mais d’inaugurer une dizaine de kilomètres d’arêtes entre 6000 et 8000 mètres. C’est avec Rick Allen que Sandy Allan est rentré vivant d’une tentative à l’arête nord-est de l’Everest, autant dire que lui aussi est un solide. Après avoir appris à grimper dans les pires tempêtes comme tout bon écossais, Sandy a fait ses armes dans les Alpes. Il narre une première hivernale au mont Gruetta avec pour vivres « des petites tablettes qui ressemblaient à du carton avec un canard imprimé sur une face » (du LSD), puis découvre l’Himalaya, une passion qui ne s’arrête jamais.

L’arête Mazenod au Nanga Parbat, peut-être la voie la plus longue du monde, s’étire comme une guirlande entre 6500 et 8126 mètres d’altitude, plusieurs kilomètres. Première tentative en 1995. Réussite en 2012, sur le fil du rasoir. Cinq alpinistes au départ, trois s’échappent par le versant Rupal. Les deux compères Allen et Allan s’engagent dans cette arête sans retour. Les écossais devront survivre à une descente épique, hallucinés, gelés et complètement déshydratés (ne négligez jamais de prendre un briquet en double !). Il faut lire Sandy Allan quand il tente d’expliquer ce qu’il a ressenti là-haut : « la vie ne pourrait pas être plus simple, plus pure. (…) Nos vies nous remplissent d’expériences, mais la pureté est perdue. (…) Des expériences comme cette ascension nous renvoient vers le vide, (…) c’est une forme d’illumination. » Un récit sincère et bouillonnant, comme la vie de Sandy Allan.

 

L’arête de l’éternité. Par Sandy Allan

Editions Paulsen. 240 pages, 26 euros.