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L’aiguille Dibona n’a pas d’équivalent dans les Écrins. Ni en termes de rectitude, ni en termes de beauté, ni en matière de fréquentation. Quoi de plus beau et de plus classique que la face sud, un chapelet de longueurs empruntées à diverses époques de l’alpinisme, pour débuter notre série Les plus belles courses d’Alpine (et les moins pires) ? Venez murmurer à l’oreille de Lady Bona.

Si j’ai omis de vous donner le nom des ouvreurs de cette voie, ce n’est pas une erreur, mais c’est parce qu’il faut une ligne entière pour les écrire. La face Sud dite « classique », c’est une combinaison de voies qui donne mal à la tête aux illustrateurs de topo (il en reste). Ne dites pas à votre compagnon que votre objectif est la Madier-Berthet-Sept-d’un-coup-Boell-Stofer, car vous risquez de finir sur le forum C2C rubrique « Partenaires ». Et encore, mieux vaut faire un crochet en haut par la Livanos, un nom à rajouter, donc.  Mieux vaut faire simple : face sud « classique », c’est-à-dire la moins difficile tout en restant le plus possible dans l’axe du sommet. Soyez logique : si vous faites une face sud classique par le pierrier à gauche et l’arête derrière, ça s’appelle l’arête nord, pas la face sud. La face sud classique de la Dibona, c’est gravir le Grand Capucin des Écrins sans jamais dépasser le V sup, une affaire ! En plus le refuge du Soreiller et sa buvette ont le bon goût de nicher à moins de deux minutes de l’attaque de voie. Toujours ça de pris. On reparlera des inconvénients du très bon rocher en Oisans, car il y en a, mais sachez que vous pouvez également, le feu sacré de Kilian et de Dani réunis en vous, tracer votre route directement depuis le bas sans passer par la case nuitée-pets-ronflements. Ça s’appelle toujours la face Sud classique, version directe du parking. Une version bien connue des étudiants fauchés (et en forme) et des pères de famille pressés (quoique fatigués, car bien que septembre soit le mois idéal pour fréquenter les lieux, il faudra choisir entre la marche d’approche ou emmener les enfants à l’école).

Envolée en face sud, variante Livanos. © Lionel Cariou.

Deux visions oniriques de ce court moment passé le cul sur la pointe. © Jocelyn Chavy

Bref, vous voici de bon matin le regard levé et pourtant vierge de mauvaises intentions vers le lingam des Écrins quand soudain vous apercevez un amas de couleurs chatoyantes du côté de R3, et plus inquiétant, pas loin du pied de la Lady. Ni une ni deux, vous remettez votre chasuble chamoniarde et piquez un sprint direction le pied de la voie, je-pars-tu-m’assures, avant de survoler les 40 premiers mètres de la voie, sautant le premier relais. Good news, les Allemands au pied de la voie n’ont rien compris (et ils ont perdu la guerre, osez-vous dire à votre compagnon de cordée, outré), bad news, l’amas chatoyant du R3 n’a pas bougé dans ce laps de temps ! Une fois à ce relais, vous contemplez les dégâts, et commencez à comprendre les inconvénients du rocher béton en Oisans. Il y a étrangement beaucoup, beaucoup plus de monde que sur les arêtes de Chamoissière ou du Sirac. A R3 la situation est critique : le leader est parti droit dans le mur et revient penaud, épuisé et en moulinette, au relais, tandis que la lecture du topo (et cet article) vous a alerté sur la nécessité de quitter la voie Madier par une traversée astucieuse à droite, œuvre de J. Berthet et E. Eymard, évitant le dièdre délicat de la Madier. C’est l’occasion de faire un point route : ne cherchez pas les spits (du moins pas là) mais tout ce qui s’apparente à une brocante du Club Alpin : pitons d’époque (ceux à anneaux vous garantissent un vol plus long que prévu en cas de chute), ficelous, spits de 8mm, coinceurs coincés… A la Dibona tout le catalogue Vieux Campeur depuis sa création (1941) et même avant est disponible, dans des états plus ou moins avariés. Attention à la date de péremption !

 

Le cirque du Soreiller vu du ciel. © Jocelyn Chavy

Astuces

  • dans la voie, ne ratez pas la traversée de L4. Ni celle de L11, légèrement descendante, pour gravir un ressaut raide et fracturé qui permet de récupérer le fil de l’arête.
  • Le bon plan au-dessus des cannelures Stofer pour évitez la foule de Visite Obl. : prenez la fissure trois mètres à gauche, deux petites longueurs signées Livanos, 5c, avec un pas d’A0 pour sortir du relais au milieu.
  • un deuxième brin et un plan B (Orientale du Soreiller, Plat de la Selle..) en cas de bouchons !

Massif des Écrins, Aiguille Dibona, 3131 m, face sud classique.
Combinaison de voies Madier-Berthet-Sept-d’un-coup-Boell-Stofer, TD-, 5c, 450 m.

L’Aiguille Dibona a été ouverte par le grand guide des Dolomites Angelo Dibona, et ce fut une première mineure en comparaison de ses deux autres chefs d’œuvre de 1913 dans les Écrins, le couloir mixte en face nord-ouest du Dôme, et une ascension directe de la face sud de la Meije, deux premières très en avance sur leur époque.

Accès 
Les Étages, route de la Bérarde, massif des Écrins. Refuge du Soreiller, compter 1h45 à 2h. Le départ de la voie est à quelques minutes du refuge.

Topos 
On conseillera le topo Escalade Plaisir d’Hervé Galley (éd. Olizane), le topo de J-M. Cambon Écrins Ouest.

Matériel
Corde à simple suffisante (2 rappels de 25m pour descendre l’arête nord), un jeu de 5 à 6 Camalots, des sangles.