Ce serait sans doute faire preuve de mauvais esprit que de faire coïncider la démission d’Edgar Grospiron de la présidence du Cojop 2030, le 10 septembre 2026, avec l’annonce, quelques jours plus tard, le 21 septembre, d’une tournée de consultations publiques par ce même Cojop. Ces six rendez-vous avaient certes été annoncés il y a plusieurs mois déjà, mais il est difficile de trouver trace d’une véritable promotion de « ce dialogue direct avec les populations ».
On sent pourtant poindre une volonté d’apaisement après une série d’épisodes tous plus chaotiques, inquiétants, voire affligeants les uns que les autres.
Le violoncelliste et chef d’orchestre italien Mario Brunello joue sur le site d’une forêt abattue pour construire la piste de bobsleigh des JO de Cortina d’Ampezzo, en février 2024. ©Diego Gaspari Bandion
En attendant de remettre un pilote dans l’avion, ou un capitaine dans la galère, les membres du Cojop ont donc décidé de tendre une main aux populations directement concernées par les futurs Jeux olympiques de 2030. Auraient-ils enfin compris ce que bon nombre de citoyennes et de citoyens réclament depuis le début ? Souvenez-vous de notre sondage de mai 2024, où près de 4 000 votants avaient répondu : 89 % d’entre eux se déclaraient opposés aux JO 2030 dans leur forme actuelle.
Mais que l’on ne s’y trompe pas : consultation publique ne veut pas dire débat public, et encore moins concertation sur l’opportunité du projet.
ces rendez-vous
ne constituent pas une concertation préalable
permettant de débattre
Autrement dit : ces rendez-vous permettent d’informer, de répondre aux questions et de recueillir des observations sur les projets présentés. Mais ils ne constituent pas une concertation préalable permettant de débattre de l’opportunité des Jeux dans leur ensemble, ni de remettre à plat le projet Alpes 2030.
Le Conseil d’État l’a d’ailleurs formulé très clairement dans sa décision du 3 avril dernier : l’ensemble des travaux nécessaires aux Jeux 2030, répartis sur au moins quatorze sites et quatre zones géographiques, ne constitue pas un projet d’aménagement ou d’équipement unique devant faire l’objet d’un débat public global. C’est donc au niveau de chacun des projets, lorsque leur incidence environnementale le justifie, que le public doit pouvoir participer. Dont acte. Un peu de dialogue à la Solideo (pour construire), zéro au Cojop (pour décider).
il est sidérant de voir combien
ce projet rebondit
d’écueil annoncé en écueil annoncé
Le Cojop ferait-il du zèle ? Ou tente-t-il simplement de combler, tardivement, un déficit manifeste de dialogue ?
Il faudra voir qui sera présent à la première consultation, ce mercredi 30 septembre à Thônes, et surtout ce qui ressortira des échanges. Mais une chose est d’ores et déjà claire : si les habitants pourront parler, ils ne voteront pas.
À la rédaction d’Alpine Mag, nous pointons depuis 2024, avec d’autres observateurs et personnalités critiques à l’égard de ces Jeux, les fragilités de ce projet. Et force est de constater que plusieurs des inquiétudes exprimées depuis lors se retrouvent aujourd’hui au cœur de l’actualité. Le point d’orgue étant évidemment la démission d’Edgar Grospiron. En tant que journaliste rangé, bon gré mal gré, dans la catégorie « critique » des JOP 2030, il est sidérant de voir combien ce projet rebondit d’écueil annoncé en écueil annoncé.
L’inquiétude n’est désormais plus l’apanage des seuls « anti-JO », des écologistes ou des « pisse-froid ». Elle gagne d’autres acteurs et atteint désormais les plus hauts niveaux de responsabilité. Et quand ce n’est pas l’argument de la préservation d’un environnement déjà mis à rude épreuve, ce sont les questions financières qui font mouche.
Pourtant, l’ampleur de la défiance ne semble pas modifier la trajectoire annoncée des pelleteuses et des camions-toupies.
L’inquiétude n’est désormais
plus l’apanage des seuls « anti-JO »,
des écologistes ou des « pisse-froid »
Un récent article du Guardian consacré aux Jeux de Milano-Cortina documentait ainsi l’écart entre le discours officiel sur la durabilité des Jeux d’hiver et certains des aménagements réalisés pour les accueillir : forêt rasée pour construire une piste de bobsleigh, nouveaux réservoirs construits pour produire de la neige artificielle, prélèvements d’eau dans des rivières alpines déjà touchées par la sécheresse.
Dans cette ambiance de « Don’t Look Up », où les signaux d’alerte s’accumulent sans forcément infléchir la trajectoire, modifier le cours des JO 2030 ou même carrément les annuler comme le réclame une part croissante de l’opinion publique, tiendrait presque du miracle. Alors, peut-on encore y croire ? Début de réponse mercredi soir.
Calendrier des rencontres
- Bassin de vie de Thônes – Thônes – 30 septembre, inscriptions ouvertes ;
- Bassin de vie de Val d’Isère – Val d’Isère – 8 octobre ;
- Bassin de vie de Bozel – Courchevel – 13 octobre ;
- Bassin de vie d’Aime-La-Plagne – La Plagne Tarentaise – 6 novembre ;
- Bassin de vie de Briançon – Briançon – 18 novembre ;
- Bassin de vie de Lyon – Décines-Charpieu – 26 novembre.

