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Si les adeptes du trail et du ski-alpinisme sont nombreux, rares sont les ouvrages spécifiquement dédiés à l’entraînement en montagne. Avec Steve House et Scott Johnston, Kilian Jornet est l’auteur de Up ! un manuel d’entraînement pour les spécialistes du dénivelé. Un livre édité par l’équipe d’Alpine Mag, qui paraît aux éditions Paulsen-Guérin, et dont Kilian Jornet nous parle ici.

Comment en es-tu arrivé à participer à ce projet ? 

Kilian Jornet : En 2015 j’ai reçu un message de Steve House, qui était dans le Valais. J’étais en train de faire une traversée par là. On a fait une sortie au Tashorn et dicuté pendant très longtemps d’entraînement. Avec Scott Johnston, ils avaient une idée : après le livre « Entraînement pour le nouvel alpinisme », ils voulaient écrire un livre plus large, en parlant des sports d’endurance qui se pratiquent en montagne : le trail, le ski alpinisme… Et on a commencé a discuter pas mal ensemble. J’ai rencontré Scott en Alaska cette même année et on a vu que on avait tous les trois la même philosophie de base de l’entraînement. Et voilà, c’était parti.

A qui s’adresse ce livre ? 

Kilian Jornet : Il s’adresse a tous les gens qui veulent se connaitre ou en connaitre plus sur la préparation dans les sports de montagne. C’est un livre très complet qui fait le tour de la préparation physique mais aussi psychologique, des expériences, techniques… Il est donc aussi intéressant pour un professionel du sport, pour un entraîneur que pour un pratiquant amateur. L’écriture des thèmes scientifiques est très compréhensible.

Up ! Manuel d’entraînement pour l trail et le ski-alpinisme, Steve House, Scott Johnston, Kilian Jornet, Editions Guérin-Paulsen, 376p., 37€.

Comment as-tu rencontré Steve House ?

Kilian Jornet : On s’est rencontrés d’abord dans les monts San Juan, au Colorado, où il habite. On a fait une sortie de ski-alpinisme et on discutait déjà pas mal d’entraînement, de préparation, d’expeditions… Puis on s’est retrouvé a nouveau au Denali en 2014, où l’on a passé pas mal de jours ensemble, au medical camp

Ce livre est dédié aux coureurs et skieurs de rando. Ces deux disciplines sont-elles si proches que ça à l’entraînement ?

Kilian Jornet : Pour la base oui. Tout ce qui relève de la préparation générale est assez similaire dans tous les sports d’endurance. Surtout, le trail et le skimo partagent pas mal aussi au niveau musculaire et du type d’effort. C’est pour cette raison que de nombreux skieurs-alpinistes ont des bons resultats en trail. Des Mireia miró ou Laetitia Roux, Maude Mathys, Davide Magnini, Rémi Bonnet, Meraldi, Nadir Maguet… Il y a une basse assez commune et puis un travail spécifique qui est particulier à chaque discipline.

Kilian Jornet. ©Ulysse Lefebvre

Traitement physio lors du marathon du Mont Blanc en 2015. ©Jordi Saragossa

Steve House a une vision très organisée et rationnelle de l’entraînement. Le rejoins-tu sur ce point ou es-tu plus pragmatique ? 

Kilian Jornet : Je connais la théorie, j’aime beaucoup lire les nouvelles recherches et comprendre les pourquois, faire des essais, tout noter pour en déduire des conclusions… Après, il faut agir et cela devient une question de motivation : sortir quand on est fatigué, quand on n’a pas envie, quand les résultats ne suivent pas… Plus on veut être performant, plus c’est important de suivre un programme rationel. La partie pragmatique de l’entraînement est indissociable de la partie théorique. On peut dire la même chose des sensations et des indices que nous apporte notre corps : il faut une base théorique pour les comprendre . 

Y’a t-il une « école US » et une autre européenne en ce qui concerne l’entrainement ? 

Kilian Jornet : Non, il y a eu des influences plus marquantes, des entraîneurs  qui ont marqué des idées ou des tendances, suivies ensuite par d’autres entraîneurs. On peut penser aux Suédois et Finlandais dans les années 30, avec le début des entraînements en fartlek, les répétitions de Zatopek, puis celui qui est consideré le père de l’entraînement moderne, le néo-zélandais Arthur Lydiard. Chaque entraîneur a ses influences, mais aujourd’hui avec le partage d’informations et les articles scientifiques, on voit plutôt une méthodologie par entraîneurs, moins par pays.

La partie pragmatique de l’entraînement
est indissociable de la partie théorique.

À la Pierra Menta, que Kilian a gagné 4 fois. ©Jocelyn Chavy

On voit souvent le trailer comme un animal outdoor. Pourtant Up ! nous montre qu’une grande partie de l’entraînement se fait beaucoup chez soi. Quelle est la répartition moyenne intérieur/extérieur dans ton entrainement quotidien ? 

Kilian Jornet : Je suis un très mauvais exemple dans l’entraînement de force. Je fais 3-4 séances légères de force de 20-30mn par semaine, surtout pour éviter les blessures. Il faut comprendre l’entraînement comme un tout. Il n’y a pas que la sortie en exterieur. Il faut aussi compter le travail, le repos, la qualité du repos, le stress, la musculation… Trop souvent, on ne regarde que les heures, le denivelé ou la distance parcourue pour quantifier l’entraînement, mais cela va au-délà.

je conseille de ne pas regarder les autres.
Un des principes les plus importants,
c’est celui de l’individualité.

Quels sont les 3 conseils de base que tu donnerais à un jeune athlète qui se lance dans une pratique intensive, voire en compétition ? 

Kilian Jornet : D’abord, je lui dirais de mettre le focus sur le processus, sur le plaisir de l’entraînement et de la progression. Et de ne pas avoir des objectifs trop élevés, car sinon la frustration est proportionnelle. Il faut penser que la vie d’un athlète, c’est 24h/jour, 365 jours /an, pendant au moins une dizaine d’années à s’entraîner, versus 5, 10 ou 20 jours de compétition chaque année. C’est très peu. Il faut aimer l’entraînement car c’est là où tout se passe.

Ensuite, je pense qu’il faut être patient. La progression n’est pas une ligne droite ascendante mais plutôt un toboggan, avec des hauts et bas, la plupart des jours les sensations sont mauvaises et parfois, on passe une mauvaise année avant de progresser. Au début le progrès est très rapide mais peu à peu, quand on prend du niveau, les progrès sont plus lents et discontinus.

Enfin je conseille de ne pas regarder les autres. Un des principes les plus importants, c’est celui de l’individualité. Chaque personne a des qualités, des capacités d’absorption de l’entraînement et des situations personnelles différentes. Parfois, entre deux athlètes qui ont le même niveau et s’entraînent de la même manière, l’un va plutôt faire progresser et l’autre va rester en arrière. Souvent c’est frustrant. Mais souvent ce deuxième athlète passe un cap quelques années plus tard et souvent de manière plus qualitative.
Et il n’y a pas une méthode mieux qu’une autre, mais des méthodes qui s’adaptent à des athlètes. Par exemple, Michele Boscacci fait surement trois fois plus d’heures d’entraînement et de dénivelé que Roberto Antonioli. Pourtant, ils sont au même niveau lors des courses. C’est simplement que chaque athlète a sa méthode.

 

À LIRE : les extraits de Up ! Manuel d’entraînement pour le trail et le ski-alpinisme

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