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Le Groupe excellence ski alpinisme national (GESAN) de la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM) réunit une dizaine de skieurs, sélectionnés pour deux ans. La première année est consacrée à un projet en France, la seconde à une expédition à l’étranger. Le GESAN a réalisé son projet estampillé « local » en traversant les Pyrénées françaises d’ouest en est sur deux semaines. Nom de code : Transpyreneus. Le programme : 12 étapes, 340 km et 28.000 de dénivellé positif effectués du 20 février au 7 mars 2021. Partir loin tout en étant en France ? Objectif atteint !

Tout allait sur des roulettes depuis la sélection du groupe à l’automne 2019. Un stage sur les skis au-dessus de la Grave avait lancé le remue-méninge pour déterminer les projets du GESAN. Tout a bien sûr déraillé lorsque la Covid a fait exploser quelques tonnes de TNT sur la voie qu’on s’était tracée. Partir à l’étranger s’avéra vite mission impossible. Alors, par une remontada spectaculaire, les Pyrénées sont passées de plan E à plan A, non sans un certain lobbying des Pyrénéens du groupe… Le but était d’assouvir nos appétits pantagruéliques de dénivelé en traversant le massif.

©Thomas Pueyo

Col d’Arremoulit, dans le val d’Azun. ©Thomas Pueyo

Même en restant en Europe, le casse-tête n’était pas terminé. « On a du changer plusieurs fois d’organisation. D’abord laisser tomber les gites et choisir les vans à seulement un mois du départ », se souvient Lucie qui était à la coordination du projet. « Et comme ça ne suffisait pas, à une semaine de la traversée, on a bouleversé le parcours à cause du passage de frontière trop compliqué pour aller en Espagne (quarantaine et test PCR à faire dans des zones sans centre de test). »

« Ça a été un crève-coeur de ne pas pouvoir faire la ligne la plus esthétique », regrette Brice Filliard, « mais ce qui est fou, c’est qu’on n’a pas baissé les bras. À chaque fois, quelqu’un a su trouver une solution pour tout le groupe« .

©Thomas Pueyo

La pièce maîtresse de l’expé fut sans aucun doute les vans. Les refuges et gîtes étant fermés, ce mode d’itinérance fut le plus pratique à gérer sur deux semaines. ©Thomas Pueyo

« Tout voyage de mille lieues commence par un premier pas » dit l’adage. Nos premières foulées se firent aux confins du Béarn, dans la vallée d’Ossau. Il serait trop long de détailler chacune des 12 étapes de notre Transpyreneus, mais voici à quoi ressemblait une journée type. De fastidieux préparatifs au petit matin dans l’espace exigu des vans pour débuter.

Puis un portage quasi systématique des skis sur le dos, à cause d’une neige qui se laissait désirer en-dessous de 1700 m. Puis les heures de ski se succédaient, agrémentées de remontées de couloir ou de passages en arête. Entretemps les vans étaient déplacés vers l’arrivée, que nous rejoignions souvent tard, éreintés, et parfois avec une patience qui s’érodait avec des retour interminables à pieds, barda et skis sur le dos.

La belle face nord plâtrée du Vignemale (3298m). ©Thomas Pueyo

©Thomas Pueyo

Vers le col de Baysselance. ©Thomas Pueyo

©Thomas Pueyo

Car la neige se faisait désirer. Dès la première étape de notre traversée, un doute s’est emparé de nous en remontant la vallée d’Ossau. Il n’y a pas plus de neige que sur l’aire d’autoroute de Carcassonne. Où se cache-t-elle ? Il faut se rendre à l’évidence : très haut. Elle ne se méritera donc qu’au prix de portages plus ou moins longs. « Longs », tranche Thomas Boulanger. Des locaux nous ont confirmé que c’était « peut-être le pire hiver depuis 20 ans » pour ce genre de projet. « Quand on chaussait enfin les skis, on a vraiment eu toutes les neiges, mais heureusement pas de gros problèmes nivologiques », se rappelle Olivier, notre guide (voire notre radio, grâce à sa capacité à parler des heures sans interruption).

©Thomas Pueyo

En descendan vers Pont d’Espagne. ©Thomas Pueyo

©Thomas Pueyo

Si on n’en chie pas un peu,
ça ne mériterait pas le terme d’expé !

Météo capricieuse

Il a fallu aussi composer avec un sirocco violent qui nous a privé de certains sommets, comme le Vignemale, nous forçant à revoir constamment nos objectifs. « On a eu des journées vraiment compliquées. Sur la seconde étape on ne pouvait pas tenir debout, sans parler des conditions de neige horribles à cause du vent », rajoute Lucie. « Moi j’ai trouvé que ça corsait l’aventure, nuance Fred. Si on n’en chie pas un peu, ça ne mériterait pas le terme d’expé ! »

 

©Thomas Pueyo

Sur l’arête du pic de Sarroues (2835m). ©Thomas Pueyo

Désertique

« Toute la journée on ne voyait aucune trace. On faisait notre itinéraire en traçant tout le temps, c’était désert, comme dans un massif d’un autre pays, vidé de ses habitants pendant l’hiver. On était dans une autre dimension, où la covid n’était plus la préoccupation majeure. La seul chose qui comptait était la traversée » explique Romane.

L’itinérance

Comme toute expé, le défi se joue aussi bien sur les skis que dans la logistique. Chaque van accueillait trois personnes. À tour de rôle l’une d’elle devait se sacrifier pour conduire à l’arrivée de l’étape du jour, parfois en ayant recourt à la courte paille. Mais la fatigue aidant, il fut moins difficile de trouver des chauffeurs volontaires à la fin de l’expédition…

Dans le pâté, vers le Canigou (2785m). ©Thomas Pueyo

Morale de l’expé

« Le groupe a montré une force collective incroyable. C’est pour ça qu’on n’a pas eu de couacs malgré les mauvaises conditions. À tour de rôle on a été poussé dans nos retranchements (physiques, techniques, etc), sans que le groupe explose. C’est de bon augure pour un projet plus lointain, plus engagé » conclue Thomas Boulanger.

En dialoguant avec Thomas Boulanger, Brice tire les mêmes conclusions. Ces Pyrénées auront un peu plus forgé et soudé le groupe. « Cette expérience nous a appris à nous connaitre dans la difficulté, dans l’organisation, la promiscuité des uns et des autres. C’était un test grandeur nature, même si on revenait de temps en temps à la civilisation. Ça nous permet de capitaliser pour la prochaine expédition dans un lieu plus reculé, où on sera plus mis à l’épreuve. » Florent, le coordinateur du groupe, n’hésite pas à tresser des louanges à tout le groupe : « On ne s’est pas trompé dans notre sélection. Il n’y a pas de grosse tête et tout le monde se complète bien ».

Vers les cabanes à l’amont du lac de Caillauas. ©Thomas Pueyo

©Thomas Pueyo

©Thomas Pueyo

Séchage motorisé. ©Thomas Pueyo

Et à la fin ça se termine comme un album d’Astérix ! Une belle tablée richement garnie, dressée par le père de Camille Caparros qui vit au pied du Canigou. Les muscles se détendent, les estomacs se remplissent pour compenser toutes les calories brûlés dans la montagne. Soulagés de terminer l’aventure sans anicroche, entiers, fatigués mais satisfaits du chemin parcouru. On ferme la parenthèse Transpyreneus, cette bulle où il n’y avait que la trace de ski comme unique horizon, où on ne pensait qu’à dormir, skier, manger sans trop penser aux remous du monde extérieur. Le regard se tourne désormais vers un nouveau projet, plus ambitieux, plus lointain, mais qui n’occultera jamais l’aventure pyrénéenne.

Lucie Lacordaire (densité énergie/taille imbattable). ©Thomas Pueyo

Camille Caparros, le gardien de refuge aux trois poumons. ©Thomas Pueyo

Romane Lafarge (la Lindsey Vonn sur allumettes). ©Thomas Pueyo

Brice Filliard, l’homme à tout faire. ©Thomas Pueyo

Frédéric Perrin, dré dans l’pentu. ©Thomas Pueyo

Thomas Boulanger, le sudiste. ©Thomas Pueyo

Florent Besses, le chef suprême et coordinateur du GESAN. ©Thomas Pueyo

Olivier Oudard, notre guide de haute montagne, qui aurait très bien pu officier dans un talk show. ©Thomas Pueyo

Thomas Pueyo, l’oeil dans le viseur. ©GESAN

Les chiffres

  • Les chiffres : 12 étapes, 340 km et 28.000 de d+ du 20 février au 7 mars 2021. Environ 80h.
  • Plus longue journée : 32 km pour 3400 m+
  • En moyenne : 27 km et 2300 m+ sur 12 jours de ski
  • Portage : 1/4 du parcours en baskets, soit 80 km et 6500 m+
  • Point culminant : 3 195 m, au Col de Cerbillona, au pied du Vignemale (but sommet à cause du vent)

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