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Ce regard, on s’est habitués à le croiser dans l’ombre. JMFV. 4 lettres qui sonneraient haute couture : ainsi s’annonce Jean Michel Faure Vincent, manager du Team Salomon. Aussi sec que nonchalant, on se fiait aux apparences de ce Boss originel – erreur N°1. Sourire méditatif et faux-air un peu las ? erreur N°2 / fatale. Panneau total, cliché complet pour ce fondateur. Visionnaire, ça s’écrit comment ?

Jean Michel Faure Vincent est simplement ultra-constant et ultra-présent. Patient pour faire grandir une équipe, futé et à l’écoute pour réussir un collectif. Les fées l’ont appuyé, les faits l’ont confirmé, et Christophe Malardé a embarqué avec. Évoquer les palmarès, citer les noms, ce serait prendre le risque ultime et double ; sombrer dans le récit de bottin / en oublier la moitié. En 2020, JMFV allume les 17 bougies du Team Salomon : il nous invite à nous assoir, et jette un œil sur ce métier interface. Historique, et indispensable, qu’on vous dit !

Pour une fois, rompons la glace en étant « actu » et évacuons le marronnier 2020. Comment as-tu géré le confinement N°1, dans ton rôle de manager ?

 

Jean-Michel Faure Vincent : Depuis le début de ce 1er confinement, ma tâche a été de maintenir le moral des athlètes, afin que ceux-ci ne soient pas trop impactés par le manque de visibilité et d’objectifs. Il faut donc relativiser le présent, pour projeter les athlètes sur de nouveaux projets. Tu peux voir à quel point nous, « amateurs », pouvons être un peu déboussolés quand nos objectifs sportifs tombent à l’eau ; imaginons pour un athlète dont c’est l’une des principales raisons d’avancer ! Tous déconfinement(s) sera/seront aussi compliqué(s) à gérer, avec un risque accru de blessure, lors des premières sorties longues en nature. Vigilance…et soutien en douceur. Ça va bien se passer…et je sens que ça va reprendre plein gaz pour certaines choses, avec inertie pour d’autres – mais peu de demi-mesure. Quand ? C’est la question. Le temps passe. 

J’ai commencé en tant que sportif professionnel en snowboard, puis manager d’équipe de VTT, Snowboard, Ski et Trail Running.

17 printemps du Team : 17 ans qui sont l’exacte explosion du trail, chez Salomon et en pratique. Comment en vient-on à être ce témoin-acteur ?

JMFV : J’ai 52 ans, suis un pur produit des Hautes-Alpes, et je travaille dans le sport depuis plus de trente ans. J’ai commencé en tant que sportif professionnel en snowboard, puis manager d’équipe de VTT, Snowboard, Ski et Trail Running… Du coup, cela fait un gros cumul d’expérience au service des athlètes, qui inclut le rapport avec les marques et les médias. Ça aide, voire ça constitue presque, la polyvalence nécessaire à du team management d’athlètes. Mais l’apprentissage est quotidien…à 52 ans !

François D’haene, J.M. Faure Vincent, Kilian Jornet. ©Goran

Tu as tout vécu : naissance, évolution des produits, des athlètes, du sport,  des évènements….Stop. Quelle(s)leçon(s) en tirerais-tu ?

JMFV : Peut-être deux leçons. D’une, il est important d’accepter de se tromper pour pouvoir réagir, et ne pas refaire la même erreur. De deux, même en te sentant sacrément « capé », les recettes des réussites d’hier ne fonctionneront pas pour les problématiques de demain. Cela s’applique vraiment à tout : produits, courses et bien sûr management sportif et médiatique. Questionnement, analyse, et très grosse part d’adaptation en temps réel, en gros. Et en plus résumé encore : on reçoit la problématique nouvelle, et …ça se passera bien !

Quel est ton statut actuel ? ce modèle d’entreprise est-il nécessaire pour ton genre de mission ?

JMFV : Depuis 2007, je suis indépendant, après avoir travaillé 11 années en interne chez Salomon. Oui, ce modèle est important, car il me permet d’être très flexible sur les horaires sans limitations, et permet aussi de pouvoir échanger avec tous les acteurs indépendants du paysage Trail running ; comme les athlètes, les organisateurs ou médias – qui fonctionnent sans réelles relations hiérarchiques.

même en te sentant sacrément « capé », les recettes des réussites d’hier ne fonctionneront pas pour les problématiques de demain.

Quelle vision as-tu de ton métier – si tu devais « vendre » ton rôle : crucial ou optionnel ?

JMFV : Les athlètes sont un des éléments clés à la réussite d’une entreprise : bien sûr, dans la mise au point des produits, mais aussi parce qu’ils génèrent et assurent une visibilité médiatique et communautaire. Ils sont les garants de la notoriété, partie émergée de la marque et de sa crédibilité dans et hors le milieu, par leurs résultats sportifs. Mais aussi leurs prises de paroles ! Mon métier, c’est donc de faire que tout cela s’organise au mieux, à la fois en répondant aux demandes médiatiques, mais aussi en étant force de proposition pour de nouveaux sujets auprès des diffuseurs. Condition bonus obligée : tout cela en restant en phase avec l’ADN de la marque et la personnalité de l’athlète.

17 ans de Team Salomon, et des victoires. ©jmkconsult

Au dela de l’économique ou du médiatique, disposer de team managers, et de teams structurées, est-ce important pour la vie même de la discipline trail ?

JMFV : Je pense que c ‘est très important. Surtout pour le développement de la pratique : avoir des leaders, des locomotives d’images, c’est primordial pour le sport et donc pour l’ensemble de l’économie qui va autour, comme l’offre d’événement, de médias, de communautaire. Les Kilian, François, Xavier, Jim, etc, rapportent directement à leurs partenaires, mais aussi indirectement à l’ensemble des marques et donc des évènements et autres.

les athlètes sont les garants de la notoriété, partie émergée de la marque (…) par leurs résultats sportifs. Mais aussi leurs prises de paroles !

Arrivé à ton stade d’expérience, étant passé par 17 années d’étapes, qu’est-ce qui maintient ta motivation ?

JMFV : C’est un job à 100%, tu ne peux le faire et donc sacrifier d’autres choses que si la passion reste le moteur. Le plus motivant est de voir la progression de carrière sportive et humaine de l’athlète. Ça, j’avoue que c’est le truc humain fondamental, et qui donnera toujours du jus : vivre cette évolution depuis son recrutement jusqu’à sa ‘retraite’. Les hauts et les bas de chaque saison font aussi que la motivation est permanente, car jamais rien n’est acquis. Je me répèterai, ou bien !

365 jours par an ?

JMFV : Oui, 365 jours par an, calendrier complet, full ! C’est obligatoire, pour maintenir le lien avec tous. Les soucis, les blessures ou interrogations et autres complications, prennent rarement des congés. Cela fait partie du métier et c’est important dans le fonctionnement et pour le bien-être de tous.

Le plus motivant est de voir la progression de carrière sportive et humaine de l’athlète.

Quelles rencontres, réalisations, ou souvenirs marquants, retiens-tu

JMFV : Pas simple (comme beaucoup doivent te répondre !). Mais spontanément ? je dirai la rencontre avec Kilian, très jeune et son approche sans concession des sports outdoor. Celle avec Thomas Lorblanchet et sa science unique du sport. La semaine de course sur Chamonix en 2017, avec la victoire de François (NDLR : D’haene, sur UTMB), Michel (NDLR : Lanne, sur TDS) et le podium de Thibaut (NDLR : Baronian, sur OCC). Le défi collectif du record de François sur le GR20 en 2016 avec l’ensemble des gars…Mais la liste est vraiment très, très longue.

Il y a des débriefs heureux. D’haene, Faure Vincent. ©Jordi Saragossa

Quel fut le pire, et pourquoi ?

JMFV : Le pire moment restera toujours celui où tu dois annoncer à un coureur, après avoir partagé de longues années, que l’aventure va s’arrêter en fin d’année. C’est évidemment une déchirure, un sale moment à passer pour tous, mais qui fait partie entièrement du job.

La sélection dure assez longtemps, généralement nous suivons un coureur sans qu’il ne le sache sur 12 à 18 mois.

Est-ce un métier à encadrer ? trop d’ambitieux déçus, pas facile, ou abordable pour des jeunes ?

JMFV : Il y a eu déjà quelques dérives dans ce travail et oui, je pense qu’il faudrait surement un peu mieux l’encadrer, ne serait-ce pour que certains teams managers soient associés directement aux dérives de leurs athlètes. Si l’athlète dévie, c’est aussi souvent parce qu’il n’a pas été soutenu ou cadré. Métier pour les jeunes (longue réflexion)…pourquoi pas. L’important reste une forme d’altruisme, de disponibilité et de droiture. C’est la ligne, je crois. Et toutes ces valeurs, n’ont pas forcement de lien avec la jeunesse ou l’ancienneté.

Repéreur d’athlètes : est-ce ton rôle ? difficile de voir un sportif bousiller son potentiel ?

JMFV : Repérer les athlètes est la chose la plus importante pour le bon fonctionnement et la continuité du team, car il y a très peu de nouveaux coureurs chaque année (1 ou 2 maximum). Il ne faut se louper, car nous nous engageons avec l’athlète sur plusieurs saisons et il est primordial que tout se passe bien pour lui. La sélection dure assez longtemps, généralement nous suivons un coureur sans qu’il ne le sache sur 12 à 18 mois, afin de mesurer sa progression, ses erreurs, ses valeurs. C’est ce que nous avons toujours fait depuis 2004, et dernièrement avec Theo Détienne. Notre schéma de fonctionnement fait qu’un jeune athlète ne peut se ‘cramer’, puisque ses premiers réels objectifs n’arrivent qu’à la troisième saison. Explications de la série ! : saison 01, l’athlète peut tout essayer. Saison 02, nous affinons avec lui en reprenant les points forts et faibles de sa première saison. Saison 03 : il faut qu’il performe. Du coup, il ne s’use pas ou n’explose pas en vol, surtout que nous limitons aussi depuis 2006 le nombre de départ de courses dans l’année d’un sportif.

que certains teams managers soient associés directement aux dérives de leurs athlètes : Si l’athlète dévie, c’est aussi souvent parce qu’il n’a pas été soutenu ou cadré.

L’avenir entre 3 et 5 ans, pour toi, c’est quoi ? le très motivant ?

JMFV : Les moteurs seront toujours les mêmes : créer, découvrir et se réinventer, que ce soit avec des athlètes ou des évènements, comme par exemple avec le Grand Trail de Serre-Ponçon. Le bonheur sera toujours au rendez-vous, si je reste en phase avec cela.

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