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(Re)Baliseur, Veilleur des sentes, Barriérieur de nos Dimanches. Et même Vigie Napoléonienne. Siège social : 365km de sentiers. Poste : Chargé de Mission Sentiers de Randonnées. Voilà. Xavier Barraud est passionné depuis 10 ans. Xavier roule, marche et frôle la surdose d’O2. Ah, la France, Pays de cocagne pour outdoor ? Surtout quand lui et ses équipes veillent. D’ailleurs, vous le connaissez, vous, le Xavier de votre liberté sécurisée ? 

Véhicules de fonctions : VTT, chaussures. Sir Barraud est un cadreur de virages. Un orienteur de promenades qui check les canopées ; les vis, directions, et proprios. Il valide l’arbre de gauche, et surtout pas celui de droite. Refixe, reconformise, recâble. Contrôle le tout et le détail, du 1/50 000 au 1/1. Vous pouvez rater la courbe, mais restez sur le chemin. Ainsi va l’outdoor frenchie : liberté je crie ton nom – mais je cours sur un réseau. Aventure, je te vis Off – mais je respecte le cadastre.

Heureusement qu’il est bosse en coulisse. Comme ça, nous les vrais dirts, on peut courir les yeux fermés. Marchez-roulez jeunesse, mais poussez-vous car place aux vrais aventuriers. Je peux traverser le champ, là ?

Homme de l’ombre mais passant 90% de son temps au grand air : qui es-tu et pour qui marches/roules-tu ?

Xavier Barraud L’intitulé, attention ! Pour la Communauté d’Agglomération du Grand Annecy, je suis chargé de mission sentiers de randonnées, à la Direction de l’Aménagement et de l’Urbanisme. Voilà : Je m’occupe de ces 365 km environ, de sentiers inscrits au PDIPR* de la Haute-Savoie. En d’autres termes, je suis chargé de la mise en œuvre de la politique départementale en matière de sentiers de randonnée. Traduction ? de l’administratif et du terrain, pour un métier passion à 200% outdoor ! Concrètement et coté administratif : cela implique l’établissement et le suivi des marchés d’entretien, de balisage selon la charte départementale, la gestion des autorisations de passage chez les propriétaires, etc. Coté terrain, peut-être sa partie la plus visible pour le public, le travail est là aussi varié : vérifier l’état des sentiers (surtout à la sortie de l’hiver ou après de grosses tempêtes), la bonne exécution des travaux (remises en conformités, balisages, etc), …. Sans oublier bien sûr la mise aux normes ou en état des équipements de sécurité, garde-corps, câbles.

Le trailer est libre, poète et aime la nature. C’est ça ? Mais ne se base-t-il pas plutôt sur un réseau bien établi ?

XB : En grande partie, le trail s’appuie bien sur le réseau des sentiers PDIPR, comme une gamme d’activités outdoor (VTT, rando). Ces chemins sont en majorité anciens, marqués au sol, balisés, et…sur des supports touristiques type GR/GRP ! C’est un joli paradoxe, mais qui n’ôte rien à l’âme du trail – pratique en pleine explosion. Mais je dois aussi garder à l’esprit que le sentier doit être praticable par plusieurs activités : un balisage placé à hauteur de coureur, mais aussi de VTT, visible en amont, une densité de végétation adaptée, etc. On gère le flux outdoor, et l’on y intègre le trail de la meilleure façon possible. En étant souvent coureurs…

le trail s’appuie bien sur le réseau des sentiers PDIPR, comme une gamme d’activités outdoor. Ces chemins sont en majorité anciens, marqués au sol, balisés.

Les autorités ont-elles conscience de l’importance de l’entretien des chemins, pour la pratique massive du trail ?

XB : Disons qu’en France, 2 entités veillent à la pérennité de ces chemins, sous des regards différents et complémentaires. D’une part, il y a la FFRP**, qui édite les labels (GR, GRP, PR…), surveille leur usage, conçoit et diffuse les topoguides, entre autres. C’est un regard centré sur l’usager, important, pour une Fédération qui par définition, reste associative. D’autre part, il y a les collectivités, dont la Com’ d’Agglo qui m’emploie par exemple : à elles de mettre en œuvre les moyens techniques et financiers pour l’entretien du réseau de sentiers du PDIPR. Chacune de ces entités, je crois, a désormais bien saisi l’importance de la pratique trail – en termes d’impact, de volume de pratiquants et donc d’usagers des sentiers. Et par extension, d’utilité de disposer de chemins en bon état (sols, mais aussi indications !). Après, clairement, je n’entretiens pas les sentiers pour le trail spécifiquement, mais pour une pratique outdoor large (randonnée, VTT). Néanmoins, j’avoue être trailer : ma sensibilité fait alors que j’y veille très particulièrement. Poser le pied et l’œil au bon endroit et sans risque !

chaque pratiquant d’outdoor est un Attila en puissance !

Amour de la nature, ou séquelles écologiques : ce trail, contribue-t-il à la préserver le milieu ?

XB : D’une, il n’a pas fait prendre conscience de sa fragilité. Dans notre région, la conscience environnementale était déjà ancienne : on a des sentiers avec des points de vue divins, (Dents de Lanfon, Tournette, Bauges…) qui sont même parfois « trop » connus (…) mais qui sont veillés quasiment comme des sanctuaires. Par les autorités, autant que les coureurs. C’est une question à double tranchant : les petites courses ont peu d’impact, mais les grosses manifestations peuvent être désastreuses, surtout quand la météo s’en mêle. On est souvent obligés de remettre en état les sentiers, comme barriérer les virages pour stopper les coupes de sentiers…de la part des trailers, amateurs, ou qui viennent de dénicher une trace lors de la course dominicale. Honnêtement, il faut parfois le voir pour le croire : un « single » peut se faire en quelques passages de coureurs ou marcheurs, couper 3 sentes et une flore délicate par exemple, ou un terrain fragile. Évidemment que c’est tentant, tu prêches un convaincu ! On a toujours envie de sortir de la trace pour faire la nôtre (si l’on peut le dire ainsi…car on reste un suiveur suivi). Mais chaque pratiquant d’outdoor est un Attila en puissance !

365km de sentiers à veiller : un royaume partagé ! ©Xavier Barraud

que l’on soit randonneur, vététiste, trailer, canyoneur, on est toujours chez quelqu’un !

Trop accroitre la circulabilité des chemins, n’est-ce pas risquer leur sur fréquentation ?

XB : L’entretien consiste à assurer la sécurité des VTT, randonneurs, coureurs…Donc ça impose du fauchage, élagage, débitage, de la taille, etc. L’entretien du balisage est essentiel, car on veille à ce que les cheminements soient continus et constants pour ne pas perdre les promeneurs. Mais surtout, surtout, les orienter comme il se doit ! et oui : très souvent, on a des conventions de passage avec les propriétaires privés (passer à gauche et non à droite de l’arbre). On peut aussi se retrouver sur des situations délicates, rien qu’en quelques mètres d’erreur (déboucher sur une barre rocheuse !).

Mais alors, au fond, la liberté outdoor : un mythe que l’on ferait exprès d’oublier ?

XB : Liberté de se dépenser, ou de marcher où bon nous semble ? Napoléon, toujours lui : que l’on soit randonneur, vététiste, trailer, canyoneur, on est toujours chez quelqu’un ! Le domaine de propriété privée n’est pas assez médiatisé, ou dans nos mentalités de français congénitalement libres (et c’est tant mieux : sur ce point aussi, je suis convaincu), on n’a pas assez conscience du cadastre ! Les usagers de la nature l’oublient ou le méconnaissent. Or, leur premier devoir est de respecter ces propriétés, même au sommet d’une montagne. Ça conditionne nos loisirs. 60% des chemins que je gère sont privés. Grosse part, n’est-ce pas ? Même la montagne, la « pure » dans l’imaginaire de beaucoup de gens. La terre délimitée, tracée, n’est pas un patrimoine public. Avec ça en tête, il reste tout de même un monde de nature à explorer, sur le pas de notre porte !

*PDIPR : Plan Départemental des Itinéraires de Promenade et de Randonnée. C’est le recensement des chemins ouverts à la pratique des itinérances pédestres, VTT voire équestres, dont chaque département possède la responsabilité.

**FFRP : Fédération Française de la Randonnée Pédestre.

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