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Les prisonniers de l’inutile de Toni Bernos Bibliothèque Alpine

Chamonix, années 80. Les Grands Montets sont le fief des bandes en monoski et tenue fluo. Le Choucas, bar emblématique, est bondé tous les soirs. Les têtes d’affiche passent au 20 heures, après avoir dévalé une pente extrême, cheveux au vent. Toni Bernos nous plonge dans une autre époque dans ce livre témoignage.

Autant le dire tout de suite : le titre, les prisonniers de l’inutile, est à ce point magnifique qu’on se demande pourquoi personne n’a eu l’idée auparavant de détourner les fameux « conquérants de l’inutile » de Lionel Terray, fameux alpiniste des années 50 et 60. Toni Bernos, lui, est un survivant de la décennie 80, et de l’émergence des disciplines « fun » de l’époque, monoski, snowboard (on disait surf), parapente, parachutisme… et bien sûr, pente raide, à ski, mono ou surf. Son livre, à bien des égards, en est le testament étoilé.

 

Les prisonniers de l’inutile, Chamonix années 80, Toni Bernos, éditions Glénat, 2017. 260p, 19,99 €.

L’extrême faisait recette, l’hélico payé par la télé, les skieurs et alpinistes faisaient le 20 heures de TF1 et Antenne 2, et à Chamonix, le Choucas, célébrissime bar-boîte au plafond noirci par la fumée des cigarettes ne désemplissait pas. Toni Bernos raconte les bonnes bourres entre potes qu’il a connu, notamment l’équipe du magazine Vertical, dédié à l’alpinisme et qui existe toujours. De Bruno Cormier à Dominique Radigue, Bernos dresse en creux le portrait des absents. Car cette génération s’est littéralement brûlé les ailes. Le surfeur Bruno Gouvy sponsorisé Marlboro chute en surf à l’Aiguille Verte, Radigue disparaît à l’Aconcagua, Cormier se crashe en parapente… 

Longue, a liste des disparus est assourdissante – même si celle figurant en fin d’ouvrage nous semble incohérente voire déplacée, incorporant les décès récents des soixantenaires et plus. Toni Bernos confesse avoir survécu à des « accidents surréalistes« .

Les eighties ont littéralement avalé ces bandes de riders affamés de poudre et d’hélico, bandes qui s’affublaient de noms (Lézards Impériaux ou Flying Golden Faisans..) et se retrouvaient pour rayer les Grands Montets, Bernos en tête avec son mono. Parti – triste, déçu ou fâché – de Chamonix, Toni Bernos oublie de nous dire vraiment pourquoi. Et peut-être est-ce ce qui manque à ce livre, décousu mais attachant.

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