En cinquante ans, le Pérou a perdu plus de la moitié de sa surface glaciaire. La fonte des glaciers causée par le réchauffement climatique est particulièrement forte dans les Andes. L’une des conséquences de ce phénomène est peu connue : l’acidification des torrents, qui rend l’eau impropre à l’irrigation et à la consommation des habitants comme des troupeaux. C’est ce que raconte le film Rêver d’eau pure, qui sera présenté lors des 12èmes Rencontres Montagnes & Sciences, le samedi 8 novembre à 14h au Palais des sports de Grenoble. Décryptage avec un chercheur de l’Institut des Géosciences de l’environnement de Grenoble.
Trois femmes en tenue traditionnelle, munies de leurs bottes de pluie, se penchent sur un ruisseau qui descend tout droit du glacier de Pastoruri, joyau du parc national de Huascaran. Au sein de la cordillère blanche, c’est le glacier qui fond le plus vite, ce qui inquiète la communauté scientifique : glissements de terrain, inondations, débordements de lacs et de lagunes menacent des milliers d’habitants dans les vallées en contrebas.
Mais ce qui occupe ce jour-là les villageoises, filmées par le réalisateur Ciril Jazbek, c’est plutôt la qualité de l’eau. Préalablement formées par des scientifiques, elles prélèvent quelques centilitres avec un petit appareil pour mesurer son acidité. Et froncent les sourcils : une fois encore, le résultat est très mauvais.
Avec un pH de 2,7, on est bien en-dessous de la valeur de 7, qui correspond à une eau « neutre ». La rivière Pachacoto, qui alimente leur village et leurs cultures est devenue acide, et donc dangereuse pour la santé, notamment pour le système digestif.
ce qui occupe ce jour-là les villageoises, c’est la qualité de l’eau
« Quand une zone rocheuse est recouverte par un glacier, il n’y a pas d’oxygène, donc les métaux présents dans la roche restent stables, explique Jean Martins, microbiologiste et géochimiste au CNRS.
Mais quand de l’eau liquide à l’air libre – qui elle, contient de l’oxygène – parcourt la même zone, elle va dissoudre et oxyder des sulfures métalliques présents dans les roches, entraînant la production d’acide sulfurique, responsable d’une forte acidification de l’eau et de la dissolution de métaux : fer, zinc, y compris des métaux lourds toxiques, comme le plomb ou l’arsenic par exemple. »
Malgré la gravité de la situation, le documentaire Rêver d’eau pure montre comment les communautés locales se retroussent les manches pour faire face au problème. Elles déplacent l’activité pastorale pour sauvegarder les zones humides, car celles-ci favorisent la filtration des minéraux.
Elles ont aussi créé des bassins de décantation, plantés de joncs, qui jouent le rôle de filtres en agrégeant les minéraux. Mais il n’y a pas de solution miracle : ces méthodes ne fonctionnent qu’à petite échelle. Inquiets pour leur avenir, les habitants s’en remettent autant à la science qu’à leurs prières.
les habitants s’en remettent autant à la science
qu’à leurs prières
Ce film sera suivi d’un échange avec Céline Duwig et Jean Martins, deux chercheurs de l’Institut des Géosciences de l’environnement de Grenoble, qui étudient depuis longtemps les sources de contaminations de l’eau dans la région de l’altiplano bolivien.
- Programme complet des Rencontres Montagnes et Sciences, samedi 8 novembre à 14h au Palais des Sports de Grenoble
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