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Ce n’est pas un poisson d’avril : hier premier jour du mois, Paul Bonhomme et Vivian Bruchez ont profité des conditions anticycloniques pour ouvrir une ligne majeure sur un 4000 alpin. La face Est du Combin de la Tsessette, 4141 mètres, se niche dans le val de Bagnes, en Suisse, et leur a offert une descente de 1200 mètres de dénivelé, baptisée les Piliers de Bagnes. Au-delà de la performance sur une face jusqu’alors vierge de traces de ski, les deux skieurs-alpinistes accomplissaient là un retour vers ce val de Bagnes avec lequel tous les deux ont des liens. En bonus la vidéo.

Festonné de séracs, le roi du val de Bagnes est le Grand Combin, 4313 mètres. Satellite bien distinct, le Combin de la Tsessette, 4141 mètres, est peu connu. Pourtant, tous les amateurs de raid Chamonix-Zermatt ont dû jeter un oeil vers cette très grande face orientée à l’est, plutôt rocheuse, haute de mille deux cent mètres, soit la hauteur de la face nord des Grandes Jorasses.

Ce 1er avril, Paul Bonhomme et Vivian Bruchez ont tracé un nouvel itinéraire à skis dans cette face complexe, qu’ils ont nommé les piliers de Bagnes. « La difficulté de la ligne et son engagement ne sont pas loin de ressembler à celle du Nant Blanc à l’Aiguille Verte (un petit peu moins dur sur la longueur). Le sommet étant en glace, nous avons dû désescalader une cinquantaine de mètres puis posé un rappel de 30 mètres sur le haut. Une autre courte désescalade d’une dizaine de mètres nous a permis d’effectuer le passage entre la grande vire du haut et les rampes médianes. tout le reste a été skié » explique Paul Bonhomme.

Au centre, la face très rocheuse du Combin de la Tsessette, 4141m. ©Christophe Angot / Linka Production

Conditions délicates

La chaleur des derniers jours ne fait pas forcément l’affaire des skieurs de pente raide, surtout quand il s’agit de viser une pente plein Est. Mais les deux compères envisagent plusieurs solutions, d’autant que Paul a cette face dans le viseur depuis plusieurs années.

« La première fois que j’ai aperçu cette face doit remonter à un peu moins de 40 ans lorsque mes parents m’ont amené faire le tour du Mont Blanc de Cheilon en passant par la cabane des Vignettes et la cabane des Dix, ma première réelle expérience de la haute montagne« , raconte Paul Bonhomme. « En y retournant régulièrement depuis plus d’une dizaine d’années en tant que guide, j’ai petit à petit pensé à essayer de descendre cette face Est avec les skis et j’avais repéré ce passage « suspendu » à travers un système de rampes.« 

Les deux skieurs ont en fait démarré la face dans une autre ligne : bousculés par une petite coulée, ils font demi-tour et se lancent dans la ligne peu évidente des Piliers de Bagnes, « idée initiale bien moins exposée aux chutes de séracs et coulées éventuelles.« 

Dans le haut de la face. ©Christophe Angot / Linka Production

Dans le couloir qui relie le haut et le pied de la face. ©Christophe Angot / Linka Production

Paul Bonhomme raconte : « en montant à la cabane de Chanrion la veille, passant dans les galeries creusées pour le barrage de Mauvoisin dans les années 50, nous avons pensé aux ouvriers morts en le construisant. Entre 1951 et 1958, il y en eut 42. Ces ouvriers, provenant d’Italie ou anciens prisonniers, ont longuement été méprisés. Ils constituent cependant « Les Piliers » du val de Bagne. J’ai également pensé à Jean Chevrier, le constructeur de notre chalet de La Sage, dans le Val d’Hérens où j’allais passer mes vacances petit et qui avait travaillé sur le barrage de la Grande Dixence.« 
Vivian Bruchez a quant à lui a une histoire particulière avec cette vallée de Bagnes puisque sa famille en est originaire. Pour Paul, cette descente des piliers de Bagnes est donc « un hommage à tous ces ouvriers de l’ombre, au Val de Bagnes et à ce splendide sommet du Combin de la Tsessette, l’un des 4000 des Alpes injustement méconnu« . 

La ligne Bonhomme-Bruchez du 01/04/21. ©Angot / Linka Production

La vidéo :

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