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Non au permis de mordre

Prenez un animal disparu, le loup qui est de retour en France depuis 1992, date de la confirmation de sa présence dans notre pays. Prenez des éleveurs de moutons, dont les brebis sont le mets de choix des loups. Ajoutez les chiens de protection, alias patous. Ajoutez les randonneurs, VTTistes ou traileurs, dont parfois les mollets font les frais des patous. Soupoudrez d’une bonne dose de surdité des pouvoirs publics. Vous obtenez la situation actuelle, explosive, où le président de la fédération ovine de la Drôme Frédéric Gontard réclame un « permis de randonner » ! Au micro de France Bleu, il a précisé : « on a une partie de notre société, surtout post-covid , qui veut profiter de la nature. Mais il y a un manque de connaissance de nos concitoyens qui utilisent la nature à outrance. C’est pourquoi nous, la profession, nous allons demander au niveau national, un permis de randonner ».

Question outrance, M. Gontard y va franco. Il ne dit pas comment mettre en place ce type de permis, au parfum aussi irréaliste qu’anti-constitutionnel, ni d’ailleurs comment un patou énervé distinguera un randonneur muni d’un permis d’un autre, ledit patou étant parfois incapable de distinguer la menace d’un prédateur du mollet d’un randonneur, en témoigne l’accident grave survenu début septembre. Les incidents, et parfois accidents vont se multiplier : M. Gontard prévient qu’il y a déjà 600 chiens de protection dans la Drôme, et que ce chiffre passera à mille s’il le faut.

Troupeau dans un parc, Vanoise. ©JC

Selon M. Gontard, le loup est l’emblème du retour à la nature voulu par la population : « nous payons les pots cassés de ce manque de nature dans la société ». En septembre, le même rappelait avec justesse que « c’est l’État qui nous incite à avoir des chiens de protection ». En l’occurence, pour être remboursé en cas de perte d’ovin dû au loup, l’éleveur doit mettre en place deux des trois mesures suivantes : 1) avoir un berger 2) regrouper le troupeau la nuit dans un parc électrifié 3) avoir des chiens de protection. Or, « un berger ne travaille, en théorie, que 8 heures par jour, contrairement au patou, qui lui travaille 24h/24 » pointe M. Gontard, qui précise que les parcs électrifiés la nuit sont la source de problèmes de santé pour les animaux. Lors d’une réunion à Grenoble, un éleveur de Lans-en-Vercors rappelait que d’une part il ne pouvait user de son permis de tirer (le loup) en travaillant le jour et en veillant la nuit, et que d’autre part, les bêtes perdues dans un ravin, effrayées ou effacés par le loup et jamais retrouvées n’étaient pas remboursées.

Que l’on ne puisse plus se balader dans de nombreux coins des Alpes ou des Préalpes est inadmissible.

Si on prend quelques mètres d’altitude, on se souviendra que le budget européen de la PAC se monte à 386,6 milliards d’euros pour la période 2021-2027. Que la filière ovine est largement subventionnée. Que les citoyens aient plus que jamais envie, ou besoin, de retrouver la nature, est un mouvement à la fois normal et irrésistible, ce qui engendre déjà des actions concernant la surfréquentation, et l’éducation des pratiquants néophytes ou pas qui, dans ce pays libre, ont le droit comme tout à chacun de se promener.

Que l’on ne puisse plus se balader, du côté du col de Grimone, dans les Monges ou dans certains coins des Hautes-Alpes sans être agressé par un patou, est intolérable. Que ces chiens soient peu ou mal dressés est incompréhensible. Que les autorités s’en fichent est un scandale. 

On ne gardera pas le loup s’il faut vivre avec mille chiens « de défense » dans chaque département.

Le permis de randonner ? C’est hélas une outrance de plus dans l’air du temps : le permis de randonner (ou de grimper) sera peut-être une réalité dans certaines Calanques de Marseille en 2022, et rien ne ferait sans doute plus plaisir aux chasseurs qu’un permis pour ceux qui n’ont pas de fusil, mais qui doivent « faire attention à la chasse en cours ». La segmentation de plus en plus profonde entre des groupes, la crispation des communautés, dans le partage de l’espace public ou vis-à-vis du respect de l’environnement, montre que la société dans laquelle nous nous installons joyeusement, avec des gifles assénées sur les réseaux, ne va pas dans le bon sens, celui de la réflexion, de l’anticipation et du respect mutuel.

On ne sauvera pas le loup en laissant les bergers dans la merde. Mais on ne peut pas laisser les bergers s’approprier, pour une agriculture subventionnée, l’espace commun.

On ne gardera pas le loup, s’il faut vivre avec mille chiens « de défense » dans chaque département. On ne gardera pas ces élevages d’ovins pour le prix de notre liberté non plus. 

* question titre, vous avez échappé à « Patou(s) dans le même sac ! »,

« On n’aime PATOUs le loup », « Randonneur ? Votre permis ! » ou « Passe patou »…

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