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L’Oisans sauvage réserve encore bien des surprises.  Samedi 6 mars, Paul Bonhomme et Xavier Cailhol remontaient l’envers de la crête des Rochers de Rochail, la face nord-est du point 2853m dans lequels ils traçaient à la descente un itinéraire majeur de 2000 mètres de dénivelé, à skis. Ce n’est qu’une fois de retour qu’ils ont appris que la partie haute de la face avait été skiée auparavant. La « cathédrale », c’est son nom, reste une belle ouverture puisque les deux tiers sont nouveaux. Récit de cette aventure, sa cinquième ouverture cette saison, par Paul Bonhomme. Et vidéo !

Acte 1. Il y a près de 2 semaines, suite à mon ouverture au Pélago dans le Mercantour, je reçois un message de Christophe Champan accompagné d’une photo du haut de ce versant nord-est des Rochers de Rochail. Il me dit avoir été subjugué par la beauté du truc, me demande si cela a déjà été skié et me partage donc l’idée. Il n’arrive pas à dater la photo, 2-3 ans peut-être ? Christophe est un ancien copain de Jean-Noël (Urban) et de mon frère (Nicolas Bonhomme). Sa photo est magnifique, je regarde tout de suite où cela se trouve, je vois rapidement que l’accès est complexe, la face d’une envergure hallucinante : 2000 m de haut et raide dès le départ.   

Dans la partie haute de la face ©Paul Bonhomme

Acte 2

Une semaine plus tard, je dois travailler sur La Grave. J’en profite pour aller faire des repérages. La face est assez sèche en bas mais le haut semble bon : les conditions de ski ne sont peut-être pas au mieux mais au niveau de la sécurité elles ne peuvent pas être meilleures vu que tout est déjà tombé dans la goulotte. Je contacte Xavier le jeudi, le samedi nous sommes dedans. Après 400 mètres d’accès « chamois » à ancrer dans les touffes d’herbes, on est dans « La Cathédrale ». La goulotte de 1000 m est en neige dure, 3 ressauts ne seront pas skiables (80° en glace plaquée, neige dure qu’on gravira et/ou évitera par du mixte plaquage/touffes d’herbes et rappels/désescalade à la descente). Le haut (600 m) est en vieille neige irrégulière (Tantôt poudreuse ou lourde, tantôt plaque de neige dures, tantôt croute souple). Mise à part les 300 premiers mètres, la descente nous demandera énormément de concentration à la recherche de chaque virage. La qualité de la neige nous obligera, même vers le haut, à skier des contre-pente raides et la plupart du temps en neige dure. Le crux reste l’entrée de la goulotte (les 200 premiers mètres à la descente) avec de nombreux virages entre 50-55° et plus. Nous avons mis 4h30 pour l’ascension et 3h30 pour la descente.

Partie haute. ©Paul Bonhomme

 © Paul Bonhomme

Acte 3

N’ayant pas cherché d’informations avant, j’en ai reçu après. Les 600 mètres du haut de la ligne ont donc déjà été skié en 2015 par Cédric Colomban et des copains pisteurs au 2 Alpes (après 4 tentatives !) Leur itinéraire nommé « La ligne des pisteurs » est également d’une grosse envergure et est un bel hommage à la profession.

Du coup : est-ce une ouverture ?

Oui et non. Les 1000 mètres de goulotte du bas n’avaient jamais vu une paire de skis donc oui, les 600 mètres du haut si, donc non. L’idée globale que j’en ai est d’aborder cela avec un grand respect pour Cédric, ses amis et leur histoire avec ce sommet. « La Cathédrale » est donc une ouverture mais elle ne peut pas être mise au seul compte de Xavier et de ma pomme, elle doit inclure l’histoire des pisteurs des 2 Alpes et de leur ligne visionnaire !

« La Cathédrale » est donc une ouverture mais elle ne peut pas être mise au seul compte de Xavier et de ma pomme, elle doit inclure l’histoire des pisteurs des 2 Alpes et de leur ligne visionnaire !

Et à propos de la cotation ?

« La ligne des pisteurs » est donnée à 5.2. Il est donc légitime de se poser la question du 5.5 que je propose pour « La Cathédrale ». Mon avis est simple : ce que nous avons vécu samedi avec Xavier (neige dure, exposition de tous les virages ou presque, complexité de lecture de la neige, manips, fatigue liée à la technicité de la montée …) vaut le 5.5. Mais si quelqu’un arrive un jour à trouver d’autres conditions plus favorables, cette cotation sera erronée évidemment et devrait plus se rapprocher du 5.4 ! La cotation est subjective et dépend des conditions, avec du recul et après quelques discussions avec d’autres skieurs je propose donc un 5.4-5.5/E4.

A l’aplomb du goulet dans la deuxième moitié. ©Paul Bonhomme

Ce n’est pas anodin autant d’heures de concentration sans faille, de la grimpe en solo skis sur le dos aux virages à exécuter sans la moindre erreur. Avec ses tours, ses nefs, ses aiguilles, « La Cathédrale » reste une entreprise très sérieuse qui nécessite des conditions de stabilité et de remplissage optimales : trop de neige et cela devient une roulette russe doublé d’un vrai challenge à cause de la trace à faire sur 1600m, pas assez et les passages du haut ne sont plus possibles.

Merci à Xavier Cailhol et bien entendu à Cédric Colomban et aux pisteurs des 2 Alpes !

    

Topo La Cathédrale. ©Paul Bonhomme

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