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C’est un grimpeur atypique qui a rendu son tablier d’entraîneur pour redevenir compétiteur. À 35 ans, Nicolas Januel grimpe aujourd’hui pour lui. Sur le circuit de coupe de monde de bloc mais aussi dehors. C’est au grand air qu’il se concentre sur un projet fou : le Bombé bleu de Buoux. Ligne mythique, tentée par les plus forts, mais restée vierge de tout enchaînement depuis plus de 25 ans. De quoi confronter Januel à ce que l’escalade a de plus radical en termes d’engagement physique et mental.

Ma pratique de l’escalade est fondamentalement liée au défi, à l’engagement physique et mental. C’est l’essence même du sport et c’est encore plus vrai dans l’escalade car tu es seul face à un mur. Une carrière de grimpeur est faite de hauts et de bas, dans laquelle tu fais tout pour rester sur le haut de la vague, tout en sachant que tu devras forcément en redescendre à un moment ou un autre. Mais mon expérience d’entraîneur me montre aussi que c’est ta capacité à absorber les difficultés et les échecs qui te pousse à trouver les ressources pour les surmonter. C’est un cercle vertueux. C’est dans ces moments difficiles que tu progresses, pas quand tout va bien et que tu enchaînes les croix.

La vidéo de Nicolas Januel, signée par Guillaume Pellion.

Le bombé bleu est une version exacerbée de cette dynamique. Quand tu travailles une section avec succès, tu es dans le haut. Puis rapidement tu échoues dans l’enchainement ou le mouvement suivant et c’est à nouveau le bas assuré. C’est pour ça que je focalise aujourd’hui sur cette voie. Elle fait à peine 20m, n’a jamais été enchaînée depuis 1991, année où elle a été ouverte par Marc Le Ménestrel, et les plus forts grimpeurs s’y sont cassé les dents : Marc lui-même, Ben Moon, Stephan Glowacz, Chris Sharma, Fred Rouhling et plus récemment Iker Pou. Certains estiment qu’elle pourrait coter 9b. Mais pour moi, la cotation n’est pas l’essentiel. Je n’ai jamais grimpé de 9a, je suis un grimpeur de bloc, et le choix de cette ligne est intimement lié à son histoire et son profil.

Pour se lancer dans un tel projet, il faut que la motivation vienne de loin. C’est indispensable pour aller de l’avant quand tu sais que tu vas te prendre des buts régulièrement et peut-être même ne jamais réussir. Personnellement, j’adore Buoux. J’y viens depuis tout gamin avec mes parents. Quand j’ai découvert l’escalade, à 25 ans, Ben Moon tapait des runs dans le Bombé bleu et ouvrait juste à côté Azincourt, le premier 8c en France. Vu de ma Haute-Savoie natale, ça m’a fait tilt, même si à l’époque j’étais dans le 7a. L’histoire du Bombé bleu a continué à s’écrire avec tous les prétendants que l’on sait, avec l’équipement aéré qui ne facilite pas le travail et implique des vols coûteux pour la peau des doigts… C’est un mythe qui s’est construit au fils des années et a nourri mon imagination. C’est ce rêve de gosse qui me motive jusqu’à aujourd’hui et me donne la force de me lancer et de persévérer.

C’est ce rêve de gosse qui me motive jusqu’à aujourd’hui

©Guillaume Pellion

Cette ligne comporte des difficultés extrêmes, typiques du bloc de haut niveau, mais sur 19m de hauteur. J’aime les voies à trous et c’est ce qu’on y trouve essentiellement. Le premier crux est un enchaînement de deux mouvements en 8b bloc, sur monodoigt et en devers. Je ne l’ai pas encore enchaîné, d’autant qu’il est hyper traumatisant pour les doigts. Même si c’est d’un très haut niveau, je persiste à croire que c’est à ma portée. Les mouvements sont assez simples à reproduire en salle ou chez soi sur un pan. L’une des difficultés réside dans la période d’essai. Pour avoir une chance d’y arriver, il faut qu’il fasse très froid et sec, ce qui ne laisse pas beaucoup de jours dans l’année car le site est humide. Pour le reste, c’est une question de bonne conjoncture, dans laquelle tu atteins un niveau d’escalade suffisant tout en ayant le temps d’essayer. Pour l’instant, j’y ai mis trois sessions, en novembre 2017, février puis mars 2018. Sûr que ça va me prendre du temps l’hiver prochain. Pour avancer, il ne me reste plus qu’à y mettre des runs et encore des runs.

©Guillaume Pellion

©Guillaume Pellion