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Mont-Blanc lines : l’alpinisme vu du ciel

Alexandre Buisse

Le mont Blanc de Mont-Blanc lines, version poster. ©Alexandre Buisse

Comment avez-vous occupé votre confinement 2020 ? Alex Buisse, lui, a fait du tri dans ses photos, rangement qui a abouti à l’un des plus beaux livres de montagne de cet automne. Mont-Blanc Lines, voilà le titre sans équivoque d’un livre magnifique et utile, à mi-chemin entre beau livre et topo-guide, excusez du peu. Tout simplement incontournable dans votre bibliothèque de montagne, avec deux autres ouvrages qui font partie de notre sélection de Noël.

Magnifique d’abord puisque ceux qui connaissent les photos d’Alex savent combien le jeune homme est talentueux. Pour les clichés de cet ouvrage, Alex s’est efforcé de ne garder que la substantifique moelle de la photo de montagne, comprenez les images prises à à l’aube ou au couchant. Les lumières chaudes, du rose à l’orange donnent une teinte particulière à l’ensemble. Chaque double page mériterait d’être agrandie.

Ça tombe bien, Alex les propose aussi en posters : « Le livre est l’un des supports du projet Mont Blanc lines. D’autres montagnes sont disponibles sur mon site montblanclines.com. J’ai pour objectif de topographier toutes les parois que je croise. Après les Alpes, j’ai continué par les sites d’escalade des Etats-Unis lors d’un road-trip qui ma mené au Canada, où je suis installé aujourd’hui. » explique-t-il. Le projet est ambitieux, sur le long terme et l’on trouve déjà sur le site les posters du K2, d’El Capitan, des Needles ou encore de Squamish aux côtés du mont Blanc bien sûr mais aussi de la Meije ou de l’Escales au Verdon.

Mont-Blanc lines, Alex Buisse, Glénat, 2021, 176p., 35€.

l’auteur s’en veut presque
de ne pas mieux les connaître toutes les lignes

Revenons-en au livre : Alex a choisi d’y proposer beaucoup d’images aériennes, réalisées parfois en drone, souvent en ULM : « Un ami m’a proposé de voler avec lui pendant le confinement. En tant que professionnel, il était autorisé. Très vite, le projet photographique est né et nous nous sommes mis à survoler tout le massif. »

Les plus belles faces sont photographiées par l’auteur qui s’en veut presque de ne pas mieux les connaître : « C’est la photo des Droites qui m’a mis la puce à l’oreille. Je ne reconnaissais pas les lignes. Alors j’ai commencé à dessiner le topo sur ma photo. L’idée était lancée. » D’ailleurs, le livre propose un sacré bonus, hors du Mont-Blanc avec les lignes de l’Eiger et du Cervin.

 les lignes de ski ne sont pas en reste

C’est là que l’utile se joint à l’agréable, car Mont-Blanc lines est aussi un topo, et un topo très efficace. Si l’on croyait que tout avait été fait en la matière, a fortiori dans le Mont-Blanc, force est de constater que les vues aériennes offrent une perspective hyper pratique pour la lecture des lignes. Méticuleux, Alex a travallé avec un expert des topos du massif qui n’est autre que François Damilano. Connaissant la rigueur du bonhomme, chacun comprendra comment Alex a pu obtenir une liste de tracés précis et corrects (même s’il n’exclue pas les erreurs et invite quiconque en trouverait à lui en faire part).

Et comme les lignes de ski de haute montagne ne sont pas en reste, il cite également Volodia Shahshahani pour ses Toponeige. Le travail porte ses fruits, les dernières séances photo mais aussi toutes les autres accumulées pendant dix ans passés à Chamonix. Des clichés en action dans les voies concernées permettent de changer d’échelle et de revenir sur terre. C’est que Monsieur Buisse a roulé sa bosse dans le massif. 

Le massif prend un relief nouveau,
veiné par ces lignes de grimpe

Le résultat, c’est une somme de photos magnifiques zebrées de lignes qui donnent vie à la montagne. Le souffle de l’alpinisme ! Le massif prend un relief nouveau, veiné par ces lignes de grimpe.

Côté info, nul détail des informations techniques des longueurs, ce n’est pas le but. L’auteur se contente de nous donner la difficulté globale, les dates et noms des premiers ascensionnistes. Pour la littérature, il faut passer aux « Paroles d’alpinistes » qui viennent donner chair à l’ensemble. Chacun y raconte un épisode marquant dans l’une de ces faces, de Damilano justement à Philippe Batoux ou Christophe Dumarest en passant par des anonymes, amis d’Alex Buisse : « J’aime l’idée que des amateurs puissent partager leur ressenti dans ce livre. Je pense que c’est un moyen de toucher un large public, que chacun puisse s’identifier ».

Un travail d’équipe. ©Alex Buisse

Le seul regret que l’on pourra avoir, c’est de ne pas pouvoir emmener ce livre dans le sac pour la prochaine ligne de mixte cet hiver. Mais là n’est pas l’objectif. Ce livre est fait pour rêver au chaud avant de prendre le grand air. La montagne « en vrai » n’a jamais été autant « en lignes ».

 

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