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Samedi dernier 9 juillet, la mythique Compagnie des guides de Chamonix a fêté ses deux siècles d’existence en déroulant la plus grande cordée du monde dans le massif du Mont-Blanc, à travers le glacier du Géant et la Vallée Blanche.

Dans le paysage immaculé de la Vallée Blanche et du Glacier du Géant, une ligne en pointillés s’est dessinée samedi, à plus de 3500 mètres d’altitude. La très forte réverbération du soleil de juillet pourrait faire croire à un mirage, mais ce sont bien deux-cents alpinistes reliés à une même corde rouge sur près de 6 km, formant ainsi la plus grande cordée du monde (record officieux).

« Emmener simultanément autant de monde sur une zone glaciaire, avec des crevasses, ça a été un vrai casse-tête qui montre aussi l’expertise de la Compagnie des guides de Chamonix », explique fièrement Tristan Knoertzer, guide et initiateur de l’évènement pour la célébration du bicentenaire de l’institution. « Chaque personne représentait une année. On voulait mettre en avant la cordée car c’est le symbole du métier de guide. La corde, c’est ce qui le relie physiquement à son client pour assurer sa sécurité. » Ne restait plus que la météo. Elle fut idéale. Pour avoir du soleil, de la neige fraiche, pas de vent  le jour J en ce début d’été maussade, les guides doivent être des saints !

Résultat final : 200 personnes écartées de 25 m chacune, étalées sur les 6 km séparant la pointe Helbronner (sous le nuage à droite) de l’Aiguille du Midi. ©Thomas Pueyo

Les heureux élus de la cordée XXL n’ont pas caché leur joie de participer à cette entreprise hors norme.

Au niveau logistique, une semaine a été nécessaire pour la mise en place de la corde. « Beal nous l’a livrée par rouleaux de 500 mètres qu’il a fallu couper en brins de 250 mètres à cause du poids, pour que ce soit transportable à dos d’homme », détaille Yves Ancrenaz, coordinateur en chef.

Trente guides ont accompagné 170 alpinistes triés sur le volet. Une partie partait de l’Aiguille du Midi (3842 m), l’autre de la pointe Helbronner à la frontière franco-italienne (3462 m). La jonction des deux groupes a été faite par un guide italien de Courmayeur et un guide de Chamonix, qui avait hissé pour l’occasion un drapeau de la Compagnie accroché à un piolet hors d’âge.

Les heureux élus de la cordée XXL n’ont pas caché leur joie de participer à cette entreprise hors norme. « C’est historique ! Ça ne se fait qu’une fois dans une vie », s’extasie une alpiniste originaire d’Annecy. Certains participants de la cordée sont même venus de bien plus loin comme Florian, la vingtaine : « J’ai traversé l’Atlantique depuis Montréal pour être ici et faire de l’alpinisme ! Chamonix, c’est la Mecque de la discipline. Sa Compagnie des guides est une référence, même au Canada », assure-t-il. 

Au départ de l’aiguille du Midi (3 842 m), avec au fond le chainon Grandes Jorasses – Dent du Géant. ©Thomas Pueyo

©Thomas Pueyo

Jonction avec la cordée partie de la Pointe Helbronner. À droite, Jean-Franck Charlet de la Compagnie de Chamonix ©Thomas Pueyo

Une Compagnie modèle née en 1821

Ce prestige est le fruit d’une longévité exceptionnelle. Son histoire remonte au XIXe siècle, alors que les guides fleurissent à Chamonix. « Suite à une série d’accidents, le conseil municipal décide en 1821 de créer la Compagnie pour réguler le métier de guide », raconte Jean-Franck Charlet à la jonction de la cordée, sous les séracs du Mont Blanc du Tacul. Guide depuis 50 ans, il est issu d’une famille qui officie à la Compagnie depuis sa création, soit 6 générations ! « Cette association est comme une mère, enchérit-il. Elle a permis de cotiser pour une caisse de secours et de répartir le travail entre ses membres. » Un modèle inédit qui fera école partout dans le monde.

« C’est une compagnie mythique, une vraie fierté française », estime Antoine Deneriaz, champion olympique de descente en 2006 et invité sur cette Grande cordée. Un skieur d’un autre style, Vivian Bruchez (qui accompagnait sa mère sur l’évènement), abonde : « Le jour où l’on reçoit la médaille de la Compagnie reste gravé à vie, parce qu’on entre dans une grande famille riche de toute son histoire. »

la Compagnie compte 250 membres et générait avant la pandémie un chiffre d’affaire de 6,5 millions d’euros

Stéphanie Moreau, seconde femme à intégrer en 2012 la Compagnie de Chamonix. Elles sont aujourd’hui 6 parmi les 160 membres. ©Thomas Pueyo

Le problème avec des brins de 250 mètres, c’est que les noeuds sont plus long à défaire. ©Thomas Pueyo

Mais l’avenir du métier s’annonce chahuté à cause du réchauffement climatique. « On doit s’adapter à la fonte des glaciers et du permafrost, décaler la saison d’alpinisme et varier les activités », détaille Olivier Greber, président de la Compagnie qui compte 250 membres et générait avant la pandémie un chiffre d’affaire de 6,5 millions d’euros.

L’aura de la Compagnie des guides de Chamonix ne faiblit pas pour autant, comme le démontre la présence de Marceau, 11 ans, benjamin de la cordée du bicentenaire. « Je suis super content d’être là, les guides de Chamonix sont un peu mes héros. Ils me donnent des conseils pour enfiler mes crampons, utiliser le piolet. Ça doit être génial de faire partie de cette Compagnie des guides ! » Une chose est sûre, la crise des vocations attendra le tricentenaire.

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