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L’UTMB n’est pas le sommet mondial du trail pour rien : les meilleurs coureurs en montagne s’y sont donné une fois de plus rendez-vous. Le gratin mondial s’affronte depuis 19 ans autour des 160 km du tour du Mont-Blanc. À ce jeu, Kilian Jornet démontre, s’il était besoin, qu’il demeure l’un des athlètes les plus exceptionnels de sa génération, en bouclant l’UTMB en 19h49, un record. Chez les femmes, c’est l’exceptionnelle Katie Schide qui remporte le Graal du trail running.

C‘est le rendez-vous immanquable de l’été à Chamonix. Une foule impressionnante qui se presse autour de l’aire d’arrivée, mais il suffit de se transporter (en live ou en live) à la Flégère pour constater que la ferveur n’a pas changé pour les dieux du trail, ou celles et ceux qui visent le podium. À ce jeu, Kilian Jornet a tout simplement établi le nouveau record de l’épreuve, avec un horaire de 19h49, sous la barre mythique des 20 heures, une barrière que d’aucuns jugeaient impossible, tandis que d’autres en rêvaient, comme Pau Capell.

Mais ce dernier fut rapidement distancé par son compatriote qui laissa aussi sur place, à mi-course, le favori Jim Walmsley. La malédiction américaine chez les hommes sur l’UTMB continue, mais pas chez les femmes, puisque Katie Schide a réussi magnifiquement sa course. On y reviendra.

Le podium masculin : Tom Evans (3e), Jornet (1er), Mathieu Blanchard (2e)

19h49 pour boucler l’UTMB : Kilian Jornet établit une marque qui restera, sans doute pour quelques années !

 

Il faut l’écrire pour le croire : 19h49 pour boucler l’UTMB, cent soixante et quelques kilomètres, c’est incroyable. Comme le départ, qui fut extrêmement rapide : difficile de croire que ces gars partaient pour vingt, vingt-cinq heures de course pour les meilleurs. Cet UTMB 2022 restera aussi dans les mémoires comme le quatrième sacre de Kilian Jornet, qui égale François D’Haene sur le nombre de victoires, mais le dépasse sans doute, pour l’instant, sur la longévité. Jugez plutôt : Kilian Jornet a gagné son premier UTMB en 2007, le second en 2008, le troisième en 2011. Entre-temps, Kilian disait qu’il retournerait à l’UTMB « quand il y aura du niveau ». En 2018, il devait abandonner (piqûre d’abeille) au Grand Col Ferret.

Cette année le plateau était très relevé, avec des concurrents sérieux qui affichaient leurs ambitions : Pau Capell et l’américain établi en Beaufortain Jim Walmsley. Mais ce ne fut pas d’eux dont Kilian a dû se méfier le plus, mais d’un français qui finit à une exceptionnelle seconde place, Mathieu Blanchard. Exceptionnelle, car le duel auquel se sont livrés Kilian et Mathieu ont vu la victoire du premier, mais également le finish du second en un temps également inédit de 19h54.

Le mano a mano de Kilian et Mathieu

Pour Kilian, tout ne s’est pas joué d’avance. Loin de là. L’Américain Jim Walmsley s’était échappé en fin de nuit en dominant la course jusqu’à Champex-Lac. Dans la montée de La Giète, Walmsley n’est plus parvenu à s’alimenter, et a vu revenir sur lui le duo Kilian Jornet / Mathieu Blanchard. La fin de course a offert un duel homérique entre le Français et le Catalan. A Vallorcine, à l’approche de l’ultime montée vers la Tête aux Vents, Kilian Jornet a placé une attaque décisive. Il a rapidement pris plusieurs minutes d’avance pour basculer en tête à La Flégère, pour l’emporter au final en 19 :49 :30. Mathieu Blanchard finit lui aussi en moins de 20 heures (19:54:50). Kilian devient ainsi le nouveau détenteur du record de la boucle complète en 19 :49 :30.

Je n’ai pas eu une minute facile sur cette épreuve. kilian Jornet

« Sur cette édition, la météo a vraiment été parfaite, j’ai passé une nuit géniale, même si je n’ai pas eu une minute facile sur toute l’épreuve », dira Kilian Jornet. « Mais ce fut une expérience formidable de partager tous ces kilomètres avec Jim et Mathieu. C’est un moment que je vais garder en mémoire. Ma gestion de course a été particulière. Mon état de santé était à la limite, et il m’a fallu gérer ça en priorité » poursuivait Jornet. « Il ne fallait pas que je dépasse un certain seuil d’intensité, mais que j’aille à une vitesse constante, sans accélération, pour éviter de passer ce seuil » explique le Catalan.

« Quand Jim est parti comme un fou dans la descente d’Arnouva, j’ai essayé de le suivre, mais j’ai vite abandonné, je n’arrivais pas à suivre, j’ai préféré rester derrière. J’ai connu un gros coup de moins bien en direction de Champex. Je me suis dit : « tu vas jusqu’à Champex, et on verra ». J’ai vraiment pensé abandonner à ce moment-là. Et puis Mathieu m’a rejoint. Et au final, son retour m’a aidé à rester dans la course. J’ai essayé de rester dans sa foulée, il m’a remotivé. Au final, on s’est livré une bataille de fous, et j’ai tout misé sur les montées pour espérer décrocher Mathieu d’ici la ligne d’arrivée. »

Mathieu Blanchard, lui, aura entraperçu la victoire sur la course-objectif de sa saison 2022, avant de s’incliner face à « L’ultra-terrestre » Jornet. « A un moment de la course, j’ai vu Kilian au loin. Il n’avançait plus. je me suis même excusé de le doubler, je lui ai souhaité bon courage, j’ai accéléré, mais il s’est accroché » souriait Mathieu sur la ligne d’arrivée. « Alors du coup, ensemble on est allé à la « chasse au Jim ». On s’est poussé mutuellement, jusqu’au bout, et au final on réussit ces tempes de dingues. Moi je voulais faire 21 heures, je n’ai jamais imaginé faire moins de 20 heures ! Tout seul, c’eut été impossible, mais à deux, à la bagarre, c’est devenu possible. Quand on se tire la bourre, on ne regarde plus la montre. Je ne m’attendais pas à un tel résultat »

Le français Mathieu Blanchard, exceptionnel, avec un horaire sous les 20h ©UTMB

L’américaine Katie Schide, première femme ©UTMB

Katie Schide première femme

Si la victoire se refuse aux Américains, elle s’est installée depuis plusieurs années chez leurs compatriotes féminines. En l’absence de la tenante du titre Courtney Dauwalter (USA), c’est Katie Schide qui a pris sa succession, en l’emportant au terme de 23h15 de course. La jeune Américaine de 31 ans, qui vit en France avec son compagnon Germain Grangier, aura vécu une course en montagnes russes. « J’ai pris un départ rapide, avec de l’avance rapidement sur mes adversaires » expliquera la géologue de formation. « J’avais plus d 15 minutes d’avance en arrivant à Courmayeur. Ce n’était pas vraiment le plan, mais les autres années, j’étais parti trop lentement ».

Arrivée à La Fouly, l’Américaine vivra un « coup de moins bien » comme on en vit sur ce type d’effort. Katie Schide laissait passer « l’orage », en enfilant une veste, et en marchant. C’est alors qu’un âpre duel allait se jouer avec la Canadienne Marianne Hogan. Cette dernière revenait sur Katie Schide et la dépassait. Mais sans que l’écart ne soit irrémédiable. « J’ai commencé à revenir dans la montée de Champex. Je me suis dit qu’une nouvelle course commençait, et que trois grosses difficultés restaient au programme, et donc que je pouvais revenir ». C’est ce que Katie Schide parviendra à faire, pour reprendre la tête dans la montée des alpages de Bovine, « déposer » la Canadienne, et filer vers sa première victoire, après une 6e place en 2019 et une 8e place en 2021 sur l’UTMB. Son compagnon Germain Grangier, qui a dû abandonner victime de symptômes du Covid, y trouvera sans doute une consolation. Ce samedi soir, plus de deux mille coureurs sont encore en course.

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