Kilian Jornet boucle son odyssée américaine sur les 72 sommets de States of Elevation

En un mois, Kilian Jornet a écrit un nouveau chapitre dans l’histoire de l’ultra-endurance. L’athlète catalan a bouclé States of Elevation, un périple inédite qui l’a conduit sur les 72 sommets de plus de 14 000 pieds (4 267 mètres) du territoire continental américain – les fameux fourteeners. À pied et à vélo uniquement, il a relié les cimes sur plus de 5 145 kilomètres, avalé 123 045 mètres de dénivelé et ouvert une ligne d’exploration sans précédent, notamment en termes d’effort continu. Retour sur les grands chapitres de cette odysssée américaine.

Plus qu’un défi sportif, States of Elevation fut pour Jornet une façon de pousser un peu plu sloinn encore les efforts de très longue durée et intensité fournis lors de son aventure pyrénéenne et encore plus lors du porjet des 82 4000 des Alpes. Cette fois, Jornet a relié des dizaines de sommets et traversé des paysages interminables à la seule force de ses jambes. L’ampleur du projet dépasse l’entendement : l’équivalent de plusieurs Tours de France et de dizaines de marathons, le tout à haute altitude.

©Nick Danielson/State of Elevation

Du Colorado aux forêts de Washington

L’itinéraire s’est dessiné du sud au nord-ouest : départ le 3 septembre 2025 sur les pentes du Longs Peak, au cœur du Colorado, arrivée un mois plus tard au sommet du mont Rainier, dans l’État de Washington.

Entre les deux, une diagonale grandiose : les Rocheuses, les déserts de Californie, les crêtes de la Sierra Nevada, les forêts de l’Oregon… et 72 sommets mythiques enchaînés les uns après les autres. Kilian Jornet explique : « Au départ, ce n’était qu’une idée sur une carte. Je ne savais même pas si c’était possible », raconte Jornet. Aujourd’hui, au-delà des chiffres, ce fut une aventure totale, une manière de découvrir des lieux qui me sont devenus très chers. »

Au départ, ce n’était qu’une idée
sur une carte

Colorado : la densité des sommets

Jornet a d’abord affronté les 56 sommets publics du Colorado, un concentré d’altitude et de technicité. Mais aussi des traversées emblématiques comme la LA Freeway, l’Elks ou Nolan’s 14, mais aussi des sommets très connus aux USA comme le mont Elbert ou Pikes Peak… Les conditions ont souvent dicté leur loi : orages violents, vents puissants, météo changeante. Certaines de ces enchaînements prennent aux meilleurs ultra-traileurs plusieurs jours. Jornet, lui, passait en moyenne plus de 16 heures par jour en mouvement. amateurs de statistiques, vous allez adoré le Strava de cette aventure, qui affole les compteurs (voir en fin d’article).

©Andy Cochrane/State of Elevation

©Nick Danielson/State of Elevation

Californie : désert, granite et isolement

Direction plein ouest pour la suite de l’aventure et plus de 1 400 kilomètres de pédalage plus tard : la Californie. Changement radical de décor. Approches désertiques des White Mountains, arêtes techniques de la Sierra Nevada, isolement total jusqu’au mont Shasta. Là, neige fraîche et vents tempétueux ont mis ses nerfs à rude épreuve. L’un des temps forts : la traversée de Norman’s 13 dans la Sierra Nevada, devenue sa section préférée du projet. Au 23ᵉ jour, malgré la fatigue, Jornet signe un nouveau supported FKT — record de vitesse avec assistance — en attente d’homologation.

malgré la fatigue,
Jornet signe un nouveau
supported FKT

Bouquet final : le Mont Rainier

Dernier acte dans le nord-ouest et la côte pacifique : l’ascension du mont Rainier. L’un des passages les plus techniques de tout le projet, d’autant plus incertain avec la neige fraîche tombée les jours précédents. Jornet parvient à atteindre le sommet et à redescendre sans encombres.

Autour d’une pizza, il confie : « J’ai été émerveillé par la nature sauvage, la faune, les changements de paysages. J’ai aimé avancer par mes propres moyens, mais aussi partager des instants avec des amis venus me montrer leur montagne. »

©Nick Danielson/State of Elevation

Une aventure collective

Si la plupart des 5 145 kilomètres ont été avalés à vélo (4 133 km, soit 80 %), près de 60 % du temps total s’est déroulé à pied, à raison de 15 heures de mouvement par jour. L’odyssée fut ponctuée de moments de camaraderie, lorsque des athlètes locaux sont venus partager un bout de chemin, transformant une aventure solitaire en expérience collective.

La Kilian Jornet Foundation a profité de States of Elevation pour semer d’autres graines : quatre événements « Running Minds », deux journées de restauration de sentiers et plus de 500 personnes mobilisées pour la préservation des terres publiques. 

©Nick Danielson/State of Elevation

Le bilan chiffré est impressionnant : 5 145 kilomètres parcourus, dont 4 133 à vélo et 1 011 à pied, 123 045 mètres de dénivelé positif, 72 sommets au-dessus de 4 267 mètres, et 488 heures 52 minutes en mouvement sur 31 jours. Mais derrière les chiffres, Jornet insiste surtout sur  les paysages, la nature sauvage, la variété des climats et la profondeur des expériences humaines qui ont défini l’aventure.

States of Elevation n’était ni une course ni un record à battre. C’était une ligne tracée entre les montagnes, une traversée de paysages et de cultures locales, une immersion totale dans des lieux et des conditions que peu d’humains connaissent à ce rythme et cette échelle. 

Alors que Kilian pose le pied sur le Rainier et contemple l’immensité du Pacifique Nord-Ouest, il sait que chaque sommet a laissé sa marque : un souvenir, un effort, un frisson. States of Elevation n’est pas seulement un exploit sportif : c’est une odyssée humaine et géographique, une leçon sur les limites du corps et la beauté du monde.

Statistiques finales

Distance totale : 5 145 km (4 133 km à vélo, 1 011 km à pied)
Nombre de sommets « fourteeners » (+4 267 m) : 72
Dénivelé positif : 123 045 m
Temps en mouvement : 488 h 52 min
Durée : 31 jours

©Nick Danielson/State of Elevation