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Habitus Éloge de la glace

Àchaque nouveau tournage, surgit la question du « montrer quoi ? »  et « pour dire quoi ? ».
Sous l’impulsion du réalisateur Nicolas Ségura, le projet d’un clip en cascade de glace m’interroge une nouvelle fois sur le lieu et l’esprit.
Par détachement de l’inlassable désir de valoriser la performance s’est imposé le besoin de dépouillement. Oui mais il faut régaler l’oeil, titiller le désir d’escapade et piquer un peu l’esprit.
Et si la caméra nous offrait une simple balade onirique ? Ni plus, ni moins.
Enfiler le Gore Tex, saisir les piolets et s’imaginer une fois encore, parcourir l’un de ces chemins de gel si éphémère. Se suspendre entre roche et vide, entre glace et eau, entre froid et lumière.
Quelques essais frustrés par une météo capricieuse et les facéties du matériel vidéo nous amènent dans l’impressionnante Tip in the night avec Lara Amoros puis pour cette séquence finale, dans la gorge d’Ambin et la si esthétique cascade Glacenost.
Ouverte en 1989 par les talentueux Marc Malvoti et Fred Valet, cette pure ligne de glace ne pourrait-elle pas résumer l’essentiel de la quête de l’honnête glaciériste ? À l’orée des années quatre-vingt-dix, la recherche de la raideur et de la continuité obsédait le petit milieu des la grimpe en cascade. Trouver LA belle ligne au cœur de l’hiver perturbe alors nos courtes nuits de sommeil. Chaque vallée voit émerger ses explorateurs arpentant le moindre vallon pouvant dissimuler un cigare élancé, un free-standing spectaculaire, une stalactite aérienne. C’est l’Âge d’Or de la cascade de glace. Ce moment de l’histoire d’une activité qui, après les prémices de son invention et les exploits des précurseurs, voit son terrain de jeux s’élargir, son discours se structurer, ses images foisonner. L’Âge d’or, comme une adolescence inventive, contradictoire, bouillonnante et insouciante.
Filmer Glacenost est aussi un clin d’oeil.
Un sourire à ces escapades verticales qui nous constituent…

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