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Le gypaète barbu est la star du massif des Bargy. Une journée d’escalade ou de randonnée autour du col de la Colombière se termine rarement sans l’apparition de cet oiseau géant. Une nouvelle convention vient d’être signée entre les acteurs locaux et elle permet une pratique de l’escalade plus large : une bonne nouvelle pour tous les amoureux du calcaire haut-savoyard.

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mniprésent dans le massif des Bargy, au coeur de la Haute-Savoie, le gypaète barbu est un oiseau géant au caractère curieux, qui vient parfois en toute confiance faire plusieurs passages autour des visiteurs. La réintroduction initiée il y a plus de vingt ans, et pilotée par ASTERS (Association pour la sauvegarde des territoires et espèces remarquable ou sensibles) a porté ses fruits. Deux couples ont trouvé gîte et couvert dans les parois du Bargy. Depuis, dix-neuf petits ont pris leur envol et sont partis explorer les Alpes. Certains ont été suivis, d’autres ont disparu des écrans radar : de nombreux dangers les guettent. Il n’empêche, le taux de fécondité dans la zone du Bargy est exceptionnel, de la part d’un oiseau dont la gestation est longue. Le couple couve l’œuf 55 jours durant, le tournant délicatement pour qu’il bénéficie d’une température constante. Le poussin passe ensuite quatre mois au nid, nourri par les parents à tour de rôle, l’un restant toujours au nid pour garantir la sécurité du petit. Celui-ci prend alors son envol, mais n’atteint l’autonomie que deux mois plus tard, à la fin de l’été.

Un oiseau rare

Les gypaètes présents dans les Alpes françaises représentent 31% de la population européenne, et le fait que deux couples ont élu domicile de part et d’autre du Bargy est exceptionnel. Le terrain semble leur convenir parfaitement, et c’est une information de plus sur la vie de cet oiseau qui reste mal connu.On pourrait penser que cet animal parfois familier est habitué à la présence humaine. Mais une fois au nid, celui-ci devient craintif. S’il est dérangé, il risque de l’abandonner, et les prédateurs, qui l’ont repéré, se rueront sur l’œuf ou le petit. Également, il est très sensible aux visites, agressives ou nom, qui viennent d’en haut.

L’envers du Grand Bargy. ©Claude Gardien..
Thomas Gardien sur la falaise de la Colombière. ©Claude Gardien.
Robert Göring dans la fameuse grande voie Tchao Godillot à la Pointe Dzérat. ©Claude Gardien.
Étienne Giton profite du pilier n°1 à la Pointe Dzérat ©Claude Gardien.

Nouvelle convention et partage de l’espace réussi

Dès le début, le partage de l’espace s’est imposé entre le bel oiseau en phase de réintroduction et les visiteurs de son aire de reproduction. Deux conventions successives avaient été signées, entre ASTERS, les fédérations représentatives des sports de montagne (FFCAM et FFME), les mairies concernées (Mont-Saxonnex et Reposoir), l’alpagiste installé sous la face sud du Bargy, l’association Roc Altitude et la Compagnie des guides des Aravis, qui gèrent avec zèle les nombreuses falaises de qualité qui parsèment leur territoire.La troisième convention a été signée le 4 octobre, avec des assouplissements notables en ce qui concerne la pratique de l’escalade. Deux zones ont été définies au sein de la réserve Natura 2000, qui englobe donc une « zone tampon », et une zone centrale, dite « de sensibilité majeure »(ZSM). Celle-ci se situe au sud-ouest du col de l’Encrenaz, qui sépare le Petit et le Grand Bargy.

La superbe falaise de Montarquis. La barre du haut reste « réserve ». ©Claude Gardien.

La falaise de Montarquis accessible toute l’année

Pour les grimpeurs, la principale nouveauté concerne la belle falaise de Montarquis, désormais hors de la ZSM, qui passe désormais juste en amont. Ce joyau sera accessible toute l’année. Côté nord, la ZSM évite le Triangle nord du Grand Bargy (Nez de l’Envers sur IGN) ainsi que tous les éperons situés à l’ouest du couloir nord de l’Encrenaz. Aucune voie de ce versant n’est donc touchée, sauf les rares longueurs qui donnent accès au plateau sommital via le dernier ressaut rocheux de cette face complexe. La longue et superbe randonnée qui traverse tout le Grand Bargy reste autorisée, pour peu qu’on ne s’écarte pas du sentier principal. Précaution logique car cela mènerait les randonneurs en amont des nids. En ce qui concerne le ski de randonnée ou la randonnée à raquettes, il est impératif de rester le long du sentier d’été : orientation à prévoir. Mais il faudra revenir par l’itinéraire de montée, les parties supérieures des versants nord et sud étant couverts par la ZSM. Les sports aériens (parapente, speed-riding, BASE jump…) sont eux plus « touchés » puisque le survol de la « zone tampon » n’est pas autorisé à moins de 300 mètres du sol du 1/11 au 31/08. Il est d’autre part demandé aux amateurs de chasse photographique de tempérer leur enthousiasme et de ne pas déranger les nids. Quand à l’ouverture de nouvelles voies, elle est possible, mais désormais soumise à autorisation dans toute la zone Natura 2000. La définition des différentes zones peut évoluer en fonction du déplacement des nids ou l’arrivée de nouveaux occupants, peu probable du fait des besoins du gypaète en matière d’espace vital. Des panneaux ont été mis en place aux différents points d’accès au massif, avec affichage des cartes présentant les différentes zones et rappel des recommandations.

La nouvelle convention du Bargy pourrait bien devenir un modèle, instaurant un nouveau type de relations entre les responsables de la conservation de la nature et les représentants des pratiquants des activités de pleine nature.

Rando sur le versant sud du Jallouvre. ©Claude Gardien.
Jeunes bouquetins. ©Claude Gardien.

Un gisement d’escalades préservé

Rappelons l’extraordinaire gisement d’escalades situé sur le versant sud de la chaîne : voies de toutes hauteurs et de tous niveaux, sur un calcaire souvent enthousiasmant, au Jalouvre, à la pointe Blanche, aux pointes Dzérat. Du deuxième degré au huitième, de la courte voie d’initiation à la longue course de caractère « montagne », elles réjouissent nombre de grimpeurs amoureux de cette région superbe, magnifiée par le passage désormais régulier du gypaète barbu. Sur le versant opposé, les dalles du Petit Bargy, suspendues au-dessus du charmant lac Bénit, les piliers du Grand Bargy, forment dans un cadre et sur un rocher très différent un ensemble de voies au caractère bien marqué. Toutes se déroulent à proximité de randonnées variées, où il fait bon profiter de l’accueil des refuges, fermes d’alpages, ou restaurants de village, où souvent le bel oiseau s’invite à la conversation dès la première question qu’on vous posera : « Vous avez vu le gypaète? ».