«  À Grenoble, tout le monde est très fort ! » : rencontre avec Camille Claude, jeune talent du Pôle France Escalade.

Vous ne connaissez sûrement pas son nom et vous ne l’avez jamais vu sur les réseaux car il y va très peu lui-même : Camille Claude est pourtant l’un des très forts grimpeurs de Grenoble, vivier des futurs talents de la grimpe. Dans cet univers bouillonnant, entre falaises et salles, c’est sur les blocs que Camille a remporté ses premières médailles. Mais il reste attaché aux falaises de son jardin isérois. C’est sur l’une d’entre elles, au mur de Satan, que nous l’avons rencontré, chaussons aux pieds.

C’est peut-être parce qu’il connait par coeur la falaise de Satan, sur les hauteurs de Grenoble, que Camille Claude est détendu, presque nonchalant. Il fait partie de ces jeunes, voire très jeunes, grimpeurs qui se présentent devant une paroi avec le calme et l’assurance dignes des anciens. Pas de doute dans le regard, pas d’hésitation dans les gestes. Une forme de sereine habitude avec ses automatismes, quelques petites superstitions aussi. 

En arrivant au mur de Satan, Vercors. ©Ulysse Lefebvre

Présentation des lieux à Laurent « Lulu » Bouvet, ancien grimpeur de haut niveau et soutien de Camille. ©UL

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Je marmonne « D’abord la jambe gauche, toujours » » certain que cette vieille réf’ de ce footballeur d’un autre siècle tombera à plat. « Ah non, moi c’est toujours le chausson droit d’abord ! » lance Camille, dont la superstition rejoins celle de Zizou. Camille Claude fait partie de cette jeune génération de forts grimpeurs grenoblois en devenir. À 17 ans, il est l’un des ingrédients de cette marmite bouillonnante de nouveaux talents de la grimpe. 

Avec sa silhouette fine et élancée et ses traits fins, il n’a pas les bras et le dos survitaminés des plus costauds de sa génération. « J’ai jamais eu de muscles. J’ai toujours été la grignette du groupe » explique t-il, sans regrets en s’échauffant dans Autocratie, une fissure en 6c+ qui réveille les avant-bras. « J’arrivais pas à faire les exos du groupe. Donc j’ai dû trouver ma voie là dedans, faire plein de coordination, pour compenser. La force est arrivée après. ». Comme s’il s’agissait d’une chance, obligé qu’il était de développer d’autres atouts. 

J’ai jamais eu de muscles 
J’ai toujours été la grignette

Coordo

Souplesse, lecture, coordination : autant de qualités en accord avec les lignes et les blocs proposés ces dernières années en compétition. Entre les jetés, skate et autres touchés de prises furtifs, Camille Claude excelle dans ce répertoire gestuel moderne. « J’aime ces nouveaux mouvements gymniques où tu t’envoles. Tu te dis que c’est du jamais vu, c’est super attirant et c’est mon point fort en compétition » explique Camile en serrant ses chaussons.

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Des envolées dont il sait aussi se méfier : « On voit de plus en plus de blessures nouvelles. L’un des kinés de l’équipe de France me disait qu’il voyait de plus en plus d’arrachement au niveau des épaules ou de traumatismes de la tête suite à des plats-dos. C’est quelque chose qu’on voyait rarement avant. » Son premier essai dans un 9a, le Braille à la Carrière, près de Grenoble, il l’a d’ailleurs réalisé avec une fracture du coccyx suite à une chute jambes écartées. 

J’aime ces nouveaux mouvements gymniques
où tu t’envoles

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De junior à senior

La compétition justement, c’est là que Camille s’est fait un nom, ou plutôt un prénom puisque Maël, le grand frère, a également été grimpeur de compétition et s’est tourné aujourd’hui vers des objectifs plus rocheux. 

De son côté, Camille prenait la 3e place des championnats d’Europe en 2024. L’année suivante, il croquait la médaille d’or en Norvège en catégorie U19 puis montait sur la deuxième marche au Portugal.

J’y vais année par année

Cette année il entre au Pôle France et grimpera sa dernière année en junior, avec la qualification en équipe senior comme objectif.

Pourtant Camille n’est pas du genre impatient ou ambitieux : «  La psy du pôle m’a posé la question de mes objectifs à moyen ou long terme, mais j’en sais trop rien. J’y vais année par année. Je verrai comment je serai à la fin de cette année. J’ai envie de vivre à fond ma dernière année jeune » explique t-il.

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L’appréhension de se retrouver parmi des grimpeurs plus murs et expérimentés en catégorie sénior ? Même pas : « J’avais grimpé en senior lors d’un surclassement, à Bruxelles en mai dernier pour une coupe du monde. J’étais surtout impressionné par la nouveauté d’aller jouer avec les adultes. Mais c’est plus une stimulation qu’un frein pour moi ». 

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Au diable les cotations

Devant le mur de Satan, Camille parle d’une époque qui paraitrait presque lointaine, du haut de ses 17 ans : « Autocratie a été mon premier 6c. À côté, c’est mon premier 7b, et encore à côté c’est mon premier 8a+, Killing Jury. » Comme des trous dans la raquette ? Camille ne s’embarasse pas d’une progression continue : « Je vais dans une voie quand je trouve la ligne belle et intéressante. Et tant pis si j’ai pas le niveau. Ça me prend juste plus de temps à la travailler ». 

Quant au Braille, 9a, il vient bien après le 8b de Higway 42 à Bielsa (Espagne)… sans 8c entre deux ! Dans le 8b de De Glee ou de force, Camille couine : «  Mince j’ai plus la technique ! C’est toujours pas aujourd’hui que je vais l’enchainer ! Quand je le faisais plus petit ça allait mais comme j’ai grandi, j’arrive plus à monter les pieds ! ». 

De 8b à 9a 
sans 8c entre deux 

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À bloc

Sa saison « d’exté », comprenez de grimpe en extérieur, se termine avec un beau voyage aux USA où il a grimpé quelques classiques de bloc, notamment Midnight Lightning (7B ou 7b+) dans le parc du Yosemite. Mais encore ? « C’est plein de voies mythiques mais je ne sais plus comment elles s’appellent ! C’est pas le plus important pour moi, je préfère juste grimper ».

Camille fait partie de la nouvelle génération qui sait s’affranchir pour faire évoluer la discipline, inventer de nouvelles façons d’escalader. De ces forts grimpeurs qui ne voient pas de problème à tester uniquement les blocs de Camp 4, au Yos’, sans se lancer dans une grande voie d’El Cap. Ce qui aurait pu fait bondir les anciennes générations.

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Même s’il va remettre quelques essais dans le Braille, juste derrière chez lui pour profiter des dernières belles journées d’automne, Camille va maintenant retrouver l’entrainement en salle avec le pôle France de Voiron, près de Grenoble.

« C’est hyper nouveau pour moi de donner une tournure professionnelle à mes entraînements, avec un préparateur mental, un kiné… Avant je m’en foutais un peu. Mais la je sens que je dois faire ça sinon mon corps ne va pas le supporter. Je fais même des étirements avant les entrainements maintenant ! ». 

À la sortie de la voie d’échauffement, Autocratie, son premier 6c. ©UL

Je fais même des étirements
avant les entrainements maintenant ! 

Il pourra compter sur son coach, Esteban Daligault, pour le mener lui et sa partenaire de grimpe Lily Abriat, vers son plus haut niveau, entre le mur de Voiron et les salles de cours du lycée des Eaux Claires, où il va suivre les cours de terminale en deux ans, à raison d’un aménagement d’emploi du temps ne lui prenant que deux heures par jour, le reste étant consacré à la grimpe.  

Dans De glee ou de force (8b) : lancer… ©UL

Serrer… ©UL

Voler… ©UL

Sans oublier les salles de Grenoble où il retrouvera la bande des jeunes et forts grimpeurs de la cuvette iséroise. « Y’a toujours quelqu’un avec qui grimper au Street Wall (voir notre reportage sur cette salle associative pour le haut niveau avec Esteban Daligault notamment) ou au Perchoir. À Grenoble, tout le monde est fort ! Que ce soit pour se tirer la bourre sur une panneau, dans des dalles ou sur la kilter, tu trouves toujours plus fort que toi ! ».

À l’écouter parler, Camille semble posé, sans l’ambition dévorante d’un Mejdi Schalk à son âge, ou la boulimie d’un Jules Marchaland. Il n’est même pas très actif sur les réseaux sociaux et reste discret. C’est une force tranquille, toute jeune, qui ne demande qu’à mûrir en prenant son temps. Dans l’univers bouillonnant de la grimpe grenobloise, il trouvera le terreau idéal pour progresser et trouver ses voies. À suivre assurément.