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En virtuose, Filip Babicz a bouclé cet été deux ascensions marquantes en solo. Après une carrière de compétiteur, Babicz poursuit en solitaire sa quête vers ce qui est l’une des formes d’excellence en alpinisme. L’arête de Peuterey, la plus grande arête du mont Blanc, l’attire comme un aimant, théâtre de ses deux exploits cet été : l’intégralissime de Peuterey en solo en 17 heures seulement, puis une ascension époustouflante de rapidité de l’arête Sud de l’Aiguille Noire de Peuterey, en solo toujours : 1h30 pour une voie TD de 1400 mètres de développé ! Sans doute l’un des solos les plus incroyables de ces dernières années. Babicz est un alpiniste enthousiaste, encore hilare du tour magique qu’il a réussi à la Noire. Voici l’interview-fleuve de Filip Babicz, l’homme de Peuterey.

Filip Babicz parle quatre langues dont le français, il est né en Pologne et vit en Italie, où il fait partie de l’équivalent du GMHM, la Sezione Militare Alta Montagna (SMAM) du Centro Sportivo Esercito de Courmayeur. Il a commencé à grimper à quatorze ans, son père est guide de montagne dans les Tatras. Ex-compétiteur de haut-niveau, Filip s’est découvert une passion pour le dry-tooling, en ouvrant et réalisant des voies parmi les plus dures du monde, repoussant les cotations autour de D16.

Habitué des high-balls, ces blocs trop haut pour chuter et pourtant dénués d’équipement, Filip Babicz ne craint pas l’engagement en solo : il a réalisé l’Intégralissime de Peuterey, en partant de 1840 m et la traversée du Mont Rouge de Peuterey (2941m)  et Tête des Chasseurs (2802m) avant l’intégrale « classique » de Peuterey, en un temps record de 17h pour 4000 mètres de dénivelée, le 31 juillet. Soit 8000 mètres de développement, sans parler de 900 mètres de rappel. Une performance d’autant plus étonnante que le Mont Rouge est tout sauf classique, et rajoute l’équivalent d’une deuxième Sud de la Noire à une course déjà très, très longue, ce qui en fait, d’après Filip, une course d’arête « sans comparaison dans toutes les Alpes ».

Deux solos époustouflants

Ce gros coup n’était qu’une (belle) mise en jambes dans un été bien rempli, passé à explorer l’arête de Peuterey et plus particulièrement l’Aiguille Noire de Peuterey, qu’il va répéter plusieurs fois en solo. Fin aout, il s’élance, seul, sur l’arête sud de l’Aiguille Noire, à l’heure à laquelle les enfants sortent de l’école, et les alpinistes rangent leur corde : il est 16h. Aux pieds, une paire de baskets, sur le dos, un minuscule sac de trail dans lequel il a glissé une paire de chaussons. Un short, un débardeur. Pour tout viatique, un baudrier, une sangle de 130 cm, un descendeur et un mousqueton, et une montre qui lui indique, à la Vierge du sommet, un horaire auquel il n’arrive pas à croire : 1h30 et 14 secondes depuis la petite terrasse qu’il a lui-même aménagée au pied de la voie, 1100 mètres plus bas.

Babicz a une trace GPS, et un témoin, qui, parti le matin par l’arête Est, l’attendait au sommet. 1h30 : soit à peu près la moitié des temps historiques des pionniers des années 80, dont on a pu discuter avec le seul survivant, Yves Astier. 1h30 : soit un rythme absolument stupéfiant, auquel Filip Babicz lui-même ne s’attendait pas. Comment a t-il fait ? Comment est-ce possible ? D’où vient cet alpiniste capable de monter, d’un coup, un joli cran dans l’alpinisme en solo ? Réponses dans cet entretien exclusif avec Filip Babicz, qui fait sienne la fameuse maxime de René Char : l’homme est capable de faire ce qu’il est incapable d’imaginer.

L’interview avec Filip Babicz (…)

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