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Au milieu de la toundra, la Sibérie recèle des trésors d’escalade méconnus. En 2018, le très fort grimpeur autrichien Kilian Fischhuber (multiples victoires en bloc et coupe du monde combinée) s’est greffé à une expédition jusqu’au fin fond des terres sibériennes, dans les environs d’Ulakhan-Sis. L’objectif : grimper les piliers magiques de Sundrun, aussi appelés la « Ville de granite ». Un lieu encore largement inexploré et qui se mérite.

Il aura fallu trois jours d’approche à pied (plus quelques heures de transports de tous types) à la star de l’escalade autrichienne pour atteindre enfin les piliers de Sundrun et leur horizon à couper le souffle. Ces incroyables piliers, qui rappellent les idoles de l’île de Pâques dans l’océan Pacifique, ont été découverts pour la première fois en 2016 par le biologiste et photographe Alexander Krivoshapkin, lorsqu’il a survolé la vaste zone sibérienne en hélicoptère lors d’un voyage pour dénombrer des troupeaux de rennes sauvages. Lorsque Sergey Karpukhin, un collègue photographe, a pris connaissance des photos de Krivoshapkin, il a voulu à son tour explorer la zone dans l’espoir de photographier les colonnes depuis le sol. Dans une province comme la République de Sakha, presque aussi grande que l’Inde, autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Trois expéditions, chacune plus lourde que la précédente, ont été nécessaires pour localiser ce lieu magique.

Neige, granite, grimpeur. ©Redbull

Les grimpeurs au milieu des buildings granitiques. ©Redbull

La City sibérienne. ©Redbull

Lorsque vous vous promenez autour de ces piliers, vous vous sentez vraiment comme si vous étiez dans une ville.

Revenu de sa découverte, Karpukhin explique : « Cet endroit est presque l’un des derniers lieux inexplorés sur la planète. Auparavant, nos expéditions étaient purement photographiques, mais désormais, nous avons une équipe de grimpeurs professionnels qui s’est rajoutée à l’équipe initiale. Avant de grimper, ils devront nettoyer les parois pour préparer leurs ascensions. La plupart des falaises sont agglutinées en groupe avec des parois verticales de 20 à 30 mètres de haut, mais il y a également beaucoup de falaises qui se dressent séparément. C’est sans doute pourquoi j’ai nommé ce lieu la « Ville de granite. Lorsque vous vous promenez autour de ces piliers, vous vous sentez vraiment comme si vous étiez dans une ville. »

La toundra, balayée par les éléments. ©Redbull

Troisième jour, fin de la marche d’approche. ©Redbull

Clair-obscur sibérien. ©Redbull

Ouverture au pays des guerriers

Kilian Fischhuber, accompagné de ses compagnons de cordée, l’allemand Robert Leistner, et le russe Galya Terenteva, a rejoint l’expédition de Karpukhin sans savoir si les falaises avaient réellement un potentiel de grimpe. L’équipe a survolé Moscou jusqu’à Yakoutsk, la capitale de la République de Sakha, l’une des villes les plus isolées de Russie et la plus froide. De là, un vol vers Belaya Gora les a conduit à bord d’un bateau sur la rivière Indigirka sur environ 200 km. Enfin, trois jours de punition, à pied dans la toundra, pour rejoindre les piliers. À la réflexion, ces formes étranges et inhabituelles seraient sculptés par le gel et le dégel incessant du granite et des grès plus érodés environnants. Dans la langue Yakut, ces piliers qui se dressent comme des sosies de guerriers sont connus comme «kisilyakhi», du mot «kisi» signifiant homme.

Karpukhin ajoute : « Même si on peut comprendre de façon scientifique comment de telles formations minérales se construisent au fil du temps, cela ne m’a pas empêché d’avoir l’impression de découvrir les merveilles réalisées par de mystérieuses civilisations anciennes. Ce paysage sur le territoire d’Ulakhan-Sis devrait être enregistré au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, tout comme la Cappadoce (en Turquie). »

L’élégante skyline de la City de granite. ©Redbull

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