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La haute montagne est en première ligne face au réchauffement climatique. Après une soirée de lancement à Grenoble ce 12 février, Mountain Wilderness lance le mouvement Encordés pour le climat, le 9 mars à Grenoble. Avec l’idée que tous les passionnés de montagne puissent témoigner, en ville, de ce qu’ils voient là-haut, sur les montagnes sentinelles.

C’est une évidence : le réchauffement climatique est là et frappe de façon brutale les montagnes. L’été 2018 a été celui des éboulements dans les massifs alpins : dans le Mont-Blanc citons ceux du Trident, des Cosmiques, du Petit Grépillon. Dans les Écrins, c’est l’éboulement massif du glacier Carré à la Meije, condamnant la voie normale, qui a marqué les esprits. Provoqués par le dégel du permafrost, ces éboulements sont le versant visible des bouleversements climatiques en cours. La haute montagne s’en trouve plus rapidement affectée ou du moins de façon plus criante. En 2017, c’est un pan entier de l’Aiguille du Midi (éperon Tournier) qui s’est écroulé, et le retrait glaciaire s’est accéléré. Ce mardi 12 février se tenait à Grenoble une soirée Grenoble Montagne, organisée par l’association Grimpeurs des Alpes et le soutien de Mountain Wilderness pour expliquer à quel point la haute montagne est en première ligne face au réchauffement climatique. Sentinelles du climat, les montagnes témoignent de l’accélération du changement climatique.

 

La soirée du 12 février à Grenoble, lancement de l’Appel du 9 mars pour les montagnes Sentinelles du climat.  ©Arthur Lachat

Fredi Meignan raconte la terrible journée du 7 août 2018, l’éboulement de la Meije. ©Arthur Lachat.

Devant le réchauffement

Devant une salle comble, Fredi Meignan, gardien du refuge du Promontoire, a raconté sa drôle de saison 2018. Une Meije déserte depuis le 7 août, date de l’éboulement. Une icône de la montagne et les alpinistes touchés en plein cœur. « La plupart des activités de montagne sont impactées. Là-haut, on voit ce que ceux d’en bas ne voient pas forcément » a témoigné Fredi Meignan, également président de Mountain Wilderness, qui ajoute : « là-haut, nous, gardiens, alpinistes ou simples randonneurs, nous sommes de plus en plus des sentinelles, témoins de dérèglements climatiques graves ». Le débat n’est plus de savoir quelles conséquences peuvent produire le réchauffement climatique, mais dans quelles proportions celui-ci va se développer, ce qui déterminera l’importance, et disons-le, l’extrême gravité des changements à venir.

Là-haut, on voit ce que ceux d’en bas ne voient pas. Frédi Meignan.

Un impact énorme

À l’instar de Ludovic Ravanel lors du Sustainable Summits, l’hydro-climatologue Thierry Lebel, chercheur à l’Institut Géosciences de l’Environnement de Grenoble, invité de la soirée, a rappelé les faits scientifiques avérés : « depuis quinze ans il s’est produit une succession d’éboulements majeurs entre 3300 et 3700 mètres ». Avant d’enfoncer le clou, sur le spectre beaucoup plus large du réchauffement : « ces phénomènes vont impacter sévèrement jusqu’à un milliard de gens sur la planète. Et provoquer des vagues énormes de migrants climatiques ». Devant une salle concernée, mais qui retenait son souffle, Thierry Lebel a détaillé les scénarios dessinés dans les travaux du GIEC auxquels il a contribué, soulignant que l’hypothèse optimiste d’un réchauffement de 2 degrés, objectif possiblement inatteignable, n’était, d’une part qu’une moyenne entre différentes régions de la planète, et d’autre part, que les montagnes pouvaient elles subir un réchauffement supérieur, aux conséquences importantes, telle que l’élévation de la limite-pluie neige de 600 à 900 mètres d’altitude plus haute que les limites pluvio-nivales actuelles.

Les conséquences du réchauffement expliquées par le scientifique Thierry Lebel.

Une soirée animée par Jocelyn Chavy. Photos © Arthur Lachat

Alors que faire ? Fredi Meignan a rappelé que la montagne est un territoire d’«expériences de vie extraordinaires » et que l’on pouvait voyager dans Belledonne ou dans des massifs de proximité, en prenant le temps d’y passer plusieurs jours au lieu d’empiler les sorties à la demi-journée. Face au climat, et face au possible choix cornélien entre en atténuer les dégâts ou s’y adapter, Thierry Lebel en a souligné les enjeux, face auxquels l’éboulement de la Meije peut paraître dérisoire. Pour autant, les sentinelles du climat que sont les montagnes peuvent permettre à un plus large public d’entendre l’alerte climatique. C’est que souhaite faire Mountain Wilderness avec l’Appel du 9 mars, Encordés pour le climat. Ce jour-là, tous les amoureux de la montagne sont invités au sommet de la Bastille, à Grenoble, pour descendre jusqu’au centre-ville, encordés, dans la symbolique de ceux qui viennent témoigner de ce qu’ils ont vu là-haut : rochers qui s’effondrent, glaciers qui rétrécissent, cols infranchissables.

Encordés pour le climat, le 9 mars à Grenoble.

Ce rassemblement, à l’initiative de Mountain Wilderness, s’inscrit dans une démarche plus globale qui se déroulera au cours de l’année 2019. Dix rendez-vous seront ainsi fixés dans dix grandes villes de France pour alerter et partager les témoignages d’en haut sur la situation dramatique de nos territoires de montagne, prémices des modifications mondiales. Avec pour objectif de porter à connaissance et d’imaginer ensemble les solutions à mettre en œuvre au sein des territoires de montagne, en lien avec la ville, pour qu’un autre demain soit possible.

Comme d’autres acteurs institutionnels, associatifs (outre Mountain Wilderness, citons, entre autres, Protect Our Winters ou la FFME) ou privés, Alpine Mag se joint au mouvement Les Montagnes Sentinelles et vous invite à participer au rendez vous du 9 mars, Encordés pour le climat, à Grenoble. Plus d’infos sur le facebook de Mountain Wilderness France ou à cette adresse : [email protected]