Il ne se passe plus une semaine sans que le projet Jeux Olympiques Alpes 2030 ne soit pris d’une violente secousse. La dernière date d’hier, elle atteint 8 sur l’échelle de Richter : c’est l’énième démission d’un gros bonnet du COJOP.
Le plus dingue ? En apparence, tout le monde fait comme si les Jeux allaient avoir lieu. La Région Auvergne Rhône Alpes continue ses campagnes régulières de promotion des JO 2030 sur les abribus en évitant soigneusement la métropole de Grenoble. Côté Alpes du sud, les habitants de Montgenèvre ont appris qu’un déluge d’argent public (plus de 26 millions d’euros) était « prêt à être débloqué » par la SOLIDEO (l’agence qui va gérer et construire les infrastructures des JO) pour « remodeler le front de neige » et « transformer » le site pour les compétitions de 2030.
Dans les faits, rien ne va plus. Au moment même où Edgar Grospiron défend, à Milan, l’avancement du projet des JO 2030 au sein du CIO, une nouvelle démission de poids frappe de plein fouet le comité d’organisation. Le départ de Bertrand Méheut, en charge du comité des rémunérations (dont celles des salariés et des membres du COJOP), n’est pas une anecdote de plus dans ce mauvais feuilleton : c’est la démission de trop.
Dans le courrier du démissionnaire que s’est procuré le journal l’Équipe, Bertrand Méheut tacle Grospiron, et pas qu’à moitié. Il n’est pas le premier à le faire. Il est le dernier d’une longue liste. Une démission qui survient dans un contexte délétère, souligne cette fois le Parisien : des notes de frais « pas soutenables », des utilisations indues de cartes bancaires au sein d’un COJOP au bord de l’implosion.
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Montgenèvre. Source : Solideo
Résumons. Depuis décembre dernier, le COJOP n’a cessé de voir partir des personnalités de premier plan. En l’espace de deux mois, Anne Murac, directrice des opérations, puis Arthur Richer, directeur de la communication, ont jeté l’éponge après des mois de controverses internes. À cela s’ajoute le refus de Martin Fourcade et de Tony Estanguet de continuer de participer au projet, les deux hommes ayant claqué la porte du COJOP.
Si Méheut, ex-patron du groupe Canal+ et du PMU, tourne définitivement le dos au projet, ce n’est pas pour un simple désaccord de méthode : c’est parce qu’il identifie une dérive structurelle du COJOP lui-même. Dans sa lettre de démission rendue publique par L’Équipe, Méheut dénonce clairement une « dérive importante qui (le) conduit à douter du succès du projet que ce soit en matière de délais et de coûts. »
Méheut prédit « une démotivation profonde des équipes (…) et des nouvelles démissions. » Edgar Grospiron, président du COJOP ? Éparpillé façon puzzle : « Le président, accompagné en principe d’un directeur général exécutif, se comporte comme s’il était président-directeur général, hors de tout contrôle, sans en avoir la compétence. »
« Le président [Grospiron] se comporte comme s’il était président-directeur général, hors de tout contrôle, sans en avoir la compétence ». Bertrand Méheut, démissionnaire du COJOP
Ce qui pouvait être jusqu’ici un beau rêve sportif créé ex-nihilo par deux présidents de région (Wauquiez et Muselier) devient une farce. Un cas exemplaire de déni institutionnel et de dissonance cognitive collective.
Mais, dès la semaine dernière, le vent a tourné, lorsque le tribunal administratif de Marseille a rendu une ordonnance qui constitue à la fois un désaveu pour les instances du projet et une victoire pour les citoyens et territoires qui réclament plus de transparence.
Dans cette décision – contestée en cassation – le juge a enjoint à la SOLIDEO de publier l’ensemble des objectifs et des caractéristiques des ouvrages qu’elle prévoit, ainsi que sa décision de saisir ou non la Commission nationale du débat public, en vertu des obligations prévues par le code de l’environnement et la jurisprudence administrative.
En résumé ? Ce cumul – décision du tribunal, démissions en cascade – ne peut plus être balayé d’un revers de communication. Ce n’est plus seulement une affaire de gestion interne ou de contrôle des coûts.
C’est désormais une question de démocratie dans les régions concernées, de droit des citoyens à connaître et à débattre des projets qui transformeront leurs montagnes, leurs économies, leurs vies. Et plus que jamais, la légitimité de ces JO 2030 apparaît douteuse, comme une figure imposée plutôt qu’un rêve partagé.

