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Ce qu’on appelle l’intuition

Le groupe a bouclé sans encombre son raid à skis.
Ce n’était pas joué d’avance. Le contexte nivologique était délicat. Passer au bon endroit à la bonne heure selon la bonne trajectoire. Des avalanches avant, après ou pas loin avaient confirmé les justes choix, les décisions adaptées. De ces journées où l’on serre tout ce qu’il est possible de serrer, les rangs, les fesses et les dents.
Au parking du retour, la tension aussi est redescendue, le plein plaisir a repris sa place. L’un du groupe a dit qu’il aurait été profondément vexé de mourir enfoui sous une avalanche. La tentation de l’humour est un signe que tout va mieux. Puis l’ensemble du groupe a remercié le leader de sa pleine maîtrise du sujet, louant son flair sans faille, son sens de l’itinéraire, cette distinction que personne ne boude car elle dit le don, la connexion aux éléments, ce dialogue secret avec les montagnes. L’Homme moderne aime qu’on le dise encore un peu des bois, encore un peu animal.
En somme, c’est l’intuition qui était célébrée. Cette chose autrement plus noble que le labeur. Sauf qu’en montagne ou ailleurs, l’intuition, ça n’existe pas. Ou si peu. C’est une vérité que l’on peine à se dire car nous l’aimons cette vie qui se lit dans les signes et les signaux mais c’est ainsi. Ce que l’on croit être de l’intuition, cet instinct dont on aime se parer, s’appelle autrement et évolue selon où nous en sommes d’apprendre la montagne ou

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