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On rentre en montagne comme en religion, la tête pleine de récits d’ascensions aux couleurs fluos et cheveux au vent. Pourquoi tant d’importance accordée à cette double décennie entre la fin des sixties et le début des années 1990 ? Nous avons demandé à Vivian Bruchez, Symon Welfringer et Yves Ballu d’éclairer nos croyances alpinistiques. Première partie de ces regards croisés entre pratiquants et historien.

Pourquoi cette impression, dès le mot alpinisme prononcé, de brancher Radio Nostalgie ? Comme si on était resté bloqués à une époque, toute en premières audacieuses, solos inscouciants et collants fluos. Faire de la montagne, entendre par là de l’alpinisme, revient parfois à rentrer en religion. Main droite, le saint piolet (désormais sans dragonne), main gauche le livre rouge, sorte de raccord biblique aux Saintes Ecritures des pionniers. Les années 60-90, comme un âge d’or de la mythologie alpine, semblent avoir créée un référentiel à connaître pour qui veut se déclarer montagnard. Une période qui coïncide avec le renouveau d’un alpinisme de difficulté, engagé et très médiatisé, et avec la fin des grandes premières exploratoires sur les 8000 himalayens (le Shishapangma et ses 8027 m est vaincu en 1964).

La religion montagnarde repose dès lors sur quelques piliers immuables semble-t-il. Un pèlerinage à Chamonix après avoir lu La Montagne Nue de Messner, les références cinématographiques idoines (« Quoi ? T’as pas vu Sur le fil des 4000 ? Le film de Berhault ? »), le partage d’anecdotes bibliques comme celle de « la paroi, déjà verticale, [qui] se redressait encore » de Livanos ou « le verre d’eau et le sandwich » de Patrick Edlinger.

Idem en refuge, avec les vieux magazines qui relatent encore et toujours les mêmes mythes, impressionnants certes, vendeurs encore plus, mais qui ne se renouvellent pas. Comme sur Radio Nostalgie, la même playlist en boucle. Pourquoi, en dehors du cercle d’initiés, est-on toujours capable de citer ces pionniers d’antan, sans connaître les nouveaux arrivants ? Qui, mis à part le petit cercle de journalistes et professionnels de la montagne, peut citer de tête Tamara LungerTom BallardSymon WelfringerYannick GrazianiSean Villanueva… etc ? A part Elisabeth Revol dont tout le monde connaît la tragédie, qu’elle nous-a elle-même confiée, et quelques figures comme Kilian Jornet, la liste est courte.

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Faut-il de croire en de nouveaux mythes et, si oui, lesquels ? Parce que l’Histoire se raconte par ceux qui la font et ceux qui l’écrivent, il est nécessaire de croiser les regards : Vivian Bruchez est un skieur de pente raide qui réinvente la discipline et redécouvre les massifs des Alpes. Yves Ballu découvre la montagne et l’escalade au milieu des années 1960. Historien amateur mais non moins expert en la matière, il se passionne pour l’Histoire de la montagne telle qu’elle est racontée par les médias. Il est l’auteur entre autre de La Montagne sous presse, 200 ans de drame et d’exploits (Editions du Mont-Blanc). Symon Welfringer enfin, fer de lance de la nouvelle génération des alpinistes de haut niveau, rêve d’ouvrir un nouveau chapitre de l’Histoire de l’alpinisme, entre difficultés techniques et altitudes himalayennes. (…)

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