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On rentre en montagne comme en religion, la tête pleine de récits d’ascensions aux couleurs fluos et cheveux au vent. Pourquoi tant d’importance accordée à cette double décennie entre la fin des sixties et le début des années 1990 ? Nous avons demandé à Vivian Bruchez, Symon Welfringer et Yves Ballu d’éclairer nos croyances alpinistiques. Première partie de ces regards croisés entre pratiquants et historien.

Pourquoi cette impression, dès le mot alpinisme prononcé, de brancher Radio Nostalgie ? Comme si on était resté bloqués à une époque, toute en premières audacieuses, solos inscouciants et collants fluos. Faire de la montagne, entendre par là de l’alpinisme, revient parfois à rentrer en religion. Main droite, le saint piolet (désormais sans dragonne), main gauche le livre rouge, sorte de raccord biblique aux Saintes Ecritures des pionniers. Les années 60-90, comme un âge d’or de la mythologie alpine, semblent avoir créée un référentiel à connaître pour qui veut se déclarer montagnard. Une période qui coïncide avec le renouveau d’un alpinisme de difficulté, engagé et très médiatisé, et avec la fin des grandes premières exploratoires sur les 8000 himalayens (le Shishapangma et ses 8027 m est vaincu en 1964).

La religion montagnarde repose dès lors sur quelques piliers immuables semble-t-il. Un pèlerinage à Chamonix après avoir lu La Montagne Nue de Messner, les références cinématographiques idoines (« Quoi ? T’as pas vu Sur le fil des 4000 ? Le film de Berhault ? »), le partage d’anecdotes bibliques comme celle de « la

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