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L’alpinisme des années 2010 ? Comme on l’a écrit dans la première partie de ce bilan, la décennie n’a manqué ni d’exploits, ni d’ascensions flamboyantes. Les Alpes semblent devenir un stade dédié à la vitesse, tandis que l’himalayisme se voit plus que jamais partagé entre deux styles, l’un, commercial quoique parfois novateur, et l’autre, forcément plus épuré. Voici la seconde partie de notre bilan de l’alpinisme des années dix. 

Alex Honnold n’est pas le seul à imprimer la décennie de sa marque solitaire et pas si désinvolte : Colin Haley, alpiniste méticuleux, va passer sa décennie à réaliser de très belles ascensions en solitaire, dont la plus belle est sans doute la première solitaire de la Torre Egger en janvier 2016, lui qui est un spécialiste de la Patagonie (premier solo du Fitz Roy par le Supercouloir en 2009, 2e solo par la California en 2015 !). La même année, Colin boucle The Infinite Spur sur le Sultana en Alaska (première solo, et temps canon de 12h29). 2017 le voit avaler en courant l’éperon nord du Begguya en Alaska, et en 2018 la voie Cassin au Denali avec un solo en un temps record (8h07 sur une voie qui prend trois jours).

Solitaires

Autre solitaire, Hansjörg Auer réussit de cette façon le Lupghar Sar au Pakistan (en 2018), comme David Lama, qui réussit la même année le Lunag Ri (6907m) au Népal. Ces deux alpinistes, sans doute parmi les plus talentueux de la décennie, disparaissent en avril 2019 au Pic Howse (Canada), avec un troisième compagnon, Jess Roskelley : le monde de l’alpinisme est en deuil. Surdoué de l’escalade, David Lama avait délaissé l’escalade pure pour l’altitude et l’aventure avec un grand A. La décennie avait (mal) commencé quand sous prétexte de libérer la voie du Compresseur au Cerro Torre, les guides et compagnons de Lama ont placé 700 mètres de cordes fixes… et un bon gros paquet de spits. La polémique avait lieu d’être, et Lama revint sur les lieux plus humblement deux ans plus tard et réussit à libérer la voie, dont les dernières longueurs venaient d’être déséquipées par le jeune duo américain Jason Kruk et Hayden Kennedy, une cordée qui faillit être lynchée par les locaux furieux de voir la voie du Compresseur (re-)devenir extrême – et le Cerro Torre par la même occasion. Kennedy a par ailleurs réussi avec Kyle Dempster une voie majeure au Baintha Break (au Pakistan) en 2013.

Solitaires II

Dans les Alpes, deux autres solitaires font parler d’eux. Le premier préfère pourtant se taire : Tom Ballard, le fils de l’alpiniste anglaise Alison Heargraves, se lance dans une série de solos époustouflants, d’abord dans les Dolomites, puis dans son projet « Starlight and Storms » (hommage au livre éponyme de Rébuffat) en enchaînant les six faces nord « classiques » des Alpes en solitaire l’hiver (2015) : le dernier plus grand projet réussi en solo dans les Alpes ? (…)

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