L’aiguille du Tour version alpi-bike

Vtt et piolet dans le Mont-Blanc

Qui n’a jamais pensé à raccourcir une marche d’approche ou à la rendre plus fun avant d’entrer dans la pleine verticalité ? S’amuser un peu plus à la descente ? Avec les nouveaux modèles de VTT électrique, il est facile de parcourir de longues distances, plus ou moins raides, avec un sac d’alpinisme sur le dos. Démonstration à l’aiguille du Tour, dans le Mont-Blanc, avec deux représentants de chaque discipline : Justine Tonso, qui court en coupe du monde de E-MTB cross-country avec Lapierre, et Damien Marchini, guide à la Compagnie des guides de Chamonix.  

Vallorcine, 30 juin 2022. Un lieu de départ apparemment étonnant pour rejoindre le refuge Albert 1er, niché en bordure du glacier du Tour, dans la vallée d’à-côté. C’est pourtant de là que l’on rejoint le plus facilement le col des Posettes, par une pise forestière progressive, avant de poursuivre à flanc de montagne vers le lac de Charamillon. Plus long en distance que depuis le hameau du Tour ? Oui, mais plus facile en VTT à la montée et plus ludique à la decente grâce au petit bonus des pistes du bike-park de Balme.
Entre deux ? Une magnifique ascension de l’arête intégrale de la Table, à l’aiguille du Tour, tour complet et ludique, alliant la verticalité de la grimpe et la glisse du vélo. Let’s go.

Au départ de Vallorcine. ©Ulysse Lefebvre

Oubliez les étiquettes, bienvenue dans le monde des enthousiastes tout azimut. Justine Tonso, qui collectionne les podiums en coupe du monde de VTT électrique catégorie cross-country (on dit « E-MTB XC » chez l’Union cycliste internationale), n’est pas née de la dernière neige. Ce n’est pas parce qu’elle passe ses étés sur deux roues qu’elle ne sait pas manier une paire de crampons et pour cause : la jeune vésubienne de 22 ans a déjà 4 médailles de championne du monde en ski-alpinisme, et d’innombrables titres européens et français. Alors certes, ses crampons à elle sont d’ordinaire plutôt légers, en alu, mais cette fois elle embarque de vrais crampons acier, des fois qu’il faudrait rayer le granite d’une arête enneigée.

Côté pluridisciplinarité (répétez trois fois rapidement), Justine est bien placée : « Il y a beaucoup d’athlètes qui cumulent le ski-alpi et le trail. Mais c’est plus rare avec le VTT. » Et il faut croire que ça marche puisque Justine collectionne en ce moment même les podiums sur le World e-Bike Series.

Pause au col des Posettes. ©Ulysse Lefebvre

Le sentier se fait plus aérien passé le lac de Charamillon. ©Ulysse Lefebvre

A ses côtés, pour faire cordée, Damien Marchini, jeune guide de la compagnie de Chamonix. Lui aussi touche à tout, il est en train de passer son diplôme d’Etat pour enseigner le VTT. D’ailleurs, il ne parle que de vélo sur le parking, les yeux ébahis devant les magnifiques vélos enduro électriques que la marque Lapierre, sponsor de Justine, a mis à notre disposition pour monter à Charamillon : les derniers Overvolt GPL2 Team et GPL2 Elite dont la puissance et la legereté devront pour l’instant nous permettre de monter les quelques 15km et 1450m de dénivellé positif prévus via le col des Posettes. 

Objectif immédiat : limiter le poids des sacs, dans un subtil équilibre entre confort sur le vélo (pour le plaisir de rouler) et matériel nécessaire à l’ascension (pour la sécurité de grimper). L’objectif de l’arête intégrale de la Table permet d’emmener un seul brin de 30m, peu de quincaillerie (on progresse essentiellement à corde tendue) et la nuit au refuge Albert 1er évite le matériel de bivouac. Ajoutez tout de même quelques outils et une pompe à vélo au cas-où, et vous obtenez un sac mixte alpi-bike bien ficelé. 

©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

Piolet carbone, cadre de vtt carbone, what else ? ©Ulysse Lefebvre

La montée par la piste qui traverse la forêt des Aiguillettes est progressive et en pente douce. Elle permet de rejoindre facilement le col des Posettes pour basculer versant Balme. On poursuit ensuite vers l’arrivée du télésiège des Autannes. De là, la piste se transforme en chemin plus cahotique. Chacun décidera de poursuivre ou non l’approche à vélo selon son niveau technique et ses envies. Notez qu’arrivés à ce point, nos batteries de 500Wh n’étaient pas déchargées, malgré une position « Turbo » utilisée (sans vergogne) tout au long de la montée ! 

©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

L’aiguille du Tour et sa « table » caractéristique visible depuis le refuge ALbert 1er. ©Ulysse Lefebvre

élec ou non-elec, là est la question !

Passé Charamillon, difficile de rester sur le vélo. On les attache, dans un coin tranquille. Il faut alors poursuivre plus classiquement à pied pour remonter la moraine menant au refuge Albert 1er. Là, la cuisine du refuge tient ses promesses et le repas est propice à l’une des questions existentielles des cyclistes d’aujourd’hui : élec ou non-elec, là est la question !

La réponse de Justine est double : « D’abord, l’élec te permet évidemment de parcourir de plus grandes distances et à un rythme bien plus soutenu. Ceux qui croient encore que ce n’est pas du sport, je leur dis de venir nous voir en compétition. Quand je fais une boucle en vélo musculaire, je la fais 7 fois en électrique. On est toujours à puissance max et c’est un pilotage complètement différent à cette allure ». Voilà pour les motivations techniques.

De manière plus personnelle, Justine avoue aussi le renopuveau apporté par la discipline : « J’ai traversé une période difficille il y a quelques années, à tel point que j’avais du mal à garder la motivation pour l’entraînement à vélo. Et puis un copain m’a parlé de l’électrique et j’ai essayé. Ca m’a clairement redonné goût au vélo et puis j’ai continué. Aujourd’hui, je prends énormément de plaisir à l’entrainement et en compétition« .

L’e-MTB, une discipline en plein essor qui apporte un vent de fraicheur le vélo ?

©Ulysse Lefebvre

Départ nocturne avec le Chardonnet en arrière-plan. ©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

Des guides de haute-montagne à vélo ? 

L’idée de combiner VTT et alpinisme fait son chemin aussi à la Compagnie des guides de Chamonix. Daniel Rodrigues, directeur de la Compagnie a bien senti l’essor du VTT électrique mais aussi le goût des pratiquants pour des sorties mixtes : « On commence peu à peu à proposer des courses avec approche à vélo. L’électrique ouvre à un plus large public. On a des idées pour développer le principe à plusieurs courses. » L’électrique n’est pas dépourvu de sens dans une vallée aux versants abrupts, dès lors qu’on évite les remontées mécaniques. Développer l’offre doit aussi permettre de contenter une clientèle en croissance constrante. « Dans l’immédiat, on pense surtout à former les guides au monitorat VTT. Il ne sont que qtautre actuellement à la compagnie« . Damien est en plein dedans. Parlez-lui de l’épreuve numéro 2 de trial, vous comprendrez le niveau élevé requis pour pouvoir enseigner le VTT aujourd’hui. 

Dans le bas de l’arête intégrale. ©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

Relais confortable à la « Table ». L’arête se poursuit à droite jusqu’au sommet. ©Ulysse Lefebvre

L’arête intégrale de la Table

La Table, c’est cet espèce de megalithe horizontal posé sur l’arête et bien visible depuis le refuge. Vers cette Table, on peut gravir le couloir éponyme (gafe aux chutes depierre en ce moment, et très en glace) ou l’arête que l’on peut prendre à l’aplomb de la table ou plus en aval. C’est cette dernière solution que nous choisissons, histoire de prendre pied au plus tôt sur le bon granite de l’aiguille du Tour. Au loin, le Chardonnet s’illumine aux premières lueurs.

©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

L’un des quelques passages d’escalade verticale de la course. ©Ulysse Lefebvre

L’itinéraire est assez évident, même si plusieurs variantes d’attaque permettent de rejoindre le fil. Dans un niveau technique modéré (AD, 4c max), cet itinéraire permet de découvrir la progression sur un fil aérien, dans un cadre grandiose. On croise d’ailleurs peu de monde au départ, en comparaison de l’attaque classique de l’arête, sous la Table et plus encore bien sûr, par rapport à la voie normale, en sud-est. C’est par là qu’on redescendra pour rejoindre le refuge et reprendre des forces gràace à la fameuse « croûte », mélange de pain, jambon, fromage, oignons à vous requinquer pour un moment.  

©Ulysse Lefebvre

Au sommet ! ©Ulysse Lefebvre

Sortie alpi-bike oblige : la pompe à vélo et les chambres à air sont restées dans le sac jusqu’au sommet ! ©Ulysse Lefebvre

Premiers tours de roues dans la descente. ©Ulysse Lefebvre

Les joies nouvelles de la descente

Avouons qu’il est assez agréable de se dire qu’à peine 45mn de marche depuis le refuge suffiront à retrouver nos montures pour ensuite dévaler les pente de Balme puis Vallorcine sans effort. Mieux ! Sans effort et avec fun puisque, cerise sur le gâteau, on rejoint Vallorcine par la belle pise noire du bike park.

Alors certes, on envoit pas dans le park avec piolet, crampons, grosses aux pieds et corde dans le sac comme on roulerait habitellement, plus léger, mais quand même : que c’est bon d’enchainer les virages relevés, les petits sauts et les pentes raides de la piste, et d’être en bas en quelques minutes !

Virages relevés dans le bike park pour Justine, dans un style très alpin. ©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

Même avec les grosses chaussures et un piolet sur le dos, Justine attaque ! ©Ulysse Lefebvre

 

De retour à Vallorcine, ce n’est pas la sensation de fatigue qu’on ressent au parking mais bien une excitation de gamins qui viennent de prendre leur pied, se racontant leurs exploits dans les différentes parties de la piste. D’ailleurs, on se prête même à jeter un oeil à l’état de charge de la batterie. Il en reste un peu pour une dernière descente. Chiche ? 

A plus ! ©Ulysse Lefebvre

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