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Le Rassemblement des Glaciairistes a trente ans. Imaginé par le regretté Gérard Pailheret, l’événement devenu ICE Climbing Ecrins (30e édition cette année) a attiré comme un aimant des générations d’alpinistes passionnés de cascade de glace. Je me souviens des histoires improbables, de rencontres fantastiques avec les affamés de glace et les prophètes du dry tooling. L’Argentière est à la glace ce que le Louvre est à l’art : les meilleurs y ont leurs oeuvres accrochées quelque part, dans le pli d’un vallon ou la mémoire des alpinistes. Alors voici mes fragments d’histoire.

Je me souviens. Les piolets avaient cessé d’être droits, mais n’étaient pas encore courbés comme ils doivent l’être. La voix chaleureuse à l’accent méridional de Gérard Pailheret nous accueillait. « Comment tu vas ? » Sourire fendant la poire, Gérard était synonyme de générosité, et c’est pour cela qu’il avait décidé de partager sa passion pour la glace en créant le rassemblement des glaciairistes, alias les Internationaux de Cascade de Glace de l’Argentière-la-Bessée, une idée pondue avec deux copains glaciairistes et CRS, Robert Balestra et Guy Cavarec. L’anglicisme ICE n’existait pas, puisqu’on disait «tu vas au Rassemblement ? » Question à laquelle l’interlocuteur répondait généralement « bien sûr ».

Je me souviens de ce bout du monde des Hautes-Alpes, toujours soumis à l’ouverture aléatoire du col du Lautaret pour les nordistes que nous sommes. Mon premier rassemblement, c’était des rencontres avec les idoles de la glace. Ceux qui ne reculaient devant aucun glaçon, si détaché de la paroi qu’il fut. Le mot « free standing » était dans toutes les bouches, mais pas dans toutes les mains, même avec le dernier Charlet Moser. François Damilano se dévouait pour les télés, et inlassablement, gravissait le même tube au Fournel sous l’oeil ébahi des cameramen parisiens.

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