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Qui y a t-il de commun entre l’alpinisme, les dessins sur le sable de Vanuatu et l’isopolyphonie albanaise ? Ils sont tous les trois inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. L’alpinisme, ou l’art de gravir les montagnes, a été admis à cette liste officielle le 11 décembre lors d’une cérémonie à Bogota. Ce vendredi dans trois cités alpines (Chamonix, Courmayeur, Orsières) des trois états alpins à la source du projet se tenait un raout pour célébrer l’évènement. Mais à quoi sert cette inscription ?

En 2001, l’Unesco, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, a décidé que protéger des monuments ne suffisait pas : la culture de l’humanité ne peut se résumer à des vieilles pierres, même inestimables .

Selon la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel adopté le 17 octobre 2003 le patrimoine culturel immatériel (PCI) – ou patrimoine vivant – est la source principale de notre diversité culturelle et sa continuation une garantie pour une créativité continue et est défini ainsi :

Le patrimoine culturel immatériel

« On entend par patrimoine culturel immatériel les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire – ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés – que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d’identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine. Aux fins de la présente Convention, seul sera pris en considération le patrimoine culturel immatériel conforme aux instruments internationaux existants relatifs aux droits de l’homme, ainsi qu’à l’exigence du respect mutuel entre communautés, groupes et individus, et d’un développement durable. » (source wikipedia)

Le guide Mathieu Mayandier et son client à la brèche de la Meije. ©Jocelyn Chavy

Une candidature portée par trois pays alpins

Depuis 9 ans, la candidature pour l’inscription de l’alpinisme au PCI de l’Unesco est portée par les pays du Mont-Blanc. Elle est partie des pays alpins, mais d’une volonté internationale : France, Suisse, Italie. Le comité de pilotage conduit par Claude Marin et Claude Gardien a ainsi listé les critères de l’alpinisme répondant aux critères demandés pour l’inscription au PCI. Tout d’abord, l’alpinisme a une histoire, vivante à travers ses traditions. Ensuite, l’alpinisme a, aux origines, un ancrage local, les Alpes et plus précisément les pays du Mont-Blanc. Troisièmement, le critère de la représentation internationale est rempli : aujourd’hui, l’UIAA représente les alpinistes de 69 pays différents. Quatrième point : les valeurs de l’alpinisme sont universellement partagées, ainsi de la solidarité entre montagnards. Dernière critère « rempli » par l’alpinisme : il porte des valeurs de transmission, via notamment les clubs alpins nés au XIXème siècle. Le 11 décembre 2019, l’Unesco approuvait l’inscription de l’alpinisme au patrimoine culturel immatériel de l’humanité ; voir ce lien.

l’inscription au PCI de l’UNESCO doit répondre à des critères précis : sociaux, historiques, culturels.

À la Glière en Vanoise. © Jocelyn Chavy

Les critères demandés par l’UNESCO et établis pour cette inscription au PCI rendent compte de la dimension particulière, proprement sociale et culturelle, de l’alpinisme (importance des interactions entre l’homme et son environnement, mais aussi entre pratiquants, rôle de la transmission des savoirs, caractéristiques des valeurs qui animent la communauté, etc…).  Cela dessine un cadre général dans lequel l’alpinisme, en rien figé, vivra son évolution. Mais surtout, ’inscription au PCI, si elle apporte une reconnaissance prestigieuse, prévoit aussi des actions accompagnant l’évolution et la promotion de l’activité, et plus particulièrement de sauvegarde. L’alpinisme, menacé ?

Il s’agit en effet, et c’est un vrai combat actuel, de garantir ou de faire respecter un principe fondamental : le libre accès à la haute montagne. On le sait, la pratique elle-même de l’alpinisme en France est parfois remise en cause, comme en témoigne l’interdiction de l’alpinisme dans une large zone du Sancy massif Central.

Des mesures de sauvegarde seront mises en oeuvre : pour contrer l’aménagement de la montagne, la judiciarisation croissante de la pratique, qui touchent professionnels comme amateurs, et enfin, pour faire face au réchauffement climatique.

En France, des mesures sont déjà mises en oeuvre, comme par exemple l’investissement de la FFCAM pour l’amélioration des refuges, soit 26 refuges rénovés sur la période 2017-2026 pour un montant de près de 50 millions d’euros. Les trois pays porteurs du projet accepté d’inscription au PCI, France, Suisse et Italie, vont organiser des réunions pour se concerter sur les mesures à prendre. Mais l’idée est simple, directe : garder un libre accès à la haute montagne, en promouvant l’alpinisme. Et on ne peut qu’approuver !