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Treks en Himalaya

« Attention ! Plaque ! » Une alerte menaçante que l’on ne souhaite jamais vraiment entendre de la part de ses compagnons d’un jour, alors même que l’on flotte sur un manteau poudreux à souhait. Pourtant l’avalanche de plaque est la menace la plus sérieuse pour ceux qui évoluent, en montée, en descente, voire au plat, en terrain enneigé. Explications.

On parle généralement de plaque, parce que l’avalanche, au moment de son déclenchement, prend la forme d’une plaque de neige avant de s’écouler.  Pour mémoire, une plaque accidentelle mesure en moyenne 95 m de large et entre 30 cm et 60 cm d’épaisseur. Cependant, nul besoin d’un monstre pour subir de graves conséquences : les pièges de terrain peuvent s’en charger (falaise, rochers, ravines, etc.)

Cassure linéaire après le départ naturel d’une plaque. © Sébastien Escande – ANENA.

Mais pour bien comprendre les mécanismes à l’œuvre dans le déclenchement, il est sans doute préférable de parler de structure de plaque. Cette structure est composée :

  • D’une couche « fragile », de faible voire très faible cohésion, ayant la capacité de se rompre/s’effondrer, un peu à la manière d’un château de carte
  • D’une couche « plaque », relativement plus cohésive, qui surmonte la couche fragile et peut également se fissurer (rupture en traction).

Structure de plaque en place : la couche plaque, en surface, est une neige accumulée par le vent qui présente une bonne cohésion (enfoncement d’un doigt seulement). La couche fragile située juste en-dessous, composée de grains à faces planes (épisode de beau temps froid) présente une faible cohésion (enfoncement du poing). Cette structure a donné lieu à un départ naturel. © Fred Jarry – ANENA

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Mécanisme de déclenchement des plaques

Parce que les plaques sont la cause de la très grande majorité des accidents d’avalanche, leur mécanisme de déclenchement est étudié depuis de nombreuses années et est aujourd’hui bien expliqué. Trois étapes sont nécessaires au déclenchement, impliquant couche fragile puis plaque.

Étape 1 : Initiation d’une rupture dans la couche fragile.

Suite à une contrainte brutale ou une surcharge progressive de la structure de plaque, ou encore à une simple modification physique de ses propriétés, une rupture peut être initiée dans la couche fragile.

Dans le cas d’un départ de plaque naturelle, la déformation de la couche fragile est lente et les ruptures au niveau des grains, diffuses, mettent quelques minutes à quelques heures pour s’organiser en une fissure de taille critique. C’est le cas lorsque le départ est dû à une surcharge liée à de nouvelles chutes de neige, de la pluie, une accumulation par le vent ou à un réchauffement.

Dans les cas de déclenchement provoqués, les ruptures initiées au niveau de la couche fragile sont concentrées et s’organisent quasi immédiatement en une fissure de taille suffisante pour permettre la propagation. C’est le cas lorsqu’une contrainte forte et ponctuelle est appliquée sur le manteau neigeux : énergie d’un skieur, explosion dans le cadre du déclenchement préventif, chute de corniche ou de sérac, etc.

Étape 2 : propagation de la rupture de la couche fragile.

Dès que la fissure atteint une taille critique (plusieurs dizaines de centimètres à plusieurs mètres), la rupture se propage d’elle-même dans la couche fragile. Cette propagation est pilotée par le poids des couches situées au-dessus de la couche fragile. Cette rupture peut se propager sur de très grandes surfaces, tant que la couche fragile reste homogène et que la plaque, posée au-dessus, ne se rompt pas et n’arrête le processus.

Étape 3 : rupture et glissement de la plaque

Si la pente est assez forte (au-delà de 30°), les forces de friction à l’interface entre la couche fragile rompue et la plaque sont insuffisantes pour retenir cette dernière. Celle-ci se rompt et glisse dans la pente.

 

Ce mécanisme permet donc d’expliquer, notamment, comment un skieur peut :

  • Provoquer, à lui seul, le départ de plaques de quelques tonnes et dizaines de mètres de large comme de plusieurs milliers de tonnes et centaines de mètres de large : une fois le château de carte localement effondré sous les skis, la plaque pilote la propagation de la rupture dans la couche fragile indépendamment de la contrainte du skieur.
  • Provoquer un déclenchement à distance, alors même qu’il évolue au plat : initiée sur le plat, la rupture dans la couche fragile peut se propager rapidement (10 à 30 m/s) aux pentes avoisinantes d’inclinaison supérieure à 30° et conduire au décrochage de la plaque.

 

L’avalanche du 5 janvier 2015 sur la face nord de Fogliettaz en est un bon exemple :

État initial d’une structure de plaque composée d’une couche plaque et d’une couche fragile. © CEN – Météo-France.

Initiation d’une rupture dans la couche fragile : la rupture est diffuse, dans le cas d’un départ spontané. Ces ruptures diffuses peuvent s’organiser pour former une rupture macroscopique. © CEN – Météo-France.

Initiation d’une rupture dans la couche fragile : création d’une fissure macroscopique lorsque des ruptures diffuses s’organisent ou en cas de contrainte ponctuelle forte. © CEN – Météo-France.

Fort heureusement, tous les manteaux neigeux ne présentent pas de structure de plaque et toutes les couches fragiles ne sont pas constamment « actives ». Connaître les conditions météorologiques qui peuvent conduire à ce type de structure est essentiel pour la préparation et la conduite d’une sortie. Discuter des situations typiques d’avalanche sera l’objet d’un prochain article pédago.

Si vous voulez en découvrir encore un peu plus sur le sujet, vous pouvez aller visionner les éclairages pratiques d’Alain Duclos :

L’Anena  vous propose de parcourir, au fil de chroniques régulières tout l’hiver, différents éléments techniques pour acquérir des bases. Deux rédacteurs principaux se relaieront : Séb Escande, guide et formateur indépendant, sous convention avec l’Anena, et Fred Jarry, chargé de mission Anena et formateur. Nous vous donnerons, au fil de ces articles, des détails sur une série d’éléments techniques utiles pour bien préparer ses sorties, en rappelant les connaissances pratiques à conforter, mais aussi les fondamentaux d’utilisation des bulletin avalanche et autres outils de préparation.

L’ANENA propose également des formations au sauvetage en avalanche en autonomie, la saison débute, c’est le moment de réviser ou d’apprendre : www.anena-formation.com