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Cédric Gras fait partie de ces écrivains-voyageurs qui se baladent moins pour raconter leur périple que pour faire revivre celui de l’Histoire. Il dresse ici le portrait d’un alpiniste singulier, suisse, que l’internationale marxiste-léniniste va conduire au Khan Tengri, en 1936.

La célèbre écrivaine helvète Annemarie Schwarzenbach lui a consacré un livre jamais traduit en français, Ein leben für die Berge, « une vie pour la montagne » si l’on préfère. Une vie qui s’est achevée au pied du Khan Tengri, le 7000 le plus septentrional de la planète, niché au fin fond d’un Kirghizistan alors socialiste. Une vie dont il ne reste qu’une collection de superbes clichés noir et blanc entreposé dans les archives du musée alpin de Berne. La vie d’un alpiniste suisse… et militant internationaliste !

Lorenz Saladin est né dans une famille modeste de Suisse alémanique. Attiré par les cimes, il rejoint le club alpin de Zurich où il se murmure qu’il n’était pas tout à fait bienvenu en raison de son appartenance au KPS, le parti communiste suisse. Le prolétaire Lorenz Saladin adhérait en effet au marxisme-léninisme et dans ces années révolutionnaires, ses ambitions regardaient évidemment vers l’est. S’il a d’abord voyagé aux Amériques avec son père, ce sont les montagnes d’Urss qui vont devenir son destin.

Lorenz Saladin.

Khan Tengri 

Le gaillard organise des expéditions au Caucase soviétique au début des années 1930. Il vient notamment à bout de l’Ujba (4710m) et fait la connaissance du boxeur Kharlampiev qui troque régulièrement les

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