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Val Badia, Dolomites. Un homme se tue en chutant de la vire du Bandiarac, passage délicat, exposé, qui invite ceux qui le pratiquent à une périlleuse danse avec le vide. La victime n’était pas seule ; un autre homme se trouvait sur cette vire au moment de la chute. C’est lui qui appelle les secours… et qui, peu après, se retrouve placé en détention.

Car les deux hommes se connaissaient, tous les deux avaient tenté de bouleverser le Vieux Monde, quelques décennies auparavant, engagés dans une organisation d’extrême gauche qui ne craignait pas de faire parler les revolvers pour précipiter la révolution. Frères de lutte, camarades, jusqu’à ce que l’un d’eux, la victime du Bandiarac, passe de l’autre côté de la barricade et dénonce les membres de l’organisation, qui passent à l’ombre pour quelques longues années. Dès lors, le doute s’empare de l’État : accident de montagne ou meurtre en altitude ? La magistrature, qui voit dans l’affaire une occasion de se venger une deuxième fois – vengeance structurelle, limite institutionnalisée, le magistrat ayant l’âge d’être le fils de l’accusé –, semble pencher pour la seconde option.

Impossible, Erri De Luca, Gallimard, 2020.

Moi, je me bats pour mon nom et ma liberté,
pas vous

Impossible, le nouveau roman d’Erri de Luca, donne à lire l’interrogatoire de l’accusé avec un juge, pièce maîtresse d’une instruction qui, semble-t-il, peine à assembler les preuves. Une conversation qui court sur 170 pages, vive, sèche, comme un face-à-face tout en tension où

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