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Treks en Himalaya

Éloge de la hauteur

A l’heure où les pratiques évoluent et s’entrecroisent, il est toujours bon de garder un regard optimiste et enthousiaste.
Petites réflexions depuis la voie des airs,
histoire de prendre un peu de hauteur.

L’abîme défile sous mes pieds…

… un dernier coup d’œil aux crêtes des Aiguilles Rouges qui commencent à chatoyer sous les lumières de cette fin d’après-midi puis je bascule le poids de mon sac sur les maillons principaux du parapente, c’est plus confortable. Je me laisse enfin glisser dans une contemplation heureuse des sommets, suite logique et bienvenue d’une escalade qui fut fatigante.

Gagner du temps en descendant d’une course en volant n’a jamais été un objectif car j’aime trop être en montagne pour en écourter la saveur. Cela reste donc une conséquence, certes agréable et surtout salvatrice pour les genoux.

À mon goût, utiliser la voie des airs semble un moyen élégant et jubilatoire de prolonger l’esthétisme d’un itinéraire –ou d’un sommet- en lui appropriant le relief, les volumes, qu’un piéton ne peut que difficilement appréhender. On revisite le tracé, on en découvre d’autres ; des lignes élancées vous jaillissent au visage, des gouffres qui semblent sans fond se dévoilent. Tandis que vous planez l’air fouette le visage, l’œil capture des instantanés de couleurs, des sons nouveaux surgissent, tout un univers parait se mettre en mouvement.
Travaillant en tant que guide de haute montagne ainsi que dans une école de parapente, j’ai pu constater au cours de ces dernières années un retour en force du vol libre dans l’univers montagne, au même titre que le base jump ou le speedflying.

Bien entendu voler en montagne n’est pas nouveau…

… puisqu’historiquement beaucoup de pionniers furent (et sont encore) des alpinistes. Simplement, après une belle période commune, le parapente se développa principalement dans son propre univers. En parallèle, et durant un laps de temps conséquent, l’avènement progressif du style léger en alpinisme ne coïncidait plus avec l’utilisation d’ailes encore lourdes et encombrantes. Chaque sport vivait donc en regard de l’autre, s’observant, tentant parfois des rapprochements. La tentation de mettre une aile dans le sac était toujours là, et il restait bien entendu possible, moyennant un effort supplémentaire, d’aller réaliser de beaux vols montagne. Mais, dès que l’on envisageait une performance où vitesse et légèreté étaient les clés du succès, le parapente sortait de l’équation.

On peut affirmer que des progrès notables furent faits au début des années 2000 dans l’allègement de ces merveilleux chiffons, les fabricants y travaillant avec ardeur. Cependant les choses ont véritablement changé depuis 5 ans avec l’arrivée des structures monosurfaces.

Ces petits parapentes, simples à la mise en oeuvre, légers et surtout d’une compacité diabolique sont aujourd’hui à ranger dans la boite à outils de l’alpiniste 2.0

Que ce soit en vue d’un entraînement en dénivelé, d’une approche ou d’un retour de voie, poids et encombrement ne sont dorénavant plus des facteurs limitants. Chacun utilisera l’outil comme bon lui semble, mais il est à noter que ce coming-out de l’aérien dans notre discipline s’accompagne de prospectives nouvelles et intéressantes. J’en veux pour preuve la belle tentative de Julien Dusserre (guide-alpiniste) et Antoine Girard (parapentiste-alpiniste) qui essayèrent le printemps dernier, dans le Langtang, d’accéder en volant à un plateau glaciaire de haute altitude en vue de commencer l’escalade d’une voie (le dit plateau étant inaccessible à pied). Une démonstration de l’engagement possible en combinant les pratiques, une démonstration de l’ouverture du champ des possibles.

Dans les Alpes, il est également envisageable de trouver de belles choses à réaliser. Blutch (Jean-Yves Fredriksen) et son enchaînement en autonomie en vol des 3 faces nord (Eiger, Cervin, Jorasses), Julien Irilli qui –entre autres – revisite les grands solos dans la lignée des Boivin, Escoffier… On ne peut évidemment parler du parapente dans les Alpes sans évoquer cette incroyable compétition ayant lieu tous les 2 ans et qui voit s’affronter des pilotes reliant Salzbourg à Monaco, en marche et vol, le plus rapidement possible :  j’ai nommé la célèbre Red Bull X-Alps ! Pour ma part, j’éprouve un profond attachement à la possibilité d’itinérance incertaine que peut apporter une aile à notre terrain de jeu alpin. Partir d’un point, voler, se poser, gravir un sommet, repartir vers un nouvel objectif… On combine ainsi grimpe, aventure, rencontres et mobilité douce.

 One push, fast and light, hike and fly, trailers, alpirunners… aujourd’hui chacun peut avoir plusieurs terrains de prédilection, une variété de styles et passer de l’un à l’autre.

Nous vivons une période où les lignes bougent…

…où les univers s’interpénètrent. Certains s’affranchissent des codes et inventent leur propre jeu. Ils sont les vecteurs d’une dynamique vivifiante, pétillante, enthousiasmante, témoignant que rien n’est sclérosé et qu’un avenir peut- et doit – toujours se réinventer.

Toutefois, convenons-en, pour que ces disciplines coexistent harmonieusement il est indispensable que les pratiquants sachent se respecter, partager les savoir-faire et savoir-être, pour mieux appréhender, en humilité et connaissance de cause, ces terrains sur lesquels nous aimons à nous exprimer.

Bien entendu pour pouvoir combiner toutes ces pratiques il existe une impérieuse nécessité de formation. S’imaginer, par exemple, qu’il suffit de mettre une aile au-dessus de la tête et qu’ensuite tout se déroulera finger in the nose relève d’une réflexion proche d’un néant sidéral qui amènera – au mieux- à un passage au service de traumatologie. Que l’on soit un alpiniste en quête de vol montagne, un trailer émérite cherchant à optimiser sa descente (ou bien les deux), il est, de manière générale, indispensable d’apprendre de manière progressive, de se laisser un temps de maturation pour ne pas être victime du manque de discernement ou des légendes marketing qui circulent parfois dans nos communautés.
Bref : Apprenez, testez, tentez, recommencez.
Osez vivre cet enchantement du renouveau qui s’affirme aujourd’hui.
Et surtout faites attention en vous amusant !