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L’Arrêté préfectoral de protection de l’habitat naturel (APPHN) a été signé le 1er octobre 2020. Les remarques portées par les différentes structures (associatives et professionnelles) sur les recommandations et interdictions concernant l’alpinisme sur les premières versions du texte (nombre d’alpinistes par cordée, bivouac…) ont été entendues. Seule la voie de Saint-Gervais-les Bains reste concernée. Mais la pratique de l’alpinisme qui y est dessinée n’est pas conforme à la définition inscrite au Patrimoine commun immatériel (PCI) de l’UNESCO, il y a 10 mois à peine.

Le Copil UNESCO reste sur sa faim car sa demande de retirer le paragraphe s’appuyant indûment sur le texte d’inscription de l’alpinisme sur la liste du Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) de l’humanité est restée lettre morte. Nous entendons porter à la connaissance des alpinistes le texte tel qu’il est cité dans l’APPHN et tel qu’il est écrit dans la version adoptée par l’UNESCO. Nous publions aussi le paragraphe relatif à la liberté d’accès à la montagne. L’ensemble du texte est consultable sur le site de l’UNESCO.

Sur la voie normale du mont Blanc, le couloir du Goûter, avec ses équipements en question. ©Ulysse Lefebvre

L’attendu s’appuyant sur le texte d’inscription de l’alpinisme au PCI de l’UNESCO arrive en deuxième position d’une liste qui en comporte 19. Il apparaît ainsi comme un des fondements de cet Arrêté de prefectoral :

VU l’inscription de l’alpinisme, en décembre 2019, au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, qui met notamment en valeur l’importance de « la connaissance de l’environnement de la haute montagne », des références esthétiques telles que « la communion avec les milieux naturels traversés » ou encore des principes éthiques tels que « ne laisser aucune trace de son passage » et propose des mesures de sauvegardes telles que « la prévention des risques liés à la banalisation des pratiques et de leurs lieux d’exercice et le renforcement de la veille préventive face aux atteintes à l’environnement » ;

D’un autre côté, le passage relatif à la « banalisation des lieux d’exercice » se trouve dans les « Mesures de Sauvegarde » du texte Patrimoine commun immatériel de l’UNESCO  :

3. Prévention des risques liés à la banalisation des pratiques et de leurs lieux d’exercice.
L’accès à la montagne est toujours plus aménagé (routes, remontées mécaniques), afin d’accompagner le développement touristique; les cheminements jusqu’au niveau des refuges font l’objet d’un équipement et d’un balisage garantissant l’information et la sécurité des praticiens. Ces aménagements en haute montagne nécessitent des moyens et des techniques toujours plus sophistiquées, tels les perforateurs pour la pose de dispositifs de progression sécurisant l’accès aux refuges, sans banaliser l’approche de ces hauts lieux. L’esprit de découverte, voire d’exploration, l’immersion dans un environnement sauvage et la recherche d’un contact non médiatisé entre le pratiquant et son milieu tendent à s’effacer, comme la culture de l’alpinisme. Afin de contrer cette évolution et d’affirmer l’esprit de l’alpinisme, des mesures nouvelles viendront compléter l’existant. Dans les Parcs nationaux, si l’accès aux sites d’escalade et à la haute- montagne est libre pour les alpinistes, l’aménagement de sentiers pour les marches d’approche et l’équipement des lignes d’ascension pour en faciliter la fréquentation feront l’objet de concertations et de conventions entre les autorités gestionnaires des Parcs et les Clubs alpins. Hors du périmètre des parcs nationaux, collectivités locales et communautés se concertent déjà et renforceront leur coopération pour surveiller et contrôler l’équipement des voies. L’accès de certains sites naturels continuera à être réglementé, afin de préserver la faune, comme pour les parois accueillant la nidification du gypaète barbu, rapace en voie de réintroduction, facteur d’équilibre de l’écosystème.

Réglementer la voie normale du mont Blanc, ou réglementer l’alpinisme ? ©Ulysse Lefebvre

Le retour de l’itinéraire du Goûter
vers un alpinisme traditionnel
passerait plutôt par un démontage des équipements fixes qui le jalonnent

Si le souci environnemental est bien présent dans ce paragraphe, les « risques liés à la banalisation des pratiques et de leurs lieux d’exercice » y sont clairement nommés : les aménagements divers et variés qui rétrécissent l’espace alpin, en surface comme en spécificité.

Le retour de l’itinéraire du Goûter vers un alpinisme traditionnel passerait plutôt par un démontage des équipements fixes qui le jalonnent : câble du couloir, câbles et échelons de toutes sortes le long de l’arête.

En 2018, la Préfecture a lancé une consultation à ce sujet. La réponse du SNGM était : remplacement de l’aménagement facilitant la progression, au profit d’un équipement en points d’assurage, nécessitant dès lors la connaissance des techniques de base de l’alpinisme et le matériel nécessaire à leur mise en œuvre. Cette solution n’a pas été retenue.

L’entrée du couloir du Goûter. ©Ulysse Lefebvre

La réglementation instituée par le texte de l’APPHN limite la liberté de mouvement des alpinistes, et entre en collision avec le texte du PCI qui stipule, un peu plus loin, dans le même chapitre :

(ii) Comment les États parties concernés soutiendront-ils la mise en œuvre des mesures de sauvegarde proposées ?
Les trois États soumissionnaires s’engagent à respecter un principe fondamental pour les alpinistes : le libre accès à la haute montagne. Les mesures de soutien détaillées ci-dessous ont fait l’objet d’une concertation entre les États et sont déclinées selon les spécificités propres à chaque pays.

le texte de l’inscription n’a été utilisé que partiellement et partialement,
afin de fournir des extraits amputés et vides de sens.
Nulle part le texte PCI ne fait allusion à des interdictions
de quelque ordre qu’elles soient.

Il apparaît dès lors que le texte de l’inscription n’a été utilisé que partiellement et partialement, afin de fournir des extraits amputés et vides de sens. Nulle part le texte PCI ne fait allusion à des interdictions de quelque ordre qu’elles soient.

Les réglementations évoquées dans le texte de l’APHN ont été imaginées pour résoudre les « problèmes » de la voie de Saint-Gervais-les Bains. Ce faisant, elles font sortir cette voie de la pratique de l’alpinisme traditionnel. Ainsi qu’il est démontré ci-dessus, elles ne sauraient être justifiées par le texte UNESCO, porté par la France (via ses Ministères de la Culture et des Affaires Étrangères), aux côtés de la Suisse et de l’Italie, au nom de la communauté mondiale des alpinistes, et ratifiée par 178 pays.
Le Copil UNESCO Alpinisme France exprime son inquiétude de voir la France, sans aucune concertation avec ses voisins co-porteurs de la candidature (Italie et Suisse), désavouer ce texte neuf mois après sa signature, en altérant et sa forme, et son sens, et lui ôtant toute valeur.
L’histoire de alpinisme jugera… Gageons qu’elle ne sera pas tendre.

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