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Z・A・D | Zone Aisément Délogeable

Les gouvernements successifs manquent de stratégie politique, c’est à pleurer.
Invariablement, leurs gigantesques projets d’aménagement, sources quasi certaines de gronde populaire, sont pensés en des régions où la colère peut s’organiser dans la douceur et la durée. Notre-Dame des Landes, par exemple… il y fait bon vivre pour un zadiste endurant : climat océanique tempéré, iode généreuse, terrain moelleux, mousserons et reinettes à satiété, population pas si hostile qu’on ne l’imagine. Bref, du billard pour une lutte au long bail contre les dits GP2I, Grands Projets Inutiles Imposés (les zadistes aiment à communiquer par acronymes, ça permet d’aller vite pour les actifs qu’ils sont).
Mais bon sang, mesdames et messieurs les ministres et autres instruits, changez de territoire à chantiers, pensez montagne ! Surtout les Alpes. Vous verrez comme la mutinerie se jouera en sourdine puis se taira. On dit la montagne âpre et repoussante, mais c’est une terre d’accueil, à la docilité méconnue et arborant une foultitude d’avantages pour qui veut transformer le monde sans entrave. Que vous n’ayez pas songé à la montagne pour vos aéroports, nous le comprenons, feu Andreas Lubitz avait souligné la difficulté d’y atterrir mais pour le reste, venez, entreprenez, les zadistes, par ici, ne font pas long feu.
La pente est un premier allié d’envergure. Trois roulottes au plus se partageront les rares lopins de plat – pour un peu, cette convoitise sèmera la zizanie dans la communauté – la tour de guet penchera façon Pise, le monocycle n’aura toujours pas de frein et après trois nuits à s’agglutiner au bas des tipis bancals, les « zadistes voyous » (citation d’un certain Christian Jacob, qui sait s’il est de la famille de Rabbi ?) rentreront vélo presto dormir à plat chez maman.  Pour des types prônant l’horizontalité, c’est ballot.
Le thermomètre ravira aussi les gouvernants. Si ailleurs, y’a plus de saison mon pauv’ monsieur, dans les Alpes, il y a toujours le compte. Une ZAD de montagne joue la trêve hivernale à l’envers, les occupants s’expulsent d’eux-mêmes. L’hiver aidant, quand la bise fait sa venue, chanterelles, myrtilles et autonomie alimentaire font leurs valises, la nuit de l’Est pose son obscurité glaçante à 16h, les Pancho en alpaga craquellent sous la neige et les journalistes parisiens, méprisés mais toujours les bienvenus, hibernent du côté de Saint-Barth. Chez nos rebelles oisifs fort dépourvus, une fois n’est pas coutume, ça fleure bon le TAF (trouble affectif saisonnier). Un par un, ils abandonnent leur froid refuge, « l’hôtel mercure » rient les puissants. Quand bien même quelques bonnets rouges viendraient au soutien de leurs frères altermondialistes refroidis, ils auraient tôt fait de saisir pourquoi les couvre-chefs de montagne tirent jusqu’aux oreilles, lobes inclus, contrairement à leurs calottes à Calypso. L’hiver est une saison du libéralisme, elle fige les rancœurs, elle enfouit les colères et achève les misères. Pour des types luttant contre le réchauffement climatique, c’est re ballot.
Petit conseil d’ailleurs aux cigales venant se frotter aux reliefs hivernaux : renseignez-vous sur les routes que vous souhaitez chicaner manu militari (bah oui, c’est comme ça qu’on dit même avec un pull peace and love et Peter Tosh à fond les watts), la moitié d’entre elles le seront de toute façon mi-décembre par la DDE, bras armé de vos ennemis et vous n’embêterez personne hormis quelques raquetistes de gauche.
Dans le Larzac ou dans les Landes, terres historiques de soulèvement, certains opposants se sont finalement installés comme agriculteurs sous le regard presque accommodant des populations locales, heureuses d’étoffer leur main d’œuvre et de densifier leur voisinage. Alors des hectares se sont dealés de main en main, fraternellement. En montagne, où le prix du m² de terrain agricole équivaut à celui du constructible ailleurs et là où le litre de lait se vend au prix de l’or blanc, il est moins certain que la solidarité des gens de la terre joue de sa magie. Rappelons que le pré carré a été conçu par Vauban, un expert en défense de siège et de privilèges.

L’hiver est une saison du libéralisme, elle fige les rancœurs, elle enfouit les colères et achève les misères.

Autre point fort de nos Alpes anti ZAD, la carte et le territoire L’échiquier politique a fait son choix géographique. Les pions de gauche pour qui le partage des richesses n’est (n’était) pas qu’un gros mot de feignasse et le respect de la nature pas qu’une chimère à toilette sèche se sont plutôt ancrés à l’Ouest. Dans nos Alpes qui ont poussé à l’Est, hormis quelques territoires d’heureux irréductibles sudistes, le bleu des soirées électorales s’est largement diffusé, foncé s’il le faut. Les pions de droite, dont la tour, raffolent des montagnes. « Viendront pas chez nous. » Le roi, Monsieur Wauquiez pour qui l’humanisme est une épreuve des Jeux Paralympiques, incarne à merveille cet amour de la différence. D’ailleurs, il faudrait qu’il songe à s’acheter une parka bleue quand la rouge craquera de tous côtés. Alors les beatniks à banderoles et idéaux sont prestement expulsés, trop peur d’une pandémie des idées, indolence et soif de libertés sont si vite contagieuses. Y’aura toujours le dimanche matin pour aimer son prochain. Que reste-t-il pour les militants à bute rouge qui veulent de la révolte à dénivelée ? Les Pyrénées peut-être. No pasaran. Ou la Corse. Resistenza. Basques et Corses naissent tous avec un peu de sang zadiste, calicots en arts plastiques, ça effraie Paris.
L’évolution de l’Histoire est un dernier atout. L’habitant de l’Alpe, dont le nom des grands-pères orne les monuments célébrant la résistance régionale, semble un peu moins engagé face aux envahisseurs modernes. Les bétonneurs. Il y aurait même une sorte d’adhésion locale à tout ce qui dézingue un tant soit peu la beauté du paysage. Plus vite, plus haut, plus fort, ici on adore. La population angoisse si les séquences sans chantier s’éternisent. Vitalité qu’ils disent. Ou pragmatisme.
Alors benvenuto.
Profitez M. Macron, ici, on a la culture du béton, l’amour du projet pharaonique, sachez pouvoir compter sur cette bienveillance qui vous est chère.
Quant à vous, trublions et saltimbanques zadistes, retournez hâtivement vers ces plates contrées à douce lutte, là-bas, loin de nos vies, de nos villages, libres régions sans grillage, là-bas, bien loin, à l’ouest.
Go West !
Life is peaceful there.
Go West !
Lots of open air !

PS : comme tous les médicaments, aujourd’hui, la dérision doit être fournie avec une notice explicative… Ce billet est fortement contre-indiqué à celles et ceux que la Nature a oublié de doter en second degré.