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Guide de haute montagne, Simon Destombes est en manque. Sous covid, il ne s’envoie plus en l’air : fini l’avion, les trips escalade à l’autre bout de la planète. L’heure est à la simplicité : des potes, une jam session, le Vercors et son rocher infini. Escalade, musique et poésie comme battements de coeur du monde d’après, un monde obscur éclairé de sourires. Et la photo pour le/les dessiner.

Biberonné au kérosène depuis des lustres je suis désormais un être au bilan carbone irréprochable. La vie a décidé, le 17 mars dernier, de mettre un grand coup de frein à cette accumulation frénétique de miles.

Une année de désintox avec des hauts et des bas, pas de rechute mais la tentation n’était jamais loin. Mes nuits peuplées de rêves exotiques me voyaient me réveiller tremblants et fiévreux. J’étais à deux doigts de jeter le masque et d’investir dans un jet privé.

Il me fallait ma dose, urgemment !

J’ai craqué, j’appelle R. mon dealer local. Je fais les cents pas devant le bar, évidemment fermé. Il pleut, le brouillard juste au-dessus de ma tête m’étouffe, oppression, malaise. « Je ne pense COVID qui nous sépare », gimmick qui, toujours, revient en boucle dans mon cerveau déglingué.

Entre deux hallucinations j’entrevois d’autres zombies qui attendent eux aussi leur ration de bonheur.

R. arrive enfin, 1 heure de retard, j’ai cru y rester.

Cette fois il ne rigole plus, des sacs énormes, des cordes, des instruments. Nous sommes 10 à embarquer pour ce voyage. Dix c’est un et zéro, 1 c’est le « Tout harmonieux et cohérent », 0 c’est « la source de tout, l’intention divine, la volonté créatrice qui précède la manifestation ».

Un, zéro, un, zéro, un, zéro, un… coup de baguette, levons la tête, le chef d’orchestre donne le tempo à cette partition improvisée, un, zéro, un, zéro. Le do mineur côtoie le 7b, le couac, la zipette. Mon corps et mon esprit se gorgent de cette belle énergie jusqu’à plus soif.

Nuit sans rêve je me réveille apaisé, détendu, heureux. J’ai toujours l’appareil photo, je glisse la carte SD dans l’ordi. Le processeur se gave, 1,0,1,0,1,0,1,0, octets, kilo, mega s’entremêlent sur l’écran…

Instants suspendus, dans la pièce d’à côté la voisine se joue de Satie et de ses gymnopédies.

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